Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : «Les trois sagesses du cœur, l’école de la vie intérieure »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : «Les trois sagesses du cœur, l’école de la vie intérieure »

Dans cette méditation puisée aux sources de la tradition orale, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè nous invite à nous asseoir sous l’arbre à palabres pour écouter les vérités essentielles. Avec la voix du sage de village, il rappelle que la plus grande richesse ne se trouve pas au bout des voyages lointains mais au fond de nous-mêmes. À travers trois enseignements la connaissance de soi qui ouvre les yeux sur le monde, la force intérieure plus puissante que les apparences, et la gentillesse préférable à la raison qui blesse, il tisse un lien entre l’homme, la création et la communauté. Une parole qui, comme la braise, réchauffe longtemps après avoir été entendue.

Mes amis, mes frères, mes sœurs, asseyez-vous un instant sous l’arbre à palabres. Le vent souffle et porte des vérités anciennes que je souhaite déposer dans le creux de votre oreille. Aujourd’hui, nous parlerons de l’homme, du monde qui l’entoure et de cette étincelle qui brûle au fond de son cœur. J’ai longtemps marché, observé, écouté. Plus je vieillis, plus je découvre que la plus grande des richesses ne se trouve pas au bout d’un long voyage, mais tout au fond de nous-mêmes.

Lorsque l’homme se connaît lui-même, la création entière devient son maître

Dans nos villages, on dit que celui qui ignore d’où il vient ne sait où il va. Cette parole ancienne résonne fort aujourd’hui. Nos enfants grandissent les yeux tournés vers les écrans, vers ce qui brille ailleurs. Ils oublient de regarder en eux-mêmes, là où dort le premier des trésors. On envoie nos enfants à l’école des chiffres et des lettres – c’est bien, c’est nécessaire. Mais la première école, celle dont on ne sort jamais diplômé, c’est l’école du dedans. Lorsque l’homme se connaît lui-même, la création entière devient son maître. Tant que vous ignorez qui vous êtes, vous regardez le monde sans le comprendre. Vous voyez un arbre, vous pensez « bois » ou « ombre ». Mais quand vous vous connaissez, vous voyez un ancêtre, un équilibre, une leçon de patience. Ses racines plongent dans la terre comme vos pieds dans la vie, ses branches montent vers le ciel comme vos aspirations. L’arbre devient votre maître. Le fleuve qui coule sans retour vous apprend à avancer sans regret. Le caillou silencieux sous la pluie vous enseigne l’endurance. La terre elle-même vous apprend le don : elle reçoit la graine, la nourrit dans le secret, et un jour offre un arbre chargé de fruits. Le monde n’est plus un décor. C’est une école vivante, un livre ouvert, mais pour le lire, il faut d’abord apprendre la langue de son propre cœur.

La vraie force n’est pas ce que tu fais devant les autres

Nous vivons dans un monde de spectacle. On veut voir pour croire, montrer pour exister. L’enfant montre son jouet neuf, le chasseur sa prise, l’homme d’argent sa voiture. On frappe sa poitrine, on parle fort, on commande. Mais la vraie force, mes enfants, n’est pas ce que tu fais devant les autres. Elle est dans ce que tu te dis à toi-même, dans le secret de ta chambre, quand personne ne peut applaudir ou critiquer. C’est là que le combat est le plus dur. Devant les autres, on joue un rôle : on sourit quand on a mal, on dit « ça va » quand le cœur est brisé. Mais quand le soleil se couche et que tu te retrouves face à toi-même, que te dis-tu ? Est-ce que tu te mens ? Est-ce que tu acceptes tes faiblesses ou les caches-tu sous un tapis de fierté ? Je connais un homme que tout le village respecte. Il parle fort, donne des ordres, roule dans une grosse voiture. Mais le soir, chez lui, il est seul. Il a peur du silence. Il allume la télévision pour ne pas s’entendre penser, il boit pour ne pas se parler. Cet homme, mes amis, est faible. Parce qu’il n’ose pas s’asseoir face à lui-même. Celui qui peut se regarder dans le blanc des yeux et se dire la vérité possède une force que nul guerrier ne pourra lui prendre. La force extérieure est un feu de paille : elle brûle fort, éclaire un instant, puis s’éteint en cendres. La force intérieure est la braise : elle chauffe longtemps, lentement, et peut toujours rallumer un grand feu.

Lorsque vous avez le choix entre avoir raison et être gentil

La vie est un carrefour. Chaque jour, chaque instant, nous devons choisir. Et parfois, le choix est entre deux choses qui semblent bonnes. Lorsque vous avez le choix entre avoir raison et être gentil, choisissez la gentillesse. Je sais ce que vous pensez : la vérité est sacrée, il ne faut pas laisser passer l’erreur. Vous avez raison. La vérité est importante. Mais la façon de la dire l’est encore plus. On peut avoir raison tout seul, le cœur sec et la bouche amère. On peut brandir sa raison comme un bâton pour frapper l’autre. Mais à quoi sert d’avoir raison si vous perdez votre frère ? À quoi sert de gagner une dispute si vous perdez l’amour ? Je me souviens de deux voisins qui se battaient pour une limite de champ. Chacun avait raison, avec ses preuves et ses témoins. Ils se sont déchirés des mois durant. L’un tomba malade. L’autre, voyant son champ à l’abandon, eut pitié. Il vint travailler la terre de son ennemi sans rien dire. Quand le malade guérit et vit son champ propre et semé, il pleura. Ils s’embrassèrent. La limite du champ n’avait plus d’importance. La gentillesse avait eu raison là où la raison avait échoué. La gentillesse n’est pas faiblesse. C’est l’intelligence du cœur : envelopper la pilule amère de la vérité dans le miel de la douceur, comprendre que l’autre a peut-être mal, peur, besoin de temps. C’est tendre la main au lieu de pointer le doigt, dire « viens, marchons ensemble » au lieu de crier « tu as tort, reste là ». La raison est une lumière froide : elle éclaire mais ne réchauffe pas. La gentillesse est un soleil : elle éclaire et réchauffe à la fois.

Voyez-vous, toutes ces paroles se tiennent par la main. Se connaître soi-même pour lire le monde. Se parler avec honnêteté pour bâtir son temple intérieur. Parler aux autres avec gentillesse pour bâtir le village. C’est un long chemin, pas toujours facile. Parfois l’on trébuche, on oublie, on se laisse emporter par la colère ou l’orgueil. Mais l’important est de se relever et de se souvenir que chaque jour est une nouvelle chance de faire mieux. Je vois en chacun de vous cette capacité de devenir un maître, non en dominant, mais en apprenant ; de devenir fort, non en criant, mais en murmurant la vérité à votre propre âme ; de devenir un phare, non en ayant raison sur tout, mais en étant le rayon de soleil dans la vie de quelqu’un. Que ces paroles, comme des graines, tombent dans la terre de votre cœur. La sagesse n’est pas un savoir lointain réservé aux vieux. Elle est là, dans le battement de votre cœur. Écoutez-le. Il vous parle de courage, de pardon, de patience et d’amour. Allez en paix : le plus grand des voyages est celui qui mène au dedans de soi.

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

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