Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : «  L’étreinte du mensonge ou la naissance étouffée »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : «  L’étreinte du mensonge ou la naissance étouffée »

Dans un monde où les paroles se plient aux convenances et où les masques sont devenus plus familiers que les visages, la voix de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè s’élève comme un appel à revenir à l’essentiel. Sagesse vivante, il observe avec gravité le règne du mensonge qui, sous des apparences anodines, tient l’humanité prisonnière. Pour lui, cette captivité n’est pas un simple désordre moral, elle est une entrave à l’éclosion même de chaque être. À travers une parole simple et profonde comme le souffle du baobab, il invite chacun à déposer les fardeaux du faux, à cultiver un petit jardin de sincérité, et à faire de sa bouche une source qui libère. Voici sa vision, livrée avec la tendresse de celui qui sait que la vérité ne blesse que pour guérir, et que l’homme debout dans le vrai est le seul homme vraiment vivant.

« Ô Mes précieuses personnes de la lumière, approchez vos cœurs. Laissez vos esprits se défaire du bruit du monde pour écouter une voix qui ne cherche qu’à réveiller en vous la source vive. Je viens à vous non point avec la lourdeur des livres, mais avec la simplicité du baobab qui offre son ombre sans condition. Nous allons parler ensemble de ce qui lie vos mains et voile vos yeux. Nous allons parler de cette chose légère en apparence, mais plus pesante que le granit : le mensonge.

Regardez autour de vous. Levez les yeux par-dessus les toits et les frontières. Que voyez-vous ? Un monde qui tourne, certes, mais un monde qui halète comme un homme pris à la gorge. Le mensonge a pris le monde en otage. Il ne se cache plus dans les recoins obscurs, il marche en plein soleil, drapé dans des habits de fête. Il se fait appeler diplomatie, convenance, ruse nécessaire ou simple politesse. Mais sous ces noms trompeurs, il étrangle doucement l’enfant que nous portons tous au fond de nous : la vérité.

Je ne vous parle pas ici de la grande vérité des savants ou des philosophes. Je parle de celle qui est humble et quotidienne. La vérité qui fait qu’un Homme est un Homme, debout sur ses deux jambes, avec une parole qui engage son être tout entier. Cette vérité-là est comme la terre sous nos pieds. On peut tenter de la recouvrir de feuilles mortes, de paille ou de tissus précieux, elle est toujours là, ferme, attend patiemment que nous retirions le voile pour nous porter à nouveau.

Le mensonge, lui, construit des palais sur le vide. Il promet des montagnes, mais quand on tend la main pour s’y agripper, on ne trouve que du vent. Beaucoup de personnes vivent aujourd’hui dans ce palais de vent. Ils disent ce qu’il faut dire pour plaire, ils taisent ce qui pourrait déplaire, ils arrangent les faits pour qu’ils ressemblent à un rêve collectif. Et à force de vivre dans ce palais, ils oublient qu’ils ont un jour connu la consistance de la terre ferme.

Pourtant, je dois vous le dire, aucune personne ne peut éclore sous l’ombre du mensonge. Comprenez-moi bien. Une graine mise en terre a besoin de plusieurs choses : de l’eau, de la lumière, de la patience. Mais avant tout, elle a besoin que la terre soit vraie. Si la terre est un mensonge, si elle est faite de sable mouvant ou de roc déguisé en humus, la graine pourra germer un instant, elle pourra même pousser quelques tiges vers le ciel. Mais le vent viendra, ou la première saison sèche, et elle tombera. Car ses racines n’auront rien de solide à embrasser.

Il en va de même pour l’être humain. L’éclosion d’une personne, son accomplissement véritable, sa joie profonde, tout cela exige la vérité comme fondement. Un enfant qui grandit dans un monde où on lui dit des paroles qui ne correspondent pas aux actes qu’il voit, apprend à douter de ses propres yeux. Il apprend à ne plus faire confiance à ce qu’il ressent. Il devient un être divisé, qui parle d’une voix et pense avec une autre. Et ce fêlure intérieure, elle ne se referme jamais complètement si on ne lui offre pas, un jour, le baume de la transparence.

Je sais ce que certains murmurent. Ils disent : «Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, la vérité est dangereuse. Elle blesse. Elle brise des familles. Elle détruit des réputations. » Je vous écoute, mes enfants. Je connais cette peur. Elle habite le cœur de chaque homme depuis la nuit des temps. Mais je vous pose une question : est-ce le couteau qui blesse, ou l’abcès qui pourrissait en secret ? La vérité ne crée pas le mal, elle le révèle. Elle est la lumière qui entre dans une chambre en désordre. Le désordre était là bien avant que vous n’allumiez la lampe. Et ce n’est pas la lampe qui est coupable du désordre, elle vous donne seulement la force de le voir pour enfin le ranger.

Le mensonge, lui, entretient le désordre. Il le nourrit, l’habille de beaux discours, le fait danser au son du tambour. Mais le désordre grandit, il prend de la place, il étouffe les enfants, il corrompt les racines. Bientôt, plus rien de neuf ne peut pousser. Le champ est devenu un marais où les paroles pourrissent avant même d’être prononcées. Je vous parle ainsi parce que je sais que beaucoup d’entre vous portent un fardeau. Vous portez des secrets qui ne sont pas les vôtres. Vous portez des masques qu’on vous a posés sur le visage avant même que vous sachiez quel était votre vrai visage. Et vous avez mal. Cette douleur, vous la croyez normale, vous l’appelez la vie. Mais je viens vous dire que cette douleur-là n’est pas la vie. C’est la conséquence d’une vie vécue dans l’otage. Le ravisseur vous a dit que les murs étaient hauts, que la liberté vous tuerait. C’est le mensonge qui parle encore par sa bouche.

La vérité libère

Oui la vérité libère mais attention, ce n’est pas une libération bruyante et violente comme un coup de fusil. C’est une libération plus profonde, plus silencieuse. C’est celle de la racine qui enfin trouve la terre. C’est celle du sourcier qui, après des jours de marche, plante son bâton et voit l’eau jaillir. Cette eau-là ne fait pas de bruit pour se vanter, elle coule et elle donne vie autour d’elle.

Quand un homme décide de vivre dans la vérité, il ne devient pas parfait. Il devient entier. Il n’a plus à surveiller par-dessus son épaule quel mensonge il a dit hier pour savoir quoi dire aujourd’hui. Sa mémoire est légère, car elle n’est pas encombrée de ces constructions fragiles. Il peut avancer, il peut créer, il peut aimer sans arrière-pensée. Et cette simplicité, cette cohérence entre ce qu’il pense, ce qu’il dit et ce qu’il fait, c’est cela, l’éclosion. C’est la fleur qui s’ouvre au matin parce qu’elle n’a rien à cacher au soleil.

Comment faire, me demanderez-vous, alors que le monde autour de nous semble avoir choisi le camp de l’illusion ? Comment être vrai dans un village où la fausse monnaie circule plus vite que la bonne ?

Je vous répondrai par ce que mes ancêtres m’ont enseigné. On ne commence jamais par le monde. On commence par soi. La vérité ne se décrète pas pour les autres avant de se vivre pour soi-même. Commencez par un petit jardin. Dans un seul recoin de votre vie, dites vrai. À vous d’abord. Reconnaissez ce que vous ressentez sans le déguiser. Si vous avez de la peine, dites-vous que vous avez de la peine. Si vous avez peur, nommez cette peur. Si vous avez envie de dire oui ou non, écoutez cette envie sans la laisser étouffer par ce qu’on attend de vous. Et ensuite, étendez ce petit jardin.

Je ne vous promets pas un chemin facile. Ceux qui vivent du mensonge n’aiment pas qu’on éclaire leur commerce. Ils diront que vous êtes naïfs, ou trop fiers. Ils riront peut être. Mais laissez les rire. Le rire de ceux qui construisent sur le sable n’est jamais aussi fort que le silence de celui qui pose une pierre sur le roc.

Le monde est en otage, oui. Mais un otage peut toujours être libéré. La clé n’est pas dans les mains des puissants, elle est dans la bouche de chacun de nous. Chaque fois que vous choisissez la parole juste plutôt que la parole commode, vous faites sauter un maillon de la chaîne. Chaque fois que vous acceptez de montrer votre fragilité vraie plutôt que votre force fausse, vous redonnez sa place à l’humain.

N’oubliez jamais cela, mes enfants : la vérité n’est pas un luxe réservé aux sages ou aux saints. Elle est le pain de l’esprit. Sans elle, l’être humain peut survivre, mais il ne peut pas grandir. Il peut exister, mais il ne peut pas éclore. Et vous êtes nés pour éclore, pour déployer vos branches, pour offrir vos fruits. C’est votre droit le plus sacré. C’est le dessein que la vie a placé en vous. Je vous ai dit. Ma parole n’est ni un ordre ni une loi. Elle est une graine. Prenez la, mettez la dans votre terre. Arrosez-la de votre courage. Et attendez. Le soleil de la vérité fera le reste. »

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

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