Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 : « Ce tribunal est une lumière »
Le Tribunal traditionnel des Royaumes Unis du Bénin, initiative de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, est officiellement lancé. Devant les têtes couronnées, le Procureur Général, Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 a salué cette institution qui puise dans les coutumes ancestrales pour offrir une justice complémentaire, proche des réalités du peuple.
C’est un événement qui marque un tournant dans la vie culturelle et judiciaire du Bénin. Le Tribunal traditionnel des Royaumes Unis du Bénin, une institution nouvelle puisant ses racines dans les coutumes les plus anciennes, a récemment ouvert ses portes. Une initiative portée par Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, dont la vision va permettre de donner un cadre moderne à la justice traditionnelle. En effet, lors d’une récente prise de parole, le Procureur Général de cette institution, qui n’est autre que le professeur de linguistique Sa Majesté Bada Aganna Erin-4, Roi d’Abomey-Calavi, a longuement développé la philosophie qui anime ce projet. Devant un parterre de têtes couronnées, de dignitaires, chefs coutumiers et de vodounon, il a tenu à rendre hommage à tous ceux qui ont rendu cette réalisation possible.
Il a d’abord salué avec respect et gratitude Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, numéro de la Fondation Dah Bokpè, qualifiant son initiative de visionnaire. Selon le Procureur Général, cette idée est le fruit d’une longue réflexion sur l’identité profonde du peuple béninois. « Dadah Bokpè Houézrèhouèkè aurait compris que la justice ne peut pas se limiter à des textes intellectuellement bien conçus. Pour lui, la justice doit parler la langue des mères, comprendre les usages des villages et respecter la parole des ancêtres. Son courage d’avoir transformé cette idée en réalité mérite une reconnaissance profonde », a insisté Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 d’Abomey-Calavi.
Le Procureur Général a également exprimé sa gratitude envers Dah Glèle Milonon 2, qui préside ce tribunal avec sagesse et dignité. Sa présence à la tête de l’institution est présentée comme une garantie d’équilibre et d’impartialité. Il a salué toutes les têtes couronnées présentes, ainsi que les chefs des espaces du pouvoir traditionnel, les dignitaires et les vodounon, soulignant que leur participation prouve que le peuple béninois est vivant et que ses traditions ne sont pas de simples souvenirs.
Une structure pensée pour la sagesse collective
Le Tribunal traditionnel des Royaumes Unis du Bénin repose sur une architecture minutieusement réfléchie. Il est composé de vingt-sept membres, dont vingt-quatre sont des juges. Ce nombre, qui pourrait paraître élevé, répond à une logique précise. Les responsables de l’institution ont souhaité que la sagesse soit collective. Les affaires humaines étant souvent complexes, un regard unique pourrait se tromper. Une seule expérience pourrait manquer de profondeur. Avec vingt-quatre juges, ce sont vingt-quatre façons de voir le monde qui se rassemblent. Vingt-quatre voix qui ont connu la vie sous tous ses angles. Ces hommes et ces femmes apportent avec eux la mémoire de leurs villages, la connaissance des familles et la compréhension des conflits qui peuvent déchirer les communautés. La justice rendue ici n’est pas une justice aveugle au sens où elle ignorerait l’identité de ceux qui comparaissent. Elle est au contraire une justice qui voit clair dans l’histoire et la culture du pays.

La parole, un outil fondamental
La nomination d’un professeur de linguistique au poste de Procureur Général peut surprendre. Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 d’Abomey-Calavi a tenu à s’expliquer sur ce point. Dans les traditions béninoises, la parole n’est jamais une chose légère. Quand on parle, on engage sa vie. Quand on prononce un serment, on appelle les ancêtres à témoin. Sa formation de linguiste lui a appris à peser chaque mot, à écouter ce qui se dit et aussi ce qui ne se dit pas. Sa qualité de Majesté lui donne par ailleurs une autorité particulière. Une autorité qui, selon lui, ne se prend pas mais se reçoit des ancêtres et du peuple. Son rôle est de veiller au respect de l’ordre public traditionnel. Il considère sa mission comme celle de défendre les coutumes, non pas pour enfermer les gens dans le passé, mais pour leur offrir un toit solide.

Une alternative complémentaire à la justice moderne
Le tribunal traditionnel ne cherche pas à remplacer la justice moderne. Il se positionne plutôt comme un complément. Il existe en effet des conflits que les tribunaux classiques ont du mal à régler. Parfois, la loi écrite ne dit pas tout. Parfois, les preuves matérielles manquent. Dans certaines affaires, ce qui compte vraiment, c’est la parole donnée, la réputation d’une famille ou le respect dû aux ancêtres.
Dans ces situations, dira Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 d’Abomey-Calavi, « le tribunal traditionnel peut apporter une réponse qui parle le langage du cœur et de la tradition. Une réponse qui permet aux gens de se réconcilier vraiment, au-delà du simple jugement. La rapidité de cette justice est aussi un avantage. Les affaires ne traînent pas pendant des années. On écoute, on délibère, on tranche. Les familles peuvent retrouver la paix et les villages continuer à vivre ensemble.»
Des règles précises venues du fond des âges
Contrairement à certaines idées reçues, confie Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 d’Abomey-Calavi « la justice traditionnelle n’est pas une justice de l’arbitraire. Elle est au contraire très codifiée. Le tribunal suit des règles précises et respecte des procédures qui viennent du fond des âges. Ceux qui croient que les ancêtres rendaient la justice au hasard se trompent lourdement. »
Les rois d’autrefois avaient des conseils. Ils écoutaient les sages. Ils prenaient le temps de la réflexion. Le tribunal traditionnel actuel s’inscrit dans cette lignée, avec le sérieux que requiert sa mission. À une époque où les repères se brouillent et où beaucoup d’enfants ne savent plus qui ils sont, cette institution apparaît comme une lumière. Elle rappelle que le Bénin a une histoire. Elle montre que le pays a des valeurs. Elle prouve qu’il est possible de régler les problèmes par soi-même, avec ses propres outils.

Une institution en construction permanente
Le Procureur Général, Sa Majesté Bada Aganna Erin-4 d’Abomey-Calavi a tenu à rappeler que la construction de ce tribunal n’est pas achevée. Une institution vivante est toujours en train de se faire. Elle a besoin du soutien de tous les rois et reines, des dignitaires et des simples citoyens. Chacun est invité à apporter sa pierre à l’édifice, à venir voir ce qui se fait et à raconter autour de lui que le Bénin a retrouvé une partie de son âme. « Les ancêtres sont appelés à guider les travaux du tribunal. Leur sagesse doit éclairer les décisions. La paix, espèrent tous les participants, reviendra dans les cœurs et dans les familles des royautés unies du Bénin », conclut-il.
Damien TOLOMISSI