Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Le respect est une lumière »
Dans ce texte empreint de sagesse, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, conteur et gardien des traditions, invite à une profonde réflexion sur la valeur essentielle du respect. À travers une parabole touchante où il compare cette vertu au fil qui maintient les perles d’un collier, il rappelle que le respect est le fondement de toute vie en société. De la considération due aux anciens jusqu’à l’attention portée à notre terre nourricière, en passant par l’accueil de la différence, ce discours enseigne que le regard que nous portons sur l’autre détermine notre humanité. Un plaidoyer universel pour un monde où la dignité de chacun serait enfin reconnue.
« Le soleil décline doucement et la fraîcheur du soir nous invite à la réflexion. Aujourd’hui, je veux vous parler d’une chose qui est comme le fil solide qui tient les perles d’un collier. Sans ce fil, les perles les plus belles roulent et se perdent dans la poussière. Cette chose précieuse, c’est le respect.
Regardez autour de vous. Regardez le grand fromager qui domine la savane. Ses racines plongent profondément dans la terre, elles respectent la terre qui les nourrit. Ses branches s’élèvent vers le ciel, elles respectent l’espace des oiseaux. Et sous son ombre, les herbes poussent, les enfants jouent, les vieux s’assoient. L’arbre ne détruit pas ce qui l’entoure pour grandir. Il s’accorde avec tout. Le respect, mes enfants, c’est exactement cela. C’est savoir que vous n’êtes pas seuls au monde. C’est reconnaître que chaque personne, chaque créature, chaque chose a sa place et sa raison d’être.
J’ai vu des hommes puissants, riches comme la terre est vaste. Leur parole faisait trembler les plus courageux. Mais dans leurs yeux, il n’y avait pas de lumière. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient oublié une chose simple : la dignité de l’autre. Le respect, c’est d’abord voir l’autre. Voir vraiment celui qui vous parle, celui qui travaille pour vous, celui qui croise votre chemin. Le voir comme un être humain, avec ses joies, ses peines, ses forces et ses faiblesses. Quand vous voyez l’autre ainsi, vous ne pouvez plus lui manquer de respect. Vous ne pouvez plus l’humilier, l’insulter ou le traiter comme une chose.
On m’a souvent demandé, comment enseigner le respect ? Je réponds toujours : par le regard. Apprenez à vos enfants à regarder les gens dans les yeux. Pas pour les défier, non. Pour les accueillir. Un regard qui dit « je te vois, tu existes pour moi ». Ensuite, viennent les mots. Les mots sont des graines. Si vous plantez des graines de méchanceté, des insultes, des paroles dures, vous récolterez des épines qui vous blesseront vous-mêmes un jour. Si vous plantez des graines de courtoisie, des « bonjour » sincères, des « merci » qui viennent du cœur, vous récolterez l’amitié et la paix autour de vous.
Le respect, ce n’est pas seulement pour les personnes importantes. C’est pour tout le monde. C’est pour le vieux qui marche lentement sur le chemin. C’est pour l’enfant qui apprend à parler. C’est pour la femme qui puise l’eau à la rivière. C’est même pour celui qui pense différemment de vous. Ah, la différence ! Comme elle nous fait peur parfois. Nous avons tendance à nous méfier de celui qui ne parle pas comme nous, qui ne prie pas comme nous, qui ne mange pas comme nous. Mais la différence, mes enfants, c’est la richesse du monde. Le respect, c’est accepter cette différence sans vouloir l’effacer. C’est tendre la main par-dessus ce qui nous sépare pour trouver ce qui nous unit.
Je vous parle aussi du respect des anciens. Non pas parce qu’ils ont toujours raison, mais parce qu’ils sont le pont entre hier et aujourd’hui. Leurs cheveux blancs sont des racines. Les respecter, c’est écouter leurs histoires, recueillir leur sagesse avant qu’elle ne s’éteigne avec eux. C’est leur offrir une place dans votre maison et dans votre cœur, car eux vous ont offert la vie.
Et puis, il y a le respect des lois. Je ne parle pas seulement des lois écrites par les hommes dans les grands livres. Je parle des lois de la vie, des règles simples qui permettent à une communauté de vivre en harmonie. Ne pas prendre le bien d’autrui, ne pas mentir pour nuire, ne pas semer la discorde. Ces lois sont comme les berges d’une rivière. Sans elles, l’eau déborde et détruit tout. Avec elles, l’eau coule paisiblement et fertilise les champs. Il est une autre forme de respect que nous oublions trop souvent. Le respect de notre maison commune. Regardez cette terre sur laquelle nous marchons. Elle nous nourrit, nous habille, nous guérit. L’herbe qui pousse, l’arbre qui donne ses fruits, l’eau qui coule, tout cela est un cadeau. Quand nous crachons par terre sans y penser, quand nous coupons tous les arbres sans en replanter, quand nous empoisonnons la rivière, nous manquons de respect à notre mère la terre. Et une terre qu’on ne respecte pas finit par se venger. La sécheresse, les inondations, la famine, ce sont des cris de la terre qui souffre de notre manque de respect.
Le respect, c’est aussi l’empathie. C’est cette capacité à se mettre à la place de l’autre. Quand vous êtes en colère contre quelqu’un, arrêtez-vous un instant. Demandez-vous : pourquoi agit-il ainsi ? Quelle peine porte-t-il dans son cœur ? Souvent, la méchanceté des autres n’est que le reflet de leur propre souffrance. Si vous comprenez cela, votre colère s’apaise et vous pouvez répondre avec douceur au lieu de répondre avec violence.
Je vois des jeunes aujourd’hui qui veulent tout, tout de suite. Ils bousculent les autres sur le chemin, ils crient pour se faire entendre. Je leur dis : la vie est une longue marche. Ceux qui respectent le pas des autres arrivent plus loin et plus heureux que ceux qui courent en écrasant tout sur leur passage. La patience est une sœur du respect. Elle nous apprend que chaque chose a son temps et que forcer le destin, c’est manquer de respect au rythme naturel des choses.
Dans nos villages, autrefois, on savait cela. On savait qu’on ne construit pas sa case sans demander la permission à la terre. On savait qu’on ne traverse pas un village sans saluer ses habitants. On savait que la parole donnée était sacrée. Aujourd’hui, le monde va vite. Les routes sont nombreuses, les villes sont grandes, les visages se croisent sans se voir. Mais le besoin de respect, lui, n’a pas changé. Il est toujours là, au fond de chaque cœur humain.
Le respect, c’est une lumière. Quand vous la portez en vous, elle éclaire votre chemin et elle éclaire aussi celui des autres. Un homme respectueux est un homme qu’on écoute. Une femme respectueuse est une femme qu’on admire. Ce n’est pas la peur qui fait tenir une communauté debout, c’est le respect mutuel. La peur divise, le respect unit.
Alors, je vous laisse avec cette pensée. Avant de parler, écoutez. Avant de juger, essayez de comprendre. Avant de prendre, demandez. Avant de détruire, pensez à ceux qui viendront après vous. Le respect est un cadeau que vous vous faites à vous-mêmes autant que vous le faites aux autres. Une vie sans respect, c’est un jardin sans fleurs. C’est possible, mais ce n’est pas vraiment une vie.
Que la paix soit avec vous et que le respect guide toujours vos pas sur les chemins de l’existence. Marchez doucement sur cette terre et regardez vos frères avec les yeux du cœur. C’est ainsi que nous construirons ensemble un monde plus beau, un monde plus humain, un monde où il fait bon vivre pour tous. »
UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE