Coton ouest-africain : Nouveau patron, nouvelle donne
C’est une histoire de chiffres qui dansent, mais aussi d’ambitions qui se froissent. Dans la grande famille du coton ouest-africain, on croyait le Mali installé sur son trône. L’année dernière, avec ses 690 000 tonnes récoltées, le pays avait de quoi bomber le torse. Mais voilà, en Afrique, l’herbe de la savane pousse vite, et les équilibres changent encore plus vite. Pour la campagne 2025-2026, le roi est tombé. Et ce n’est pas une surprise : c’est le Bénin qui monte sur la première marche du podium.
Selon les dernières prévisions du Programme régional de production intégrée du coton (PR-Pica), le Bénin devrait récolter cette année 647 290 tonnes de ce que l’on appelle joliment « l’or blanc ». Pendant ce temps, au Mali, la machine s’est enrayée. La production chute brutalement à 433 700 tonnes. En douze mois seulement, le pays a perdu plus d’un tiers de ses récoltes. C’est un coup dur.
Comment expliquer une telle bascule ? D’abord, par ce que les dieux du ciel envoient. Le Mali a été durement frappé par de fortes inondations en fin de saison des pluies. Des champs entiers, gorgés d’eau, ont dit adieu à de belles récoltes. Mais ce serait trop simple de ne blâmer que la pluie. L’autre grande différence entre les deux voisins, c’est la constance.
La force du Bénin, c’est sa régularité
Le Bénin ne fait pas de « yoyos ». Pendant que le Mali bat des records une année pour dégringoler la suivante, le Bénin, lui, avance pas à pas. Aujourd’hui, ses champs sont parmi les plus généreux de la région. Là où un paysan malien récolte entre 0,9 et 1 tonne par hectare, son collègue béninois ramasse fièrement de 1,1 à 1,2 tonne. Cette petite différence, répétée sur des milliers de champs, fait toute la différence au moment de remplir les entrepôts.
Mais le Bénin ne veut plus se contenter d’être un simple champion de la récolte. Le pays a compris une chose essentielle : ce n’est pas celui qui cultive le mieux qui s’enrichit le plus, mais celui qui transforme. Pendant que le Mali envoie encore presque tout son coton à l’étranger à l’état brut, le Bénin a décidé de garder une partie de la « magie » chez lui.
Le grand pari de l’usine
À quelques kilomètres de Cotonou, dans la zone industrielle de Glo-Djigbé (la GDIZ), les machines tournent. Aujourd’hui, déjà 12,7 % de la récolte béninoise est transformée sur place, en tissus et en vêtements. L’objectif ? Monter à 20 % dans les prochaines années. C’est un cercle vertueux : cela crée des emplois pour les jeunes, sécurise l’économie et rapporte plus d’argent au pays. Au total, le coton pèse déjà 12 % de la richesse nationale béninoise.
Cette histoire nous apprend une chose. Le leadership ne se joue plus seulement à coups de records. Comme le dit un sage de la finance, gagner une bataille de volume, c’est bien. Mais savoir résister aux intempéries, et surtout, savoir transformer ses propres richesses, c’est cela, la véritable victoire. Le Bénin, par sa discipline et ses choix, est en train d’écrire un nouveau chapitre du coton africain. Un chapitre où l’on ne se contente pas de produire, mais où l’on apprend à tisser son propre avenir.
Etienne YEMADJE