Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La lumière du conflit et le chemin de l’homme »
Écoutez la voix qui traverse les âges. Dans le silence des lagunes et le bruissement des palmes, une sagesse ancienne cherche à éveiller les consciences. Ceux qui marchent sur cette terre de contraste portent en eux le mystère de la vie et de ses oppositions. Voici que s’élève une parole, celle portée par Dadah Bokpè Houézrèhouèkè pour éclairer le chemin de ceux qui cherchent à comprendre la nature profonde des tensions humaines et leur véritable signification dans le grand ordre des choses.
« Ô vous qui cheminez sur la terre chaude du Bénin et au-delà des frontières visibles, vous qui portez dans vos cœurs la quête de paix et dans vos foyers le désir de sérénité, approchez-vous de la source vivante. Écoutez la parole qui monte du sable ancestral, la parole de celui qui a contemplé les deux rives du fleuve et connu le secret des marées, de celui qui a vu le soleil se lever sur la joie et se coucher sur la peine. Je veux vous entretenir aujourd’hui de ce qui trouble vos nuits profondes et agite vos journées de labeur. Je veux vous parler de ce que vous nommez conflit, discorde, dispute. Car cette chose est partout autour de nous comme l’air indispensable à la vie, et le temps est venu d’ouvrir les yeux sur sa véritable nature, au-delà des apparences qui trompent les plus sages.
Qu’est-ce que le conflit en réalité ?
Ô vous qui cherchez la lumière, sachez que le conflit est le sens même de la vie sur cette terre. Pourquoi donc sommes-nous ici, sur cette terre d’épreuves et d’apprentissages ? Nous sommes ici parce que l’harmonie première a été volontairement perturbée pour que naisse le mouvement, pour que jaillisse l’étincelle sans laquelle rien ne peut véritablement commencer. Dans le grand dessein de l’univers, le conflit fait partie de l’existence humaine au même titre que la respiration qui gonfle la poitrine du nouveau-né. C’est la nature profonde de l’homme à cette époque précise de son développement spirituel.
L’homme, dans sa faiblesse, n’est pas encore capable de former en lui et de maintenir longtemps la lumière pure et constante de l’harmonie véritable. La polarisation, cette force mystérieuse qui attire les contraires comme le jour appelle la nuit, l’appelle irrésistiblement. Et c’est par cette attraction nécessaire que la lumière du développement peut enfin surgir des ténèbres apparentes. Comprenez-le bien dans la sagesse de vos cœurs : s’il n’y a pas de développement, s’il n’y a pas cette quête douloureuse, il n’y a pas de retour possible vers la source unique dont nous venons tous. Ainsi, le conflit est un mal nécessaire dans ce monde de matière et d’illusions passagères.
Le conflit se présente à nous comme un destructeur, c’est vrai, et nul ne peut le nier. Mais il est aussi un constructeur puissant, un bâtisseur d’âme, lorsque ses énergies sont bien orientées par la main de la sagesse. Tout dépend, ô vous qui écoutez, de la manière dont on lutte, de la manière dont on se tient debout, les pieds ancrés dans le sable brûlant, devant l’épreuve qui se présente soudain. Tous les conflits ne se valent pas dans la balance cosmique. Il faut toujours, dans le silence de la méditation, se demander : cette lumière particulière du conflit qui se présente à moi, sert-elle la cause plus grande de l’humanité tout entière ou ne sert-elle que mon propre ego gonflé d’orgueil et d’illusions ?

Lorsque le conflit sert un dessein plus grand que la petite personne, la lumière du développement est à l’œuvre, visible comme le feu qui purifie la forge. Il s’agit alors d’apprendre, de grandir, de s’élever au-dessus de soi-même. Il s’agit de progrès que l’homme ne peut accomplir autrement qu’en confrontant son propre reflet déformé et en trouvant la solution au fond de lui-même, dans ces profondeurs ignorées où dort la vérité. Ce n’est pas toujours dans le silence immobile des temples que l’on trouve la lumière de Dieu. C’est souvent dans le travail difficile sur la pierre brute de son propre caractère, dans la sueur et parfois dans les larmes, que l’homme se révèle à lui-même. C’est dans l’action courageuse, dans l’application pratique des enseignements reçus, que la lumière se révèle pleinement et éclaire enfin le chemin.
C’est pourquoi vous voyez tant de personnes autour de vous qui refusent obstinément d’agir, qui se figent dans l’espoir trompeur d’une paix éternelle ici-bas. Mais la paix éternelle est une illusion dangereuse dans ce monde de sable mouvant. L’homme, dans sa forme actuelle, n’est pas capable de la maintenir sans fin. Il n’est pas destiné à provoquer des conflits inutiles, mais un conflit qui aide à clarifier l’être intérieur, qui le pousse sans ménagement vers un point de vue plus élevé, celui-là contient une parcelle précieuse de divin, une étincelle du feu créateur.
L’homme du passé, celui des anciens temps, celui qui écoutait le vent dans les baobabs, comprenait parfois mieux cette lumière que l’homme pressé d’aujourd’hui. Vous aussi, vous comprendrez mieux ces mystères, un jour venu, lorsque vous serez placés directement devant la grande lumière. On ne doit pas se cacher lâchement devant le conflit, tout comme on ne doit pas se fermer obstinément devant ce qui nous semble mauvais. Le conflit et ce que nous nommons mal font partie de la vie terrestre. Ils sont inscrits dans cette incarnation particulière. Ce qui compte uniquement, c’est la façon dont vous considérez le conflit qui frappe à votre porte. Est-il pour vous une lumière qui porte un potentiel de développement supérieur, ou une lumière aveugle qui détruit tout sur son passage ?
Pourquoi les gens se disputent-ils ?
Ô vous qui interrogez le mystère, les gens se disputent parce qu’ils ont besoin de faire l’expérience complète d’eux-mêmes. Les raisons apparentes sont nombreuses comme les grains de sable sur la plage immense, mais le but profond est toujours le même à travers les âges : reconnais-toi toi-même, homme de peu de foi. L’homme doit se confronter inlassablement à lui-même. Et il ne peut le faire pleinement qu’à travers la confrontation avec l’autre, son semblable, son frère. L’autre, celui qui se tient en face de vous, est votre miroir le plus fidèle, celui qui ne ment pas.
Dans la dispute, dans l’étincelle brûlante du désaccord, vous voyez soudain apparaître vos propres limites que vous ignoriez, vos propres peurs soigneusement cachées, vos propres attachements dont vous êtes esclaves sans le savoir. C’est de ce choc salutaire que naît le véritable apprentissage, celui qui transforme profondément. La dispute est une école difficile, exigeante, mais c’est une école qu’il faut fréquenter avec respect.

Comment pouvons-nous vivre le conflit entre nous ?
Je vous le dis avec la force de l’expérience, il ne s’agit pas d’éviter la confrontation. Ce serait une erreur, une fuite. Il s’agit de reconnaître ses forces et son potentiel caché. Ne jugez pas le conflit trop sévèrement. Voyez-le comme un échange d’énergies complémentaires. Dans cet échange, l’être humain peut grandir au-delà de lui-même. Il peut tirer des enseignements profonds s’il parvient à se regarder avec des yeux honnêtes. Rencontrer les événements avec neutralité intérieure, sans colère ni peur, voilà la clé qui permet de grandir.
Quel effet les disputes ont-elles sur nous ?
Toute lumière doit être examinée avant d’être acceptée. Si la confrontation est juste, elle purifie l’air autour de vous. Mais si la dispute est née de l’entêtement, une énergie précieuse se perd à jamais. La violence, qu’elle soit physique ou verbale, n’a pas sa place dans un cheminement spirituel. Elle sert l’ego aveugle et n’engendre que des pertes. Alors, lorsque le vent de la discorde se lève, ne le fuyez pas. Tenez-vous droits. Regardez-le en face. Demandez-vous quelle lumière il porte. Et agissez avec le cœur purifié. Car c’est ainsi que vous grandirez, jusqu’au jour où vous rejoindrez la lumière éternelle. Amen. Qu’il en soit ainsi dans vos vies comme dans la mienne. »
UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE