Participation du parti « Les Démocrates » aux élections communales et municipales : Une équation à multiples inconnues

 Participation du parti « Les Démocrates » aux élections communales et municipales : Une équation à multiples inconnues

Alors que le Bénin se prépare pour le scrutin des communales et municipales, un vent de tension souffle sur le paysage politique. L’absence des Démocrates à la présidentielle de 2026 avait déjà marqué les esprits. Les voilà aujourd’hui sous le feu des projecteurs judiciaires à quelques mois des élections locales. Le Parquet de la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET) a annoncé, jeudi 6 novembre 2025, l’ouverture d’une enquête pour un possible réseau de falsification de documents. Cette affaire, technique en apparence, touche au cœur même du processus démocratique : la légitimité des candidatures.

Pour prétendre à un mandat local, la loi béninoise est claire : tout candidat doit fournir un dossier administratif complet, incluant notamment un quitus fiscal, une attestation cruciale prouvant que le candidat est en règle avec le fisc  et un extrait de casier judiciaire. Des pièces essentielles qui garantissent l’intégrité morale et financière des aspirants élus.

C’est sur le chemin sinueux de l’obtention de ces documents que l’enquête judiciaire a trouvé sa source. Selon le parquet, les administrations concernées, la Direction Générale des Impôts (DGI) et le service du casier judiciaire ont tiré la sonnette d’alarme. Leur constat est double : plusieurs dizaines de demandes de duplicatas de ces documents ont été enregistrées, émanant majoritairement de membres du parti Les Démocrates. Plus troublant encore, des citoyens ont porté plainte, affirmant que des démarches avaient été initiées en leur nom sans qu’ils en aient connaissance. Les services de l’État rappellent le principe de base : un quitus fiscal et un casier judiciaire sont des documents strictement personnels. En demander des duplicatas sur la base de procurations suspectes ou de signatures falsifiées constitue une transgression de la loi. Cette alerte administrative a donc conduit la justice à ouvrir une enquête pour éclaircir la nature et l’ampleur de ces démarches.

La défense des Démocrates

Face à ces accusations, la réaction du parti concerné a été immédiate et ferme. Par la voix de son secrétaire national à la communication, Guy Dossou Mitokpè, interrogé sur les ondes de BiP Radio, Les Démocrates ont exprimé leur profonde surprise. M. Mitokpè a qualifié l’intervention de la CRIET d’« intrusion dans le processus électoral ». Il apporte une explication contextuelle à ces demandes de documents. Selon lui, son parti était justement en train de « régulariser certains dossiers » après avoir reçu des observations de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA). Dans cette optique, demander un duplicata apparaîtrait comme un geste administratif banal. « Lorsqu’une personne reçoit un seul exemplaire de son quitus fiscal, il est logique qu’elle demande un duplicata pour compléter son dossier. Je ne crois pas que ce soit une transgression de la loi », a-t-il plaidé. Le porte-parole du parti Les Démocrates a catégoriquement nié toute intention frauduleuse. « Nous ne saurions falsifier des documents dans un tel processus », a-t-il assuré, se présentant comme un parti « légaliste ». Il est même allé plus loin dans sa défense en affirmant que le parti collaborait directement avec la DGI pour obtenir les documents, rendant d’autant plus incompréhensible, selon lui, cette « intrusion injustifiée » de la justice. « Nous ne sommes aucunement dans une démarche frauduleuse », a-t-il martelé.

Malgré les explications et les dénégations du parti, la machine judiciaire, elle, suit son cours. Les déclarations en studio ne suffisent pas à clore le dossier. Preuve que l’enquête est sérieuse et avance, l’un des deux individus interpellés pour falsification de procurations en vue d’obtenir des quitus fiscaux a été écroué ce vendredi 07 novembre 2025. Les charges retenues contre lui sont lourdes : faux, usage de faux et fraude en matière électorale. Cette incarcération donne un tour plus concret et plus grave aux suspicions. Elle indique que les juges estiment, à ce stade de l’enquête, disposer d’éléments tangibles pour justifier une mise en détention.

Une équation à multiples inconnues

Cette affaire place le Bénin devant une équation complexe. D’un côté, la justice fait son travail, répondant à des signalements précis émanant d’administrations et de citoyens. Elle applique la loi qui vise à protéger l’intégrité du scrutin. De l’autre côté, un parti politique crie à l’acharnement ou à l’ingérence, arguant de la normalité de ses démarches pour se conformer aux exigences électorales. Au-delà des versions qui s’opposent, cette situation révèle les tensions qui traversent la période électorale et la sensibilité de tout ce qui touche à l’éligibilité des candidats. Elle soulève des questions essentielles : s’agit-il d’une tentative de fraude organisée, d’une méconnaissance des procédures ou d’un malentendu administratif amplifié ? L’enquête en cours aura pour lourde tâche de démêler le vrai du faux. Pour l’heure, une ombre plane. Elle assombrit la préparation des élections et menace, une nouvelle fois, la participation d’un grand parti de l’opposition. L’enjeu dépasse la simple affaire de papiers. Il touche à la crédibilité du processus démocratique et à la confiance des citoyens en leurs institutions. La suite des événements, entre prétoire et arène politique, est attendue avec une attention aiguë.

Damien TOLOMISSI

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