Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Un foyer, c’est un canot avec deux rameurs »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Un foyer, c’est un canot avec deux rameurs »

Un jeune marié s’inquiète de voir la flamme du début s’estomper. En réponse, le sage Dadah Bokpè Houézrèhouèkè lui offre une leçon de vie, comparant l’amour passion à un feu de brousse et l’amour durable au feu du foyer qu’on entretient chaque jour. Dans ce récit plein d’images puisées dans la tradition, il détaille les quatre apprentissages fondamentaux pour bâtir un foyer solide et joyeux : l’écoute, le pardon, le partage et la gratitude. Une sagesse intemporelle, simple et profonde, qui invite chaque couple à cultiver ce sentiment qui « s’apprend ».

Un jour, sous l’arbre à palabres, un jeune homme plein de fougue est venu me voir, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè. Il était inquiet. Il disait : « Dadah, mon mariage est nouveau, mais déjà l’eau de la passion commence à se calmer. Où est passée la grande flamme du début ? » Je l’ai regardé, j’ai souri, et je lui ai dit : « Mon fils, tu confonds le feu de la brousse, qui brûle tout et s’éteint vite, avec le feu du foyer, qu’il faut entretenir tous les jours avec du bon bois. L’amour dans un foyer, ce n’est pas seulement un feu qui prend tout seul. C’est un sentiment qui s’apprend. »

Voilà la grande vérité que beaucoup oublient. Pour garder son foyer stable, joyeux, un endroit où il fait bon vivre et où chacun se sent en paix, l’homme et la femme doivent comprendre ce principe. On ne naît pas cultivateur, on l’apprend. On ne naît pas forgeron, on l’apprend. De la même manière, on n’est pas époux ou épouse parfait simplement parce qu’on s’est dit « oui ». Cela s’apprend, chaque jour, avec patience et volonté.

L’amour au premier regard, c’est comme une graine qu’on plante. C’est beau, c’est plein de promesses. Mais si tu ne sais pas comment arroser cette graine, comment la protéger du soleil trop fort ou des insectes, elle va sécher. Elle ne deviendra jamais un grand arbre qui donne de l’ombre et des fruits. Le mariage, la vie à deux, c’est cela. C’est apprendre à être le jardinier de son propre cœur et du cœur de l’autre.

Le premier apprentissage, c’est l’écoute. Écouter vraiment. Ce n’est pas attendre que l’autre finisse de parler pour donner son avis. C’est essayer de comprendre le silence entre ses mots. Parfois, ta femme te parle de son marché fatiguant, ce qu’elle cherche, ce n’est pas que tu lui donnes une solution, mais simplement que tu reconnaisses sa fatigue. « Cela a dû être difficile, ma reine. » Ces mots-là sont de l’eau pour la plante. L’homme aussi a besoin d’être écouté. Quand il revient des champs avec le poids du jour sur les épaules, un accueil paisible, un repas simple partagé dans le calme, c’est une musique qui détend son âme. Apprenez à vous écouter.

Le deuxième apprentissage, c’est le pardon. Le pardon n’est pas une faiblesse. C’est une force immense. Dans une case, la poussière entre tous les jours. Tu ne démolis pas ta case parce qu’il y a de la poussière. Tu prends le balai, et tu nettoies. Dans le couple, les petites poussières, ce sont les paroles brusques, les oublis, les malentendus. Si tu laisses la poussière s’accumuler, un jour, tu ne vois plus la beauté de l’autre, tu ne vois plus que la couche de saleté. Apprends à balayer tous les jours. Dis « je suis désolé » sans que ton orgueil te bloque la gorge. Accepte les excuses sans les garder en trophée pour une future dispute. Pardonner, c’est choisir la paix du foyer plutôt que de gagner une bataille inutile.

Le troisième apprentissage, c’est le partage des tâches. Un foyer, c’est un canot avec deux rameurs. Si un seul rame, le canot tourne en rond et tout le monde est épuisé. Il n’y a pas de « travail d’homme » et de « travail de femme » quand il s’agit de bâtir le bonheur commun. Parfois, l’homme peut laver les plats. Parfois, la femme peut discuter des dépenses de la famille. C’est ensemble que vous portez le fardeau, et ainsi, il paraît plus léger. La joie naît de cette collaboration, de se voir l’un l’autre comme des partenaires dans la même aventure.

Le quatrième apprentissage, et non le moindre, c’est de cultiver la gratitude. Arrêtez de regarder ce que l’autre ne vous donne pas. Commencez à voir tout ce qu’il ou elle vous donne chaque jour. Ce repas préparé, ces enfants soignés, cet argent gagné avec sueur, cette présence silencieuse le soir. Remerciez-vous. Dites-vous « merci ». Un « merci » sincère est un baume qui guérit bien des blessures et fait repousser l’affection. Quand tu dis merci à ta femme pour l’eau fraîche qu’elle a tirée, elle se sent vue et valorisée. C’est essentiel.

Beaucoup croient que quand l’amour passion s’en va, c’est la fin. Mais non. C’est là que commence le vrai amour, celui qui se construit. L’amour qui dure, c’est un choix quotidien. C’est se lever le matin et décider d’être bon envers l’autre, même sans l’enthousiasme du premier jour. C’est choisir la gentillesse, la patience, la douceur. Ces sentiments-là, on les apprend, on les pratique comme on pratique un métier, jusqu’à ce qu’ils deviennent une seconde nature.

Votre foyer doit être votre sanctuaire. Un endroit où, après les orages du monde extérieur, on vient se sécher et retrouver sa force. Cela ne se fait pas par magie. Cela se construit pierre par pierre, jour après jour, avec ces petits gestes appris. La parole respectueuse, le service rendu, le sourire offert, le cadeau surprise qui n’a pas de prix mais qui dit « je pense à toi ».

Alors, aux jeunes couples, je dis : n’ayez pas peur quand la première flamme diminue. C’est normal. Maintenant, apprenez. Apprenez à allumer la lampe à huile de la compréhension, de la complicité et du respect mutuel. Sa lumière est moins spectaculaire, mais elle éclaire bien plus longtemps, elle est plus chaude, et elle ne craint pas le vent.

Et aux couples qui naviguent depuis longtemps, je dis : continuez d’apprendre. On n’a jamais fini d’apprendre le cœur de l’autre, parce que l’autre change, et vous aussi. Soyez toujours curieux l’un de l’autre. Parlez-vous. Racontez-vous votre journée, vos petits soucis, vos petits espoirs. Cette conversation simple, c’est le ciment qui tient les pierres de votre case.

La sagesse de nos ancêtres nous l’a toujours enseigné : une famille unie est plus forte que le plus grand des rois. Et l’unité ne tombe pas du ciel. Elle se cultive. Elle s’apprend. Commencez aujourd’hui. Regardez votre époux, votre épouse, et au lieu de chercher ce qui manque, voyez la beauté du chemin déjà parcouru ensemble. Et décidez d’apprendre, pour demain, à être un peu meilleur, un peu plus aimant, un peu plus compréhensif. C’est comme cela que le foyer reste stable, joyeux, et que l’on y trouve, chaque jour, cette paix profonde qui fait dire : « Il fait vraiment bon vivre ici. » Que la sagesse de ceux qui nous ont précédés éclaire votre route, et que vos mains, unies, continuent à bâtir un abri de bonheur pour vous et pour les vôtres.

DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE

Articles similaires