Patrice Talon et l’école béninoise : Un bilan positif mais…
La semaine qui s’ouvre marque la rentrée scolaire sur toute l’étendue du territoire national. Mais cette rentrée 2025 n’a pas le même goût que les précédentes. Pour le président Patrice Talon, il s’agit de la dernière qu’il vivra en tant que chef de l’État. L’occasion de dresser un bilan de son action dans le secteur éducatif, l’un des plus sensibles et des plus scrutés par l’opinion publique.
Avant son arrivée au pouvoir en 2016, l’école publique béninoise était gangrenée par des grèves répétitives. Chaque année, les mouvements syndicaux paralysaient les établissements pendant des semaines, plongeant parents et élèves dans l’incertitude. L’une des grandes réussites de son mandat est d’avoir mis fin à ce cycle d’instabilité. Mais ce résultat n’est pas le fruit de dialogues sociaux approfondis. Il découle surtout des réformes du code du travail, qui ont limité la portée des grèves, et des menaces de sanctions contre les enseignants récalcitrants. Une stratégie ferme qui a réduit les mouvements de contestation, mais qui est parfois critiquée comme une atteinte aux libertés syndicales.
Quoi qu’il en soit, le constat est clair : depuis plusieurs années, les années académiques se déroulent sans perturbations majeures. Les examens sont organisés dans les délais, et les parents d’élèves se disent soulagés de voir leurs enfants suivre un calendrier scolaire complet. Cette stabilité est sans doute l’acquis le plus tangible de la gouvernance Talon dans le secteur éducatif.
Toutefois, ce tableau comporte des zones d’ombre. Durant ses deux mandats, le président n’a pratiquement pas lancé de grands projets de construction de salles de classes. Dans plusieurs localités, les infrastructures sont insuffisantes, obligeant des classes entières à s’entasser dans des salles surchargées. Ce manque d’investissements structurels reste un frein au développement du système éducatif.
Un autre sujet sensible est celui du recrutement des « aspirants au métier d’enseignant ». Créée pour combler rapidement le déficit en personnel, cette catégorie de contractuels a permis d’assurer la continuité des cours. Mais elle a aussi introduit une précarité sans précédent dans la profession. Ces aspirants travaillent sous contrat renouvelable, sans sécurité de l’emploi ni perspectives claires de titularisation. Beaucoup dénoncent une fragilisation du métier, avec un impact sur la motivation et la qualité de l’enseignement.
Sur le plan administratif, le gouvernement a tout de même apporté des améliorations notables. Les concours et examens nationaux sont désormais mieux organisés, certaines procédures ont été numérisées, et des efforts ont été faits pour valoriser l’enseignement technique et la formation professionnelle. Mais pour de nombreux observateurs, ces avancées restent limitées par rapport aux défis de fond : modernisation des infrastructures, amélioration de la formation des enseignants et réduction des inégalités entre milieu urbain et rural.
Ainsi, à l’heure où s’ouvre sa dernière rentrée, le bilan éducatif de Patrice Talon apparaît contrasté. D’un côté, il a mis fin à une ère de paralysie syndicale, assurant une stabilité inédite. De l’autre, il n’a pas réussi à engager de réformes structurelles profondes pour transformer durablement l’école publique.
Pour les familles, l’essentiel reste de voir leurs enfants aller en classe dans la sérénité. Mais pour l’avenir, un défi de taille attend son successeur : construire une école béninoise à la fois stable, moderne et socialement équitable.
LA REDACTION