De Soglo à Yayi : La double bénédiction qui consacre Wadagni

 De Soglo à Yayi : La double bénédiction qui consacre Wadagni

Il est le favori d’un scrutin dont l’issue laisse peu de place au doute. Ministre et architecte de la politique économique de Patrice Talon depuis une décennie, Romuald Wadagni s’avance vers sa première élection présidentielle avec l’image d’un technocrate discret. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, il revient en exclusivité sur des sujets rarement abordés en public, notamment sa relation avec les anciens présidents du Bénin, Nicéphore Dieudonné Soglo et Boni Yayi, ainsi que la nature complexe du lien qui l’unit à celui dont il a été le principal collaborateur.

Interrogé sur sa relation avec Patrice Talon, Wadagni ne cherche pas à brouiller les pistes. Il parle avec une franchise mesurée de son respect et de son admiration pour l’homme qui l’a porté à la tête de l’économie nationale. Il le décrit comme une personnalité hors normes, capable de maîtriser tous les dossiers avec une intelligence rare, doublée d’une capacité de travail et d’une faculté d’anticipation qui ne cessent de le surprendre. Pendant dix ans, explique-t-il, « nous avons travaillé en totale confiance », dans une relation qu’il qualifie lui-même de père fils, faite d’un contact permanent et d’une loyauté réciproque.

Mais l’héritage est lourd. Patrice Talon a initié des réformes profondes, construit des infrastructures majeures et transformé en profondeur la maison Bénin. Alors, comment ne pas craindre la comparaison ? Wadagni balaie l’idée d’un revers de la main. Pour lui, la comparaison n’a pas lieu d’être. Il rappelle que le président sortant a posé les bases solides d’un développement durable en s’attaquant aux grands défis structurels : infrastructures, santé, éducation, modernisation de l’agriculture, rationalisation et triplement du budget de l’État. Mais il estime que le temps est venu de passer à une nouvelle phase. Son projet, qu’il résume volontiers, « vise désormais à lutter contre la pauvreté au plus près des populations. Les six grandes régions du Bénin deviendront des pôles de développement autonomes, véritables centres de gravité d’une prospérité de proximité ». Sans les fondations établies par son prédécesseur, ce projet ne serait pas envisageable. « Il n’y aura donc pas de comparaison, insiste » t-il, mais une évidente complémentarité.

La conversation dévie ensuite vers les relations personnelles que le candidat entretient avec les anciens chefs de l’État. Là encore, la réponse surprend par sa spontanéité. Ses rapports avec Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, dit-il, sont très bons. Tous deux l’appellent « fiston ». Le président Soglo a même publiquement soutenu sa candidature. Quant à Yayi Boni, Wadagni confie être allé lui rendre visite dès sa désignation pour recueillir ses bénédictions, qu’il a obtenues sans difficulté : « Le président Soglo a publiquement soutenu ma candidature. Quant à Yayi Boni, je suis allé lui rendre visite dès ma désignation comme candidat pour recueillir ses bénédictions, qu’il m’a volontiers accordées ». Ces confidences dessinent le portrait d’un homme qui, loin de brûler les étapes, cultive les liens et les respects accumulés au fil des ans.

Reste la question la plus délicate. Comment concevoir l’avenir avec Patrice Talon une fois le scrutin passé ? Romuald  Wadagni assure n’avoir jamais abordé le sujet avec lui, mais il dit le connaître. Pour lui, le président est un homme de parole et de principes. L’entrepreneur qu’il était s’est totalement effacé derrière le chef de l’État le jour de son élection. Il fera de même, selon lui, dès l’investiture de son successeur, quel qu’il soit, en se détachant complètement de ses fonctions. Bien sûr, il restera un amoureux du Bénin et continuera de s’intéresser aux grands enjeux du pays, mais Wadagni ne doute pas un instant de sa sincérité.

Pourtant, l’exercice est délicat. Il faudra pour lui sortir de l’ombre de son mentor sans s’en éloigner, trouver ce point d’équilibre qui n’est jamais facile à atteindre. Le candidat semble parfaitement conscient de l’écueil. Il répète : « Le développement est un processus par étapes. J’entends, si je suis élu, bâtir sur les fondations solidement établies par mon prédécesseur et grâce à elles lancer l’étape suivante de notre développement ».

Est-ce à dire qu’il ne sera pas un président sous tutelle ? La réponse fuse, nette et presque amusée. « Non », dit-il, et il ajoute que l’on connaît mal le président si l’on imagine celui-ci capable d’exercer une tutelle sur quiconque. L’intervieweur, François Soudan insiste. Les exemples ne manquent pas où les relations entre un chef d’État et le successeur qu’il a lui-même choisi se dégradent rapidement.

Wadagni se dit pourtant à l’abri. Il prend soin d’expliquer pourquoi. Contrairement à d’autres, il n’a pas été un compagnon de route, de lutte, d’exil ou d’accession au pouvoir de Patrice Talon. Il ne fait pas partie de ces proches frustrés qui estiment que leur chef leur doit une part de son pouvoir et qui cherchent à l’éclipser pour prendre à leur tour la lumière. « Contrairement aux exemples auxquels vous faites allusion, je n’ai pas été un compagnon de route, de lutte, d’exil ou d’accession au pouvoir de Patrice Talon. Je ne suis pas de ces proches frustrés qui pensent que leur chef leur doit une partie de son pouvoir et qui se doivent de l’éclipser pour prendre à leur tour la lumière. Non. Le président ne me doit rien, ni son élection en 2016, ni sa réélection en 2021. Grâce à lui, j’ai pu me révéler et je n’ai connu aucune frustration dans l’exercice de mes fonctions puisqu’il m’avait donné toute la latitude nécessaire. ».

Il conclut sur une note de confiance : «  J’ai été son collaborateur fidèle, loyal et je l’espère efficace en l’aidant à mettre en œuvre un programme qui était le sien. On n’empêchera jamais les spéculations, mais vous verrez qu’une fois de plus, le Bénin va vous étonner. »

Damien TOLOMISSI

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