Romuald Wadagni : «Nous allons stabiliser, approfondir et rectifier »

 Romuald Wadagni : «Nous allons stabiliser, approfondir et rectifier »

Il y a des moments dans la vie d’une nation où les discours ne suffisent plus. Les promesses électorales trop nombreuses ont souvent laissé les citoyens sceptiques face à des programmes qui brillent par leur ampleur mais pèchent par leur faisabilité. Pourtant, le projet de société que propose Romuald Wadagni pour le septennat 2026-2033 se distingue par une caractéristique essentielle. Il est le fruit d’une décennie d’expérience concrète à la tête de la gestion des finances publiques béninoises.

Ce qui frappe d’emblée dans cette ambition intitulée « Plus loin, ensemble », c’est qu’elle ne part pas de rien. Elle s’appuie sur des résultats tangibles obtenus durant les années où Romuald Wadagni a exercé comme ministre de l’Économie et des Finances. Le pays est passé d’un taux de croissance de 1,8 pour cent en 2015 à environ 8 % en 2025. Ce n’est pas un chiffre abstrait, c’est la traduction d’une gestion rigoureuse, d’une confiance restaurée avec les partenaires internationaux et d’une modernisation des infrastructures qui a changé le visage du Bénin. A ceux qui doutent encore, il lance : « La manière dont j’ai tenu le Ministère de l’économie et des finances en respectant les cadres qui y sont, en bâtissant sur l’existant et en ne détruisant pas l’existant, c’est ma marque de fabrique. »

Mais l’argentier de la nation sait mieux que personne que la croissance nationale ne suffit pas quand elle ne parvient pas jusqu’aux foyers les plus modestes. C’est là que son projet prend tout son sens. Il propose un basculement d’une logique de croissance globale vers une dynamique de développement enracinée dans chaque territoire. L’innovation majeure réside dans la création de six pôles de développement territorial. L’idée est simple et puissante. Il s’agit d’arrêter de tout piloter depuis Cotonou pour valoriser ce que chaque région possède en propre. « Nous mettrons en place des pôles de développement endogènes », affirme-t-il avec conviction.

Chaque région dira-t-il « regorge de potentiels agricoles, touristiques et humains qui attend d’être structuré ». A ce titre explique-t-il « Le programme prévoit que chaque pôle dispose d’au moins une industrie motrice, d’un projet touristique phare baptisé Ville ou Village de Splendeur, et d’un moteur d’innovation adapté à ses spécificités. Pour garantir que ces intentions ne restent pas lettre morte, des Agences Régionales de Développement seront mises en place. C’est une manière de décentraliser non seulement les responsabilités mais aussi les moyens d’agir »

Le social

Sur le plan social, le projet de Wadagni répond à une attente profonde des populations. La santé pour tous n’est plus une simple formule. La promesse est précise et il l’énonce sans détour : « Désormais, de façon systématique, automatique, pour les urgences vitales, on vous soigne d’abord. » La prise en charge systématique des urgences vitales pour toute la population, avec un mécanisme de paiement différé qui évite que personne ne meure faute de moyens, voilà une révolution silencieuse mais profonde. A cela s’ajoute la généralisation d’un carnet de santé digital pour chaque Béninois, une innovation qui permettra un suivi médical continu et coordonné. Il n’oublie pas les régions du nord en annonçant : « Nous allons construire le Centre Hospitalier International de Parakou pour le traitement des maladies complexes. »

La protection sociale n’est pas oubliée. Une plateforme nationale sécurisée par biométrie permettra de verser des aides ciblées aux familles les plus vulnérables. Finis les lenteurs administratives et les détournements, place à l’efficacité et à la transparence. L’éducation bénéficie également de cette approche digitale avec un identifiant unique pour chaque élève et un livret scolaire numérique qui le suit de la maternelle jusqu’à son premier emploi. C’est une manière de ne laisser personne au bord du chemin. La culture n’est pas en reste, et Romuald Wadagni surprend par une promesse qui en dit long sur sa conception de l’État protecteur : « Nous paierons un salaire aux artistes pour leur permettre de se concentrer sur leur art. »

Economie

L’économie constitue naturellement le socle de ce programme. Romuald Wadagni connaît les rouages de l’argent public mieux que quiconque. Il a montré sa rigueur en gérant les finances des Béninois avec sérieux, comme il le rappelle lui-même : « J’ai une chance unique d’être en ce moment même votre argentier. Le président Patrice Talon m’a fait confiance et j’ai eu l’honneur de gérer l’une des choses que vous avez de plus cher. C’est votre argent. Et vous avez vu comment je l’ai gérée. Avec sérieux, rigueur… Je peux vous assurer que si vous me faites confiance, je ferai le job avec le même sérieux, avec la même ardeur. » Son projet poursuit sur cette lancée en visant l’indépendance énergétique du pays. L’ajout de 100 mégawatts de capacité tous les deux ans et la sécurisation de l’approvisionnement en gaz par un nouveau gazoduc avec le Nigeria sont des objectifs mesurables, réalistes.

Le volet financier innove avec la création d’un Fonds national d’investissements stratégiques capable de mobiliser jusqu’à 1 500 milliards de francs CFA d’ici 2033. L’idée est de financer de grands projets sans alourdir la dette publique, une préoccupation centrale pour celui qui a passé une décennie à assainir les comptes de l’État. L’inclusion financière des populations les plus modestes est également au cœur de ses préoccupations : « Nous allons utiliser la technologie et l’intelligence artificielle pour permettre directement sur votre mobile de façon dématérialisée d’avoir votre crédit de 50 mille à 50 millions rapidement. »

La technologie est au cœur de ce projet

Romuald Wadagni ne se contente pas d’utiliser le numérique comme un outil, il veut en faire un secteur d’exportation pour le Bénin. Le déploiement de supercalculateurs nationaux, de centres de données sécurisés, et la formation massive des jeunes à l’intelligence artificielle, à la robotique et aux sciences des données, sont des engagements qui placent le pays sur la trajectoire des nations qui misent sur l’économie de la connaissance. La création d’un label national pour les solutions technologiques locales leur ouvrira l’accès à la commande publique, un levier puissant pour encourager l’innovation locale.

Sur le plan diplomatique

Ici, le projet se distingue par un pragmatisme assumé. Il aborde avec lucidité les relations parfois complexes avec les voisins : « Nous allons saisir l’occasion du renouvellement à la tête de l’État pour aller vers nos voisins qui peinent à nous faire confiance. » Plutôt que de multiplier les partenariats de façade, il propose de tisser des liens thématiques avec des pays reconnus pour leur excellence dans des domaines précis. Le Brésil pour la formation professionnelle, le Vietnam pour la mécanisation agricole, les pays du Golfe pour les investissements technologiques. Cette approche ciblée maximise les chances de transfert de compétences réelles. La création d’une Zone Économique Spéciale avec le Nigeria est une idée de bon sens pour dynamiser les échanges avec le géant voisin.

Une vision prospective

Ce qui donne sa cohérence à l’ensemble, c’est la personnalité même de Romuald Wadagni. Sa philosophie se traduit dans un programme qui ne cherche pas à détruire pour reconstruire, mais à stabiliser, approfondir et parfois rectifier ce qui peut être amélioré. Il l’exprime sans ambages : « On perd trop de temps à vouloir détruire. Nous allons stabiliser, nous allons approfondir et parfois rectifier quand on se rend compte qu’on a mal fait, parce que l’erreur est humaine. » C’est une approche rare dans un espace politique où la tentation est grande de tout casser pour faire table rase. Il ajoute, dans un élan de sincérité désarmante : « Ce que nous avions mal fait, ensemble dans le dialogue, nous allons le rectifier. »

Sa gestion du Ministère de l’Économie et des Finances a été marquée par cette rigueur et ce sérieux. Il en donne la preuve aux Béninois en leur rappelant qu’il a eu l’honneur de gérer ce que chacun a de plus cher, leur argent, et que tous ont pu constater comment il s’en est acquitté. C’est un argument de poids dans un pays où la confiance dans la gestion des ressources publiques est un enjeu démocratique majeur. Il conclut avec une simplicité qui force le respect : « Je veux vous donner l’engagement que je vais servir avec engagement, avec courage, avec constance. Je suis persuadé qu’en me faisant confiance nous irons plus loin ensemble. »

Le projet répond donc aux défis actuels du Bénin parce qu’il articule trois dimensions indissociables. La première est la continuité : il ne s’agit pas de remettre en cause les réformes qui ont porté leurs fruits mais d’approfondir ce qui fonctionne. La deuxième est la territorialisation : faire en sorte que la prospérité ne reste pas confinée aux centres urbains mais irrigue l’ensemble du pays. La troisième est l’humain : éradiquer l’extrême pauvreté, garantir l’accès aux soins, offrir une protection sociale. Sur ce point, il est d’une lucidité poignante : « La réalité de l’extrême pauvreté est un défi que nous allons combattre ensemble.»

Damien TOLOMISSI

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