L’audace d’oser : Les Confidences d’Amina Priscille Longoh

 L’audace d’oser : Les Confidences d’Amina Priscille Longoh

De toutes les formes d’expression littéraire, l’autobiographie est sans doute la plus captivante pour le lecteur, mais la plus ardue pour son auteur. Il n’est jamais aisé de parler de soi. Blaise Pascal reconnaissait cette difficulté dans sa formule célèbre : « Le moi est haïssable » non qu’il s’agisse de se haïr, mais parce qu’il est malaisé d’être à la fois l’objet et le sujet de son propre discours.

Pourtant, Amina Priscille Longoh, actuelle ambassadrice du Tchad en France n’a pas reculé devant cet exercice périlleux. Elle était parfaitement consciente des écueils : l’effort de dévoilement de soi, l’ascèse quasi monacale qu’exige l’écriture, surtout pour une personnalité politique de premier plan, davantage habituée à l’action qu’à la contemplation. Elle écrit : « J’ai opposé pendant longtemps une farouche résistance à l’idée d’écrire ce livre. […] Parce que l’écriture exige une discipline quasi monacale, mais elle impose aussi de céder à l’extimité, une nécessité d’ouvrir son jardin secret là où l’action politique n’impose que le résultat. »

Témoigner, transmettre et partager

Contrairement à ce que le titre Confidences pourrait laisser penser, la fibre intimiste est moins affirmée que la volonté de témoigner, transmettre et partager. Témoigner que, dans la vie, nul n’est condamné à un destin fatal. Transmettre des vertus et des valeurs indispensables à l’épanouissement individuel et au bien-être collectif. Partager des tranches de vie pour montrer que, malgré un parcours souvent sinueux, la lumière et la félicité peuvent récompenser ceux qui persévèrent.

Amina Priscille Longoh est convaincue que la femme africaine et la jeunesse du continent doivent s’imprégner de ces vérités fondamentales. Elle explique : « Le choix d’écrire ce livre relève aussi d’un désir de restituer une part de mon expérience personnelle dans une Afrique contemporaine confrontée à de multiples défis. J’ai fait face à des obstacles variés, nombreux, parfois visibles, souvent insidieux. […] Les uns suggérant que je souffrais d’un manque de légitimité à exercer le pouvoir parce que j’étais une femme. Les autres considérant que ma jeunesse ne pouvait être qu’une faiblesse. »

Séquences de vie

Confidences se compose de neuf récits essentiels, séquences marquantes de son parcours personnel, professionnel et humanitaire : « Ministre à vingt-neuf ans », « Humilité & ambition », « Au service de la femme et de l’enfant », « Les mutations de la société tchadienne », « Bâtir une société du care », « Le sens de ma mission », « Lettre à Sadina »…

Après l’avant-propos, l’ouvrage raconte sa nomination à des fonctions ministérielles par le défunt maréchal Idriss Déby Itno. Ce point de départ tient à son engagement précoce en faveur des plus fragiles. Elle relate : « Entre-temps, la tragique histoire d’une enfant atteinte d’un cancer, pour laquelle j’ai initié une collecte de fonds, m’a poussée à créer la Fondation Tchad Helping Hands en 2016. Apparemment, le travail abattu n’est pas passé inaperçu aux yeux des autorités. C’est ainsi que je fus nommée, en 2009, Directrice générale de la Maison nationale de la femme du Tchad. Un an après, j’étais promue ministre de la Femme et de la Protection de la petite enfance. Le cas est assez singulier pour être souligné : jeune et femme, au Tchad. »

Confiance

Sa nomination comme ministre à 29 ans, puis ministre d’État à 32 ans, n’est donc pas le fruit du hasard. Dans la séquence « Ministre d’État », elle rapporte les paroles que le président Idriss Déby Itno lui a adressées : « Ma fille, tu dois réussir, tu dois faire bouger les choses, tu dois redynamiser le secteur que je t’ai confié. N’aie surtout pas peur, l’avenir du Tchad, c’est vous, mes enfants, donc tu n’as pas le droit d’échouer. […] tu as ma confiance et mon soutien. Allez, au boulot ! » Elle précise que ces paroles, prononcées en présence du ministre d’État Kalzeube Pahimi Deubet, l’ont toujours guidée.

Cette confiance lui a été renouvelée par l’actuel chef de l’État, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, à qui elle rend hommage : « C’est le moment de rendre hommage à la vision d’un homme de progrès, le président Mahamat Idriss Déby Itno, qui a fait de moi la première femme ministre d’État de mon pays. […] Ce qui importe, selon lui, c’est le résultat obtenu. Il applique ainsi les principes du management moderne, attaché à la gouvernance axée sur les résultats. »

Poids de sa mission en faveur du Tchad

Dès son entrée au gouvernement, Amina Priscille Longoh a pleinement conscience du poids de sa mission pour la cohésion sociale. Elle ne s’est pas enfermée dans les discours abstraits : elle s’est distinguée par son enthousiasme à servir et son engagement de terrain au plus près des populations vulnérables – sinistrés, naufragés de la vie, victimes d’injustices. Cet investissement est la conséquence d’une fibre sociale profondément ancrée en elle, bien antérieure à ses fonctions ministérielles.

Impulsion de plusieurs réformes

Dans cette trajectoire, elle a impulsé de nombreuses réformes structurantes. Parmi les plus emblématiques : le Programme national d’autonomisation économique et sociale de la femme, la Stratégie nationale de l’entrepreneuriat féminin au Tchad (SNEF), le Plan d’action 2023-2027 de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur « Femmes, Paix et Sécurité », l’Observatoire de la promotion de l’égalité et de l’équité de genre (OPEG), le décret fixant les modalités d’application de l’ordonnance sur la parité dans les fonctions électives et nominatives, et la Politique nationale genre (PNG) visant à intégrer les besoins spécifiques des hommes et des femmes dans les stratégies de développement.

Séquence inspirante : Lettre à Sadina

L’autobiographie se referme sur une séquence particulièrement inspirante, adressée à toute jeune fille tchadienne et africaine : Lettre à Sadina. Sadina est une jeune compatriote qu’elle découvre par hasard dans une vidéo, exprimant le vœu ardent de ressembler à l’autrice. Ce fut le déclic du projet d’écriture. Amina Priscille Longoh lui écrit : « Tu ne le sais sans doute pas, mais tu es à l’origine de ce livre. Le jour où j’ai vu ta vidéo où tu disais vouloir me ressembler, j’ai été naturellement très émue. Puis je me suis interrogée sur le sens de ton vœu. J’ai décidé alors d’écrire pour partager avec toi et toutes les jeunes filles du Tchad un bout de mon moi, de mon histoire personnelle. […] J’espère susciter avec ces lignes des vocations et encourager toutes les filles comme toi à poursuivre le chemin de l’effort vers de grandes responsabilités au Tchad et partout dans le monde. »

Ainsi, bien plus qu’un simple exercice d’introspection, Les Confidences d’Amina Priscille Longoh offre un témoignage vibrant de résilience, d’engagement et d’espoir pour la jeunesse et les femmes d’Afrique.

Éric TOPONA, journaliste à la Deutsche Welle (Bonn)

Articles similaires

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *