Putsch déjoué : Le récit exclusif du colonel Tévoédjrè

 Putsch déjoué : Le récit exclusif du colonel Tévoédjrè

Dans une interview exclusive accordée à Bip Radio, le commandant de la Garde républicaine, le colonel Dieudonné Tévoédjrè, livre le récit détaillé et minutieux des événements qui ont marqué la tentative de coup d’État du dimanche 7 décembre. Du premier appel dans la nuit à l’intervention des alliés étrangers, il décrit comment les forces loyalistes ont déjoué, heure par heure, le plan du lieutenant-colonel Pascal Tigri et de ses hommes.

Tout commence à 2h10 du matin par un appel du général Bertin Bada, directeur de cabinet militaire du président, signalant qu’il est attaqué à son domicile par des hommes cagoulés. « J’ai compris tout de suite que ce n’était pas un acte isolé », explique le colonel Tévoédjrè, après avoir reçu un appel similaire du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Abou Issa. Face à cette menace coordonnée, il alerte la Garde républicaine et se rend immédiatement à la résidence présidentielle pour organiser la défense des institutions.

Vers cinq heures du matin, l’assaut est lancé contre le domicile du chef de l’État. Le colonel confirme la présence du président et de son épouse sur les lieux. « J’ai été agréablement surpris du courage du Président de la République qui, collé à moi en tant que chef militaire, suivait le combat », rapporte-t-il. Un affrontement d’une rare violence dure environ quarante-cinq minutes. Les assaillants, équipés d’engins blindés, sont finalement mis en déroute par la détermination des défenseurs. Le bilan loyaliste fait état d’un mort et d’un blessé.

Après cet échec, les mutins se replient vers la télévision nationale, SRTB, où ils parviennent à diffuser un message dans la précipitation. Mais la contre-offensive loyaliste est déjà en marche. « Nous avons détruit l’un de leurs blindés et là, c’était la débandade », raconte le commandant. Les mutins abandonnent alors le bâtiment public et se retranchent sur la base militaire de Togbin, à une dizaine de kilomètres de Cotonou.

La phase finale de la crise s’engage alors. Encerclement de la base, les loyalistes, soucieux d’éviter des pertes civiles dans cette zone urbanisée, renoncent à un assaut direct. En fin d’après-midi, sous mandat de la CEDEAO, ils sollicitent l’appui de la coopération sous-régionale. Le Nigeria répond présent. Un avion de chasse nigérian effectue plusieurs passages pour des frappes chirurgicales visant à neutraliser les capacités offensives des mutins. Ces frappes précises provoquent la dispersion des putschistes.

Pour parachever l’opération, un avion de reconnaissance français fournit des renseignements essentiels sur les positions ennemies. Enfin, des forces spéciales françaises, dépêchées depuis la base de Port-Bouët à Abidjan, rejoignent les troupes béninoises pour le ratissage final de la base de Togbin. « Ces forces spéciales nous ont aidés à faire le ratissage », précise le colonel Tévoédjrè.

Interrogé sur le sort des mutins en fuite, le commandant de la Garde républicaine indique qu’ils ont « pris la clé des champs ». Les recherches pour leur interpellation se poursuivent activement, sur le territoire national et via la coopération internationale. Cet entretien exclusif dévoile ainsi la chaîne de décisions, la coordination des forces et le soutien international décisif qui ont permis de préserver l’ordre constitutionnel en moins d’une journée.

Damien TOLOMISSI

Articles similaires