Rome 2026 : Quand le Bénin brillait par son arbitre

 Rome 2026 : Quand le Bénin brillait par son arbitre

Elle porte le noir comme d’autres portent l’espérance. Sur les terrains du championnat du monde indoor de balle au tambourin à Rome, Tania Anita Dadele n’était pas une simple silhouette parmi d’autres. Elle était la loi, l’ordre, l’impartialité faite femme. Et pourtant, derrière ce costume d’arbitre international se cache une histoire bien plus belle que toutes les médailles.

Une jeune Béninoise, le sifflet entre les lèvres, le regard perçant, qui traverse les frontières sans arme ni bagage, seulement armée de sa connaissance des règles et de son amour pour le sport. Voilà ce que Anita Dadele a offert au Bénin lors de ces championnats du monde qui se sont achevés le dimanche 1er mars 2026 dans la capitale italienne.

Pendant que les projecteurs mondiaux étaient braqués sur les équipes italiennes, sacrées chez les hommes et chez les dames, pendant que les sélections nationales du Bénin quittaient la compétition plus tôt que souhaité, une autre Béninoise, elle, écrivait sa propre légende. Silencieusement. Efficacement. Magnifiquement.

Sous ses pas, les parquets italiens ont tremblé de respect. Sous son sifflet, les plus grandes nations du tambourin mondial se sont inclinées sans discuter. L’Allemagne, la Suède, la Belgique, le Brésil, la Catalogne, l’Angleterre… Toutes ont connu l’autorité douce mais ferme de cette jeune femme originaire du Bénin. Le tableau de chasse d’Anita à Rome donne le tournis. Elle était aux commandes comme arbitre principal de chocs majeurs : Allemagne contre Suède chez les dames, Belgique contre Allemagne chez les hommes, Brésil contre Catalogne, Angleterre contre Suède, sans oublier la rencontre des jeunes entre l’Italie et la Catalogne. Cinq confrontations de haut niveau où elle a tenu la barre sans trembler.

Mais son talent ne s’arrête pas là. Comme une chef d’orchestre qui sait aussi jouer dans l’ombre, elle a été assistante sur d’autres rencontres décisives. Les matchs des jeunes Italiens contre les Allemands, Angleterre contre Catalogne, et même en quarts de finale, elle officiait comme arbitre de table lors du duel Catalogne-Portugal chez les hommes. À chaque poste, à chaque instant, elle a démontré que le Bénin possédait en elle un diamant pur. Ce parcours romain n’est pas tombé du ciel. Il est le fruit d’un travail patient, d’une passion chevillée au corps et d’une volonté de fer. Pour comprendre Anita Dadele, il faut remonter le fil de son histoire sportive.

Une belle histoire à découvrir

Tout commence en 2022. Cette année-là, Anita fait ses premiers pas dans l’arbitrage international. Elle participe déjà à une coupe du monde en Italie, mais dans des rôles plus discrets. Arbitre de table, arbitre de ligne, elle apprend, elle observe, elle engrange. La finale dames France-Italie, elle y est, aux premières loges, mais en coulisses. Elle engrange. Entre-temps, elle construit patiemment sa légitimité. Secrétaire générale de la section jeu de balle au tambourin à l’Université d’Abomey-Calavi, elle apprend les rouages administratifs. Secrétaire générale adjointe puis secrétaire générale du bureau directeur de l’Ensemble Sportif des Étudiants, elle muscle son leadership. Les Eya Games, le fitness, les tournois locaux, tout est bon pour se forger.

Les formations s’enchaînent. Celle du Hall des Arts en décembre 2022, organisée par la Fédération Béninoise. Puis le privilège d’être formée par les coachs de l’équipe nationale d’Allemagne pendant plusieurs mois en 2024. Et cerise sur le gâteau, une formation dispensée par le président de la Fédération Internationale lui-même, épaulé par le coach de l’équipe féminine championne mondiale. Les meilleurs lui transmettent leur science.

Sur le terrain béninois, elle ne compte pas ses heures. Le Tournoi Louis Ganivenq, trois éditions de suite. Le FESASI à Adjarra. Le Tournoi Foutou Wézon en 2023 et 2024. Les matchs d’exhibition à Sahouè, à Parakou où elle officie comme joueuse et arbitre lors du départ des coachs allemands. Le championnat national au Hall des Arts de Cotonou. Partout, elle sème. Mais ce qui frappe le plus chez Anita, c’est cette capacité à cumuler les casquettes sans jamais perdre de vue l’essentiel. Joueuse, elle aussi, elle connaît la sueur et la frustration des athlètes. Arbitre, elle connaît la solitude des décisions. Secrétaire générale, elle connaît les dossiers et les réunions. Cette polyvalence fait d’elle une arbitre complète, humaine, respectée.

Cette année 2026, à Rome, elle a cueilli les fruits de tant d’efforts. Ses performances ont été saluées par ses pairs, par les fédérations, par les joueurs eux-mêmes. Sans risque de se tromper, on peut affirmer que Tania Anita Dadele a fait briller le Bénin bien plus haut que beaucoup ne l’imaginent. Elle a confirmé match après match sa maturité dans l’élite de l’arbitrage mondial.

Son parcours envoie un message puissant à toutes les jeunes filles du Bénin et d’Afrique. Non, le sport de haut niveau n’est pas réservé aux seuls athlètes. Non, les responsabilités internationales ne sont pas l’apanage des hommes ou des pays riches. Oui, une jeune Béninoise peut s’asseoir à la table des grands et y tenir son rang avec dignité et compétence. Anita Dadele incarne cette Afrique qui gagne, qui s’impose par le travail et l’excellence. Elle est la preuve vivante que les frontières n’existent que pour ceux qui acceptent de rester chez eux. Elle a traversé les Alpes avec pour seul bagage son savoir-faire et sa détermination. Et l’Europe s’est inclinée.

Une expérience de lumière

Rentrée au bercail, elle rapporte dans ses valises bien plus que des attestations de participation. Elle rapporte des matchs de haute volée arbitrés avec brio, des relations tissées avec les grandes instances mondiales, et surtout, l’assurance que le Bénin peut compter sur l’une de ses filles pour exister sur la scène internationale du tambourin. Reste maintenant à espérer que cette flamme allumée à Rome enflamme d’autres cœurs. Que les jeunes arbitres béninois et africains regardent le parcours de Anita Dadele  et se disent que c’est possible. Que les fédérations comprennent l’importance de former et d’accompagner ces talents. Que le Bénin, patrie du football, du basketball et de tant d’autres sports, ajoute fièrement à son palmarès une pépite nommée Anita Dadele, arbitre internationale de jeu de balle au tambourin.

Les projecteurs romains se sont éteints. Les équipes sont rentrées chez elles. Les médailles ont été distribuées. Mais dans ce championnat du monde 2026, une Béninoise a gagné quelque chose d’encore plus précieux que l’or. Elle a gagné le respect universel. Et ça, personne ne pourra jamais le lui enlever.

Damien TOLOMISSI

Articles similaires

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *