Charles Ana, un des pères du football Dahoméen et béninois s’en est allé : Les souvenirs se bousculent…

 Charles Ana, un des pères du football Dahoméen et béninois s’en est allé : Les souvenirs se bousculent…

Une légende nous a quittés le 27 mars 2026. Un certain 25 mars 2007, il faisait partie de la délégation lors du fameux 1-1 à Bamako. Les Écureuils face à une des équipes maliennes les plus fortes de l’histoire avaient ramené le point du nul.
Ana Charles avait été nommé par feu Théophile Montcho conseiller auprès de la sélection nationale, tout comme Luc Olivier. C’était une des plus belles reconnaissances du Ministère des sports à leur égard. Que leurs âmes reposent en paix.

Ana Charles citait comme références absolues du foot Dahoméen, entre autres Luc Olivier, Soubérou Raimi, Arthur Boco, Coffi Firmin pour ne citer que ceux-là.Né au Ghana, il a fait ses débuts avec la sélection béninoise en amical face… au Ghana en 1959 à Ho.
Il me confia avoir reçu une gifle d’un des anciens car il avait peur dans les buts. « Dès le premier tir des Ghanéens j’ai failli fuir. Je n’avais jamais reçu des tirs aussi puissants auparavant ». Mais le jeune Charles va s’y faire et devenir une référence à son poste.

Que sont-ils devenus ?

Élu meilleur gardien d’Afrique au début des années 1970, il nous a emmené vers de nombreux internationaux de sa génération afin que nous puissions immortaliser leurs carrières à travers la rubrique hebdomadaire « Que sont-ils devenus » Journal L’Autre Quotidien (2005 à 2007). Coffi Hounnou, Naka Nicolas, Jerome Akakpo « Mimi », « Ata pinceau « . Dovi Lakoussan, Alphonse Hondjo, Nourou Bello, Emmanuel Chèchè, Marouf Adéchokan entre autres. C’est pourtant à Guinkomey chez  » Djanta Magic » que nous avons refait une des plus belles rivalité du foot béninois ensemble.

« Djanta Magic, j’avais étudié tes penalties, non, Ana c’est ton gris gris qui a marché ! » En fin de matinée, nous nous sommes rendus chez Djanta Magic. Ses enfants l’avait briefé. Ils nous aidaient à comprendre ses paroles. Puis vint le moment totalement improvisé où je demande à Djanta Magic, qu’elle était sa principale qualité. Djanta Magic répondit Les penalties. « Aucun gardien ne pouvait les arrêter  » Charles Ana retorqua « sauf moi ».
Près de 40 ans plus tard, Djanta Magic n’avait rien oublié de ce penalty stoppé par Charles Ana. Il lui répondu en fɔngbe « a man wɛ ». Charles Ana conclut, non, Djanta, tu tirais toujours très fort mais plutôt au milieu et moi je n’ai pas eu peur comme les autres gardiens.
Djanta Magic n’en demordait pas. Les deux en rigolaient. Charles Ana était gardien de but de l’alliance de Cotonou et Djanta Magic, lui était le redouté buteur de l’Asso Cotonou.

Plus qu’une rubrique, un moment de reconnaissance, mais aussi une plongée dans un passé douloureux

En faisant une trentaine d’articles dans la rubrique » Que sont-ils devenus?  » Nous avons révélé que le football béninois a débuté dans les années 1930 avec les colons qui ont ramené des ballons pour jouer. Du Procureur auprès de la Cour Suprême (année 2005-2006) Jean-Baptiste Monsi, au Directeur de la Police Judiciaire Célestin Guidimey (2005-2006), beaucoup nous ont encouragés et surtout remerciés de leur avoir fait revivre leur enfance.
Certains voulaient financer la rubrique pour qu’elle continue. Mais après une trentaine de parution chaque jeudi, la charge émotionnelle était trop lourde à porter.
Charles Ana m’appelait pour m’annoncer les décès de Émile Bada, Nicolas Naka et d’autres. Nombre d’entre eux, parfois quelques semaines ou mois après la parution des articles à eux consacrés, nous quittaient. L’un avait confié à Ana Charles qu’une fois l’article publié sur sa carrière, il pouvait mourir tranquille. Que c’était enfin une forme de reconnaissance et d’hommage. A 24 ans ou 25 ans personne n’est prêt à ça. Nous avons préféré arrêter la rubrique entre autres pour cette raison.

Charles Ana et les élites oubliés du football Dahoméen

Si Charles Ana par son caractère a su toujours rester au contact du monde du sport, malgré les humiliations et le manque de reconnaissance, d’autres internationaux en voulaient et en veulent encore au Bénin, à l’Etat de les avoir abandonnés pendant leur carrière souvent à la suite de blessures ou après leur carrière. Certains en devenait agressifs lors des briefings pour les interviews de cette rubrique.

Rester au Bénin par fidélité

Charles Ana se chargeait de les encourager à révéler leurs histoires. Mais c’était dur pour la plupart de revivre des rêves brisées et l’oubli à eux infligé par leur propre pays.
Le contexte du football africain était qu’avant 1980, tout joueur africain évoluant en Europe ne pouvait disputer la CAN.
Cette disposition a refroidi les envies d’ailleurs de talents comme Charles Ana qui ne manquaient pas de sollicitations en Europe, mais qui préféraient disputer une CAN pour le Bénin.
Ceux qui partaient n’étaient pas toujours les meilleurs de leur génération, mais ceux qui avaient compris que gagner sa vie était plus important que servir le Bénin dans ce contexte d’avant 1980. Ceci explique pourquoi nombreux de ces internationaux ayant évolué avant les années 1980 en sélection nationale ont interdit à leurs enfants de jouer au football.
Certains de ces enfants ont d’ailleurs découvert à travers nos publications, que leur propre papa etait un footballeur international.

Que les âmes de mon « papa » Charles Ana et tous ceux qui avant, avec lui et après lui ont servi le Dahomey reposent en paix.

Cordialement /Mit freundlichen Grüßen/ With kind regards
S. V. Rolland ZOHOUN
Business Development Manager

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