Ericka Ablawa Akofa : La passion du design et du beau

 Ericka Ablawa Akofa : La passion du design et du beau

Malgré son titre de patronne d’atelier de couture, Ericka Ablawa Akofa Gnansounou a repris le chemin de l’école pour se former au stylisme-modélisme. Rencontre avec cette femme déterminée qui allie créativité, caractère et professionnalisme pour mettre en valeur la beauté de chaque corps. Lisez plutôt !!!

D’entrée de jeu, quelle différence faites-vous entre couture et stylisme ?

La couture est le point de départ du stylisme. L’objectif reste d’habiller les clients, mais l’approche diffère fondamentalement. Nous, stylistes-modélistes, travaillons sur la morphologie unique de chaque personne. Notre particularité ? Nous ne cousons pas nécessairement à partir de catalogues – nous créons nous-mêmes les modèles. C’est cette dimension créative qui fait la différence.

Depuis quand pratiquez-vous le stylisme ?

Cela fait environ huit ans maintenant. Mais auparavant, j’étais couturière. J’ai toujours eu une passion pour ce qui sort de l’ordinaire, j’adore façonner, créer. Après des années dans la couture traditionnelle, j’ai décidé de franchir le cap. J’ai expliqué à mon mari mon besoin de suivre une formation officielle en stylisme. Il a accepté, et me voilà repartie sur les bancs de l’école !

Vous êtes donc retournée en apprentissage ?

Absolument ! J’ai suivi des cours du soir à l’école de mode Félicien Casterman pendant trois ans pour m’initier au stylisme. La journée, je travaillais avec mes apprenties, et le soir, je devenais moi-même apprentie ailleurs. Tout en continuant à assumer mes responsabilités familiales avec mon mari et nos enfants. Je lui rends d’ailleurs hommage pour son soutien.

Votre emploi du temps devait être particulièrement chargé…

Je ne vous le fais pas dire ! Ce n’était pas facile, mais j’ai tenu bon grâce au soutien de mon mari. Il m’a accompagnée tout au long de ce processus exigeant.

Avec le recul, pensez-vous avoir fait le bon choix ?

Sans l’ombre d’un doute ! Je ne regrette absolument pas ma décision. Je m’épanouis pleinement dans mon métier, mes clients sont satisfaits de mon travail, et j’arrive à gagner décemment ma vie. C’est essentiel.

Si je vous écoute, tout semble parfait dans votre métier…

Pas tout à fait. Comme dans toute profession, le stylisme présente ses difficultés. Il peut y avoir des incompréhensions avec certains clients. Parfois, des clients passent des commandes complexes – quelqu’un peut arriver avec une photo et exiger exactement le même modèle. Or, un vêtement qui va à une personne ne conviendra pas nécessairement à une autre morphologie. Mais certains clients restent persuadés que puisque le modèle leur plaît sur autrui, il leur ira forcément.

Comment gérez-vous ces situations délicates ?

C’est souvent compliqué. Certains clients comprennent, d’autres non. Avec ceux qui acceptent les ajustements, nous adaptons le modèle à leur morphologie, et généralement, cela fonctionne. Comme je le disais, chaque corps est unique. Deux personnes peuvent avoir la même taille mais pas les mêmes bassins, la même circonférence de cuisse ni la même longueur d’avant-bras. Les différences morphologiques sont infinies d’un individu à l’autre.

Le stylisme serait donc plus complexe qu’il n’y paraît ?

Le stylisme ne se limite pas à manier des ciseaux, découper du tissu et utiliser une machine à coudre. C’est avant tout de la création. Comment donner une forme unique à un tissu à partir de rien ou en s’inspirant d’un autre modèle ? Comment créer un vêtement qui attirera tous les regards par son élégance ? Le styliste-modéliste doit constamment faire preuve de créativité et d’inventivité. C’est un véritable art.

Quel message adresseriez-vous aux jeunes de l’artisanat ?

J’encourage les jeunes à prendre leur travail au sérieux. Votre métier, particulièrement pour les jeunes femmes, peut vous rendre autonomes et vous valoir le respect de vos conjoints. Ne vous laissez pas séduire par les gains faciles. Je le répète souvent : les artisans sont le fondement de nos sociétés. Nous sommes nombreux et nos créations sont indispensables. Des tabourets aux chaussures en passant par les vêtements, c’est nous qui les fabriquons. Si chacun s’investit sérieusement dans son travail, il pourra pleinement en vivre.

Quel est votre prochain défi ?

Je préfère parler d’ambition. J’ai actuellement un centre de formation appelé ‘La Maison de mode Ericka Akofa’. Mais mon véritable rêve est de créer ma propre ligne de vêtements ‘Création Ericka Akofa’ dans les années à venir. C’est sur ce projet que je travaille désormais.

Propos Recueillis et Transcris par Arnaud ACAKPO (Coll)

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