Du Tatami à la Marina : Romuald Wadagni s’impose par la souplesse et la rigueur

 Du Tatami à la Marina : Romuald Wadagni s’impose par la souplesse et la rigueur

La Commission Électorale Nationale Autonome a proclamé dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 avril les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 12 avril. Le duo formé par Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata arrive très nettement en tête. Il recueille 4 252 347 voix, ce qui représente 94,05% des suffrages exprimés. L’opposition, représentée par le tandem Paul Hounkpè et Rock Judicaël Hounwanou, obtient 269 433 voix, soit seulement 5,95%.

Sur les 7 897 287 électeurs inscrits, 4 640 354 ont participé au vote, ce qui donne un taux de participation de 58,75 pour cent. Le nombre de suffrages valablement exprimés s’élève à 4 522 756, tandis que 117 598 bulletins ont été déclarés nuls. Ces chiffres ont été établis à partir de la centralisation de 15 814 bureaux de vote sur un total de 17 463, soit 90,55 pour cent des données.

La CENA souligne que l’écart entre les deux duos est si important que l’issue du scrutin est mathématiquement irréversible. L’intégration des votes restants ne pourrait pas modifier l’ordre de classement. Conformément au Code électoral, les résultats provisoires sont désormais transmis à la Cour constitutionnelle. Celle-ci est la seule autorité compétente pour proclamer les résultats définitifs. Ainsi, le Bénin s’apprête à vivre une transition inédite.

Du Tatami à la Marina

Romuald Wadagni, l’homme discret du tatami, va entrer à la Marina. Son parcours inspire. En effet, fidèle à sa réputation de technocrate discret, architecte de la politique économique de Patrice Talon depuis une décennie, il n’a jamais cherché les projecteurs. Pourtant, c’est désormais lui que les Béninois ont choisi pour conduire la destinée du Bénin pendant les sept prochaines années.

Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, Romuald Wadagni est revenu sur sa trajectoire, sa relation avec le chef de l’État Patrice Talon et sa vision pour l’après. Il s’est livré avec une sincérité qui contraste avec l’image de rigueur qu’on lui connaît. L’occasion pour le peuple béninois de découvrir l’homme derrière le ministre, celui qui a contribué à redresser les finances publiques et à attirer les investissements.

Interrogé sur son sport fétiche, Wadagni répond sans hésitation : le judo. « Je l’ai pratiqué pendant plus de vingt ans » confie-t-il. Cette discipline lui a enseigné des leçons précieuses qu’il transpose aujourd’hui dans l’arène politique. La souplesse est une forme de force. « L’adversaire n’est pas un ennemi à combattre, mais une résistance à surmonter avec intelligence »,  explique-t-il.  Une philosophie qui en dit long sur sa manière d’envisager le pouvoir et le rapport à l’autre.

Cette culture du judo a forgé un homme patient, habile et maître de lui-même. Sur le tatami comme dans la gestion des affaires publiques, la clé est la même. Il faut savoir attendre le moment juste, utiliser la force de l’adversaire pour avancer, et ne jamais perdre de vue l’objectif. Ces qualités, Wadagni les a mises au service du Bénin pendant dix ans aux côtés de Patrice Talon. Il a participé aux grandes réformes qui ont transformé le pays, de l’assainissement des finances à la modernisation des infrastructures.

Aujourd’hui, avec les félicitations que lui a adressées son challenger Paul Hounkpè, qui a reconnu sa défaite, et au vu des grandes tendances dégagées par la CENA, il est convaincu que la force d’un leader se mesure à sa capacité de rassembler, d’écouter et de transformer les oppositions en opportunités. Le judo lui a appris que la victoire n’est jamais brutale. Elle se construit mouvement après mouvement, avec rigueur et humilité. C’est d’ailleurs ce qu’il a démontré durant les deux semaines de campagne. Il a dévoilé un visage que beaucoup ne connaissaient pas. Celui d’un homme de conviction, formé à l’école de l’effort et du respect.

À l’heure où le Bénin s’apprête à tourner une page, le peuple souverain lui fait totalement confiance. Il connaît les arcanes de l’État mais aussi les vertus du silence et de la maîtrise de soi. Ce qui est déjà  bien, l’ancien judoka a déjà prouvé qu’il sait tomber et se relever, avancer sans bruit et frapper au moment décisif. Déjà de nombreux jeunes Africains voient en lui la preuve que la patience, le travail silencieux et l’intelligence des situations mènent loin. Plus qu’une victoire politique, c’est une leçon de vie qui se dessine. Dans les semaines à venir, le président élu devra confirmer qu’il est aussi habile à gouverner qu’à esquiver les attaques sur un tapis de judo. Les Béninois, eux, attendent avec confiance de voir comment il transformera cette force souple en actions concrètes pour le développement du pays.

Damien TOLOMISSI

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