Après la victoire de la CASB devant le TAS dans le bras de fer avec la FIPJP : El Hadj Ibrahima Idrissou donne priorité au dialogue et au développement
La Confédération Africaine des Sports Boules (CASB) a tenu une conférence de presse historique pour annoncer une nouvelle qui redessine l’avenir de la pétanque sur le continent. Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a rendu une sentence sans appel le 21 mai dernier, reconnaissant la CASB comme la seule organisation continentale représentative de l’Afrique. Cette décision met fin à un long bras de fer avec la Fédération Internationale de Pétanque et Jeu Provençal (FIPJP), qui avait retiré sa reconnaissance à la confédération africaine.
Devant une salle comble, le président de la CASB, El Hadj Ibrahima Idrissou, a affiché une satisfaction mesurée mais réelle. « Le TAS a donné raison à la CASB en reconnaissant le bien-fondé de sa démarche et en sanctionnant la décision qui lui avait retiré sa qualité d’organisation continentale représentative de l’Afrique », a-t-il déclaré. La procédure avait été engagée le 11 mai 2025, après une décision contestée de la FIPJP prise par vidéo conférence. Selon le président Idrissou, cette décision injuste a profondément affecté le fonctionnement normal de la confédération et a créé des incertitudes auprès des fédérations nationales.
En dehors de la simple réhabilitation, le TAS a également condamné la FIPJP à rembourser à la CASB l’ensemble des frais d’arbitrage et de procédure. Une victoire juridique complète, donc. Mais El Hadj Ibrahima Idrissou a tenu à ne pas verser dans la polémique. Son discours, lu avec gravité, appelait avant tout au rassemblement. « Aujourd’hui, notre priorité n’est pas de prolonger une controverse juridico-politique et sportive. Notre priorité est de rassembler en apaisant les cœurs à travers une offensive diplomatique de grande envergure », a-t-il insisté. Il a également salué le travail des fédérations nationales, des athlètes et des arbitres qui continuent de faire vivre les sports boules malgré les turbulences.

Les enseignements de la sentence du TAS selon Me Brice Houssou
Revenant sur le détail de la décision, Me Brice Houssou, avocat de la CASB, en a livré un résumé précis. Il a expliqué que le Tribunal a admis partiellement l’appel de la CASB, annulant toutes les décisions du comité exécutif de la FIPJP qui avaient retiré sa reconnaissance ou prononcé son exclusion. En conséquence, la CASB récupère son statut de confédération continentale au sein de la FIPJP. L’avocat a également précisé que le TAS a rejeté la demande d’annulation d’autres mesures prises par la FIPJP et a réparti les frais : 90% à la charge de la FIPJP et 10% pour la CASB, cette dernière recevant en outre 3 000 francs suisses au titre des dépens.
Pour Me Houssou, cette décision constitue « l’épilogue d’une série de manœuvres menées par l’ancien président de la FIPJP pour déstabiliser la CASB ». Il a rappelé que la crise s’était cristallisée autour de l’élection de M. Sadik Guermah au poste de secrétaire général. La FIPJP avait alors exigé son exclusion en invoquant une procédure de sanction, ce que le président de la CASB a refusé. L’avocat a également mis en lumière les correspondances échangées fin 2024, montrant que la FIPJP a suggéré aux fédérations africaines de ne pas participer à l’Assemblée générale de la CASB et de privilégier la création d’une nouvelle confédération. « C’est comme si, au football, le président de la FIFA demandait aux fédérations nationales de créer une nouvelle instance en marge de la CAF », a illustré Me Houssou. Cette démarche a abouti à la convocation d’un congrès parallèle à Dakar en janvier 2025, justifiant selon lui la saisine du TAS.

La charge de Sadik Guermah : « Défendez l’Afrique »
Présent à la conférence, le Secrétaire général de la CASB, M. Sadik Guermah, a résumé sa position en dénonçant « des magouilles » et des tentatives d’ingérence visant à « anéantir des fédérations africaines pour en placer d’autres ». Il a cité l’exemple de la Fédération marocaine. S’adressant à la presse, il a lancé un appel solennel : « Ne défendez pas le pays, mais défendez l’Afrique, parce que c’est là où j’ai le problème. Vous avez une grande responsabilité. »
Un appel à l’unité avant le championnat d’Afrique
La conférence de presse de Cotonou n’était pas seulement un exercice de constat juridique. Elle est aussi devenue une tribune pour les acteurs majeurs de la pétanque ouest-africaine. Présent dans la salle, le président de la Fédération Ivoirienne de Boules et Pétanque (FIBP), José Gauthé, a pris la parole pour qualifier cette rencontre de « séance de vérité ».

Selon lui, le moment exige que chacun regarde la réalité en face pour reconstruire ensemble. Il en a profité pour faire une annonce importante. La Côte d’Ivoire se prépare à accueillir la dixième édition du Championnat d’Afrique de pétanque. La compétition se tiendra du 17 au 19 juillet 2026. « J’invite toute la famille bouliste africaine à prendre part à cette compétition », a lancé le président ivoirien, tendant ainsi la main aux fédérations qui auraient pu douter durant la crise. Il voit dans cet événement une occasion unique de sceller la réconciliation et de montrer la vitalité de la discipline sur le continent.

Salim Bio Nigan, président de la Fédération Béninoise de Pétanque, n’a pas caché sa joie. Il a félicité chaleureusement le président de la CASB pour son combat. « Nous encourageons la Confédération à continuer sur cette dynamique et à remporter d’autres victoires pour la grandeur des sports boules africains », a-t-il déclaré. Son message était que le Bénin, qui avait brillamment organisé le championnat du monde de pétanque en septembre 2023, reste un allié fidèle et veut jouer un rôle moteur dans ce nouvel élan.
La décision du TAS remet donc la CASB sur les rails. Elle retrouve la plénitude de ses droits, de ses prérogatives et sa place dans la gouvernance internationale du sport. Désormais, la CASB entend travailler dans un esprit de dialogue, de responsabilité et de respect des institutions, sans esprit de vengeance. Cette page judiciaire enfin tournée, les regards se tournent vers l’avenir. Le prochain grand rendez-vous est fixé en Côte d’Ivoire pour le mois de juillet. Les boulistes africains ont désormais une occasion en or de montrer que le continent est uni et prêt à rayonner. Comme l’a rappelé le président El Hadj Ibrahima Idrissou en conclusion, l’heure n’est plus aux querelles administratives mais bien au développement du sport et à la formation des athlètes. Les bras sont ouverts, et la pétanque africaine peut enfin souffler.
Damien TOLOMISSI