La sécurité passe par l’eau et l’école : L’autre visage de l’opération Mirador
Sous le soleil ardent de l’Atacora, une autre bataille se joue. Loin du fracas des armes et des stratégies militaires classiques, l’opération Mirador dessine les contours d’une guerre bien plus silencieuse mais tout aussi cruciale celle que l’on mène avec des pioches, des sacs de ciment et des cahiers neufs.
Depuis le 27 février 2026, un souffle nouveau parcourt les villages de Makrou, Yinkinin, Becket et leurs alentours. Dans ces contrées reculées des communes de Kouandé et Kérou, l’eau ne se mérite plus à la force des bras sous un soleil de plomb. Des forages modernes, coiffés de panneaux solaires de mille cinq cents watts, offrent désormais aux populations un bien plus précieux que l’or. L’eau jaillit, pure et abondante, libérant les femmes et les enfants de corvées séculaires. Le temps gagné est désormais consacré à cultiver, apprendre, vivre.
Plus au nord, à Pehunco, le CEG 1 a troqué son visage de bâtisse fatiguée contre celui d’un véritable sanctuaire du savoir. Trois salles de classe flambant neuves, parées de plus de quatre cents tables et bancs, accueillent désormais les écoliers dans un écrin de dignité. Finis les genoux écorchés par des pupitres branlants et les dos courbés des élèves entassés. Ici, l’apprentissage rime désormais avec confort et sécurité.
Ces réalisations portent la signature discrète mais efficace de la cellule civilo-militaire de l’Opération Mirador, née en mars 2025. Une synergie remarquable s’est nouée entre les Forces Armées Béninoises et des partenaires internationaux engagés à leurs côtés, notamment le Département américain de la Défense, Spirit of America et Strategic Stabilization Advisors. Une alliance qui prouve que la sécurité ne connaît pas de frontières quand il s’agit de bâtir la paix.
Le jour de l’inauguration, d’après le quotidien La Boussole, l’émotion flottait dans l’air de Pehunco. Le Colonel Adamasso Valère, Commandant Adjoint de l’Opération Mirador, et le Colonel Tassou Abdou Wassiou, Chef de la cellule des actions civilo-militaires, ont posé un regard neuf sur leur mission. Devant les autorités locales, le maire Orou Maré Koto et le représentant du Préfet de l’Atacora Mohamed Bawa Cissé, ils ont déposé les armes symboliques pour brandir la truelle et le cahier.
Ces infrastructures, ont-ils expliqué, ne sont pas de simples dons. Elles sont les pierres angulaires d’un pacte sacré entre l’uniforme et le pagne, entre celui qui protège et celui qui cultive. Car la menace terroriste qui rode aux frontières ne se combat pas seulement avec des munitions. Elle s’éteint aussi dans le cœur des populations quand celles-ci comprennent que l’armée n’est pas une force d’occupation mais une main tendue.
Le Commandant Adjoint a livré un message qui résonne bien au-delà des collines de l’Atacora. La sécurité durable, a-t-il martelé, « ne peut germer que dans le terreau de la confiance. On ne défend pas efficacement des villages dont on ignore les besoins. On ne protège pas vraiment des populations qui vous tournent le dos. »

Les élans des maires et des chefs coutumiers ont scellé cette nouvelle alliance. Ils ont vu dans ces forages et ces salles de classe bien plus que du béton et du métal. Ils y ont vu la promesse d’une résilience nouvelle, la certitude que le développement peut fleurir même sous la menace.
L’Opération Mirador, par ces gestes concrets, tisse patiemment la toile d’une sécurité partagée. Elle prouve que l’écoute et la réponse aux besoins essentiels constituent la meilleure des stratégies. Pendant que les puits se remplissent et que les enfants apprennent à lire, la confiance, elle, coule à flots. Et c’est peut-être là, dans ces gestes simples, que se gagne la plus belle des victoires.
Patrice ADJAHO