Education des filles au Bénin : Un levier essentiel pour le développement national

 Education des filles au Bénin : Un levier essentiel pour le développement national

Le Bénin possède des richesses multiples, qu’elles soient historiques, culturelles ou humaines. Pourtant, une ressource précieuse ne produit pas encore tout l’effet attendu. Il s’agit de l’éducation donnée aux filles.

Former une fille, c’est préparer l’avenir d’une famille, d’une communauté et d’une nation. Au Bénin, cette évidence peine encore à s’imposer partout. Dans de nombreuses familles béninoises confrontées à des difficultés économiques, ce sont encore les filles qui quittent l’école en premier. L’argument avancé renvoie souvent à leur futur mariage ou à leur intégration dans une autre famille, leur instruction étant jugée moins prioritaire que celle des garçons, traditionnellement considérés comme les piliers du foyer. Cette conception, bien qu’ancrée dans les mentalités, constitue un frein au développement de la nation tout entière.

Et pour cause, le droit à l’éducation ne saurait être une prérogative masculine. Offrir un cahier et un crayon à une fille ne représente pas uniquement la dotation d’outils scolaires, mais également l’ouverture d’un espace de rêves et de projections personnelles. À Savalou, Kandi ou Grand-Popo, des milliers de fillettes empruntent chaque matin le chemin de l’école. Ce parcours, parfois long, poussiéreux ou boueux, symbolise bien davantage qu’un simple trajet : il incarne le chemin vers l’autonomie. Chaque lettre apprise constitue une avancée vers la liberté, chaque problème mathématique résolu ouvre une nouvelle perspective. Priver une fille de ce parcours revient à lui signifier que sa place est ailleurs, que son intelligence importe moins, infligeant une blessure invisible mais durable.

La femme instruite, pilier éducatif de la société

L’adage selon lequel la première école de l’enfant se trouve sur le dos de sa mère conserve toute sa pertinence. Dans les traditions béninoises, la femme porte l’enfant, le nourrit, lui transmet les chansons et les contes. Une femme ayant fréquenté l’école ne transmet pas uniquement ce patrimoine oral, mais également une méthode de réflexion. Une mère instruite peut déchiffrer une ordonnance médicale, vérifier un carnet de vaccination, accompagner ses enfants dans leurs devoirs ou établir un budget familial équilibré. Elle est également plus à même de conseiller ses filles sur les questions de santé reproductive et de les encourager à poursuivre leur scolarité. Instruire une fille, c’est donc investir dans plusieurs générations. À l’image du fromager dont l’ombre protège et dont les graines essaiment, une femme éduquée bénéficie à toute sa descendance. Ses enfants et petits-enfants héritent de cette lumière reçue.

L’émancipation économique par l’instruction

Les marchés de Cotonou, Parakou ou Porto-Novo témoignent de la présence massive des femmes dans le commerce. Vendeuses de maïs, de riz, d’huile rouge ou de tissus, les Béninoises constituent un moteur économique infatigable. Leur journée commence avant le lever du soleil, entre les tâches ménagères, les soins aux enfants et les activités commerciales.

Une éducation complète viendrait renforcer ces compétences pratiques. Une vendeuse d’akassa maîtrisant les calculs, capable de lire des contrats ou de comprendre les taux d’intérêt des microcrédits pourrait développer son activité, embaucher d’autres femmes et scolariser ses filles à son tour. L’instruction représente effectivement un outil économique puissant. Les études montrent qu’une fille diplômée accède plus facilement à un emploi qualifié ou à la création d’entreprise, contribuant ainsi davantage à la richesse nationale. Le développement du Bénin nécessite la mobilisation de toutes ses forces ; négliger l’éducation des filles revient à handicaper la moitié de la population.

Un rempart contre les mariages forcés et les grossesses précoces

Dans certaines régions du pays, des filles sont rapidement mariées ou deviennent mères alors qu’elles devraient être sur les bancs de l’école ou de l’université. L’éducation constitue la protection la plus efficace contre ces pratiques. Une fille scolarisée acquiert des connaissances sur son corps, découvre ses droits, apprend à exprimer un refus et à envisager son avenir de manière autonome. L’école lui fournit le vocabulaire pour se défendre et les arguments pour résister.

Par ailleurs, une fille instruite gagne en considération au sein de sa communauté. Son potentiel économique et social rend plus difficile un mariage forcé, car son entourage perçoit sa valeur et ses perspectives d’avenir. Raison pour laquelle les gouvernements qui se sont succédé ces vingt dernières années ont accordé une priorité plus grande à l’éducation de la fille. En témoigne la gratuité de l’enseignement au primaire et au secondaire qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Les organisations non gouvernementales font aussi un travail conséquent pour accompagner le gouvernement afin que les pratiques évoluent.

Une responsabilité collective

L’éducation des filles n’incombe pas uniquement aux parents. Les enseignants jouent un rôle déterminant en encourageant les élèves et en leur présentant des modèles féminins de réussite. Les pouvoirs publics doivent construire des établissements accessibles, en particulier dans les zones rurales, et former des enseignantes qui deviendront des références pour les petites filles. Les autorités traditionnelles et religieuses disposent également d’une influence notable. Lorsqu’un chef de village, un imam ou un prêtre souligne les bienfaits de l’éducation féminine, leur parole est entendue. Les hommes, qu’ils soient pères, frères ou futurs époux, gagnent à comprendre qu’une femme instruite constitue une alliée et une partenaire pour construire un foyer solide.

Des modèles de réussite

Le Bénin compte des femmes ministres, médecins, avocates, cheffes d’entreprise, enseignantes et artistes qui illustrent la réussite au féminin. Chacune d’elles a dû surmonter davantage d’obstacles que ses homologues masculins, affrontant les remarques dévalorisantes et les doutes. Leur parcours offre des repères aux générations montantes. Une fillette de Bohicon voyant une femme ingénieure à la télévision, une adolescente de Natitingou écoutant une femme pilote évoquer son métier, peuvent ainsi nourrir leurs propres ambitions. Aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, même si les femmes ne sont pas majoritaires, elles sont présentes et imposent le respect. Cela est notamment dû à la loi initiée par le président Patrice Talon et votée par l’Assemblée nationale, qui impose la présence indispensable des femmes sur les listes électorales.

Les obstacles persistants

Dans les zones rurales particulièrement, de nombreuses filles interrompent précocement leur scolarité. Les raisons invoquées mêlent les nécessités domestiques, l’éloignement des établissements, les difficultés financières des parents et les préjugés persistants sur l’utilité des études pour les femmes. Ainsi, les stéréotypes demeurent tenaces : une fille trop instruite risquerait de ne pas trouver de mari, serait trop indépendante ou n’écouterait personne. Ces conceptions méritent d’être dépassées, tant une femme éduquée enrichit sa famille et sa communauté au lieu de s’en éloigner.

La pauvreté des familles constitue également un frein réel. Renoncer à l’aide domestique ou à un petit revenu pour scolariser une fille représente un sacrifice. Bien que des dispositifs tels que les bourses, les cantines scolaires ou les distributions de fournitures commencent à faciliter ce choix, des efforts restent à faire.

Parce que l’éducation des filles ne relève ni du luxe ni d’une opposition entre modernité et tradition. Elle répond à une nécessité sociale, familiale et nationale. Une fille qui apprend à lire devient capable de déchiffrer les contrats, les journaux et les lois, accédant ainsi pleinement à la citoyenneté. Une fille qui apprend à compter gère son argent et construit son indépendance. Une fille qui apprend à réfléchir questionne ce qui doit l’être et participe aux transformations de la société.

L’avenir du Bénin se construit avec ses filles. Offrir des cahiers, des crayons, des enseignants compétents, mais surtout la certitude qu’elles ont le droit d’apprendre et de devenir ce qu’elles souhaitent, constitue l’investissement le plus porteur. La terre béninoise est fertile, mais l’esprit des filles représente la richesse la plus prometteuse pour les générations à venir.

Damien TOLOMISSI

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