Wadagni ou Hounkpè : L’heure du choix pour Les Démocrates  

 Wadagni ou Hounkpè : L’heure du choix pour Les Démocrates  

Depuis plusieurs semaines, l’attention des observateurs de la vie politique béninoise est tournée vers le parti Les Démocrates. Après la démission de son président, l’ancien chef de l’État Boni Yayi, et la transmission de l’intérim à son premier vice-président Éric Houndété, la formation politique de l’opposition radicale devait prendre une décision importante pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Allait-elle apporter son soutien à un duo candidat déjà en lice ?

Lors de la réunion de sa coordination nationale tenue vendredi 13 mars 2026, la question du soutien à un duo candidat a bien été évoquée, longuement même, au cœur des débats. Cependant, le parti n’a pas rendu d’arbitrage définitif. Il a préféré jouer les prolongations en annonçant la tenue prochaine d’une session de son conseil national. Celle-ci est prévue pour le samedi 21 mars 2026. Selon le communiqué publié à l’issue de la réunion, cette session devra définir les orientations politiques que la situation du moment rend nécessaires. En attendant, la coordination nationale a reçu pour mission de rencontrer les candidats en lice pour la présidentielle qui en feront la demande. Cette ouverture au dialogue, même temporaire, montre que le parti ne veut fermer aucune porte, mais qu’il refuse aussi de se laisser enfermer dans une décision précipitée qui pourrait être mal comprise ou mal vécue par sa base.

Pour comprendre ce temps de réflexion, ce moment de suspension volontaire, il faut revenir sur le contexte électoral dans lequel le parti se trouve aujourd’hui. Le parti Les Démocrates avait présenté un duo composé de Renaud Agbodjo et Jude Lodjou pour tenter de participer à la course à la présidence. Mais cette candidature n’a pas été validée en raison d’un défaut de parrainage. Cette situation a placé la formation politique dans une position délicate, pour ne pas dire inconfortable. D’un côté, elle reste une force majeure de l’opposition béninoise, avec un poids électoral considérable et une base militante solide, forgée dans les combats politiques des dernières années. De l’autre côté, elle se retrouve sans représentation directe dans la compétition officielle, ce qui l’oblige à repenser son rôle et son influence à l’approche du scrutin.

Deux options

Dans ce cas, deux options s’offraient clairement à elle. La première était de rester en retrait et de ne soutenir aucun candidat, au risque de paraître absent du jeu politique et de décevoir ceux qui attendent une consigne de vote claire. La seconde était de se rallier à l’un des duos déjà qualifiés, mais en pesant soigneusement les conséquences d’un tel choix, tant sur le plan des idées que sur celui de la crédibilité auprès des électeurs. Deux duos sont en effet qualifiés pour cette élection présidentielle. Le premier est celui de la mouvance présidentielle. Il est formé par l’actuel ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, et par l’actuelle vice-présidente de la République, Mariam Chabi Talata. Ce duo incarne la continuité du pouvoir en place et défend un bilan qu’il entend prolonger, mettant en avant la stabilité et les réformes économiques engagées. Le second duo est celui du parti Force Cauris pour un Bénin Emergent, que l’on appelle couramment FCBE.

Cette formation politique, considérée comme une opposition modérée, a présenté Paul Hounkpè et Rock Judicaël Hounwanou. Contrairement au duo de la mouvance, le parti FCBE critique ouvertement la gestion actuelle et propose une alternative, mais sans adopter la ligne radicale et parfois intransigeante qui caractérise Les Démocrates. La FCBE a d’ailleurs déjà fait une demande d’audience auprès des Démocrates. Cette démarche, officielle et assumée, montre que le parti de l’opposition modérée voit dans un éventuel ralliement une opportunité de renforcer sa campagne et de rassembler au-delà de son propre électorat. Pour certains, si Les Démocrates, donnent leur soutien au duo FCBE aurait une logique politique. Et pour raison, les deux formations partagent en effet une opposition au pouvoir en place, même si leurs méthodes, leurs histoires et leurs références idéologiques diffèrent sur plusieurs points. Mais un tel soutien ne va pas sans poser question, sans soulever des inquiétudes dans les rangs militants.

De l’autre côté, selon plusieurs analystes politiques, si le parti décide de soutenir Romuald Wadagni, cela ne serait pas une trahison. Ce serait un acte de courage. Ce serait dire que l’intérêt du Bénin passe avant les étiquettes, avant les rancunes, avant les vieilles habitudes. Ce serait construire un pont entre deux rives qui se tournent parfois le dos. Le peuple béninois, lui, en a assez des divisions. Les citoyens ordinaires ne comprennent pas toujours pourquoi ceux qui devraient travailler ensemble passent leur temps à se battre. Ils veulent du travail, de la sécurité, de l’espoir pour leurs enfants. Ils veulent que leur pays avance. Si Les Démocrates et Romuald Wadagni s’unissaient, ce serait un message magnifique envoyé à la nation. Ce serait la preuve que la politique peut être belle, qu’elle peut rassembler au lieu de diviser.

Une décision très attendue

Le choix de reporter la décision à la fin du mois de mars révèle donc une volonté affirmée de ne pas agir dans la précipitation. Le parti semble vouloir consulter largement, remonter les avis des sections locales, peser les avantages et les inconvénients de chaque option, et surtout préparer ses militants à la direction qui sera prise, afin d’éviter les fractures internes. Ce temps de réflexion peut aussi être interprété comme une manière de garder la main sur le jeu politique. En ne se prononçant pas tout de suite, Les Démocrates restent un acteur incontournable du processus électoral. Les candidats en lice savent que le ralliement de ce parti pourrait leur apporter un réservoir de voix significatif. Dès lors, chaque jour de silence renforce la valeur de l’éventuel soutien à venir et place le parti en position de force pour d’éventuelles négociations.

Dans ce contexte tendu mais ouvert, la session du conseil national du 21 mars sera déterminante. C’est elle qui devra trancher et indiquer clairement si Les Démocrates choisissent de soutenir un duo, et lequel, ou s’ils décident de rester en observation tout en appelant à voter selon la conscience de chacun, laissant ainsi une liberté totale à leurs électeurs. D’ici là, la coordination nationale rencontrera les candidats qui le souhaitent. Ces échanges permettront sans doute d’affiner la position du parti et de mesurer les garanties que chaque camp est prêt à offrir en échange d’un soutien, que ces garanties soient programmatiques, politiques ou institutionnelles.

Une chose est sûre  dans ce paysage en mouvement : en prenant le temps de la réflexion, Les Démocrates montrent qu’ils ont changé de méthode. Fini le temps des décisions hâtives ou des prises de position immédiates dictées par l’urgence médiatique. Le parti veut désormais peser chaque étape, mesurer chaque conséquence, anticiper chaque réaction. Dans une élection présidentielle qui s’annonce intéressante cette prudence pourrait bien être une force. La suite dépendra de ce que décidera le conseil national dans les jours à venir, et de la manière dont cette décision sera expliquée et assumée sur le terrain.

Damien TOLOMISSI

Articles similaires

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *