Semer l’unité là où la haine a grandi : Quand la tradition guérit les blessures

 Semer l’unité là où la haine a grandi : Quand la tradition guérit les blessures

Dans un monde où les conflits semblent parfois sans fin, où la défiance s’installe entre les peuples et où la mémoire collective est souvent mise à mal, une lueur d’espoir vient du Bénin. Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, à travers la fondation Dah Bokpè, par son action discrète mais déterminée, a entrepris un travail de fond en créant le Tribunal Traditionnel pour restaurer ce qui fait le sel de toute société humaine : la paix, la dignité et l’honneur.

Cette organisation, puisant ses racines dans les valeurs ancestrales du pays, a compris que la justice moderne, bien que nécessaire, ne peut répondre à toutes les blessures. Il existe des douleurs que les tribunaux classiques ne peuvent apaiser, des rancœurs que les jugements ne peuvent effacer, des liens que les procédures ne peuvent renouer. C’est de ce constat humble et profond qu’est née l’initiative la plus remarquable de la fondation : la création du tribunal traditionnel du Bénin.

Ce tribunal n’est pas une juridiction comme les autres. Il ne s’inspire pas des codes napoléoniens ni du droit positif hérité de la colonisation. Il puise sa source dans la coutume, dans la parole des anciens, dans cette sagesse immémoriale qui a permis aux communautés africaines de traverser les siècles. Son ambition est immense car elle touche à l’essence même du vivre ensemble. Ses objectifs forment une chaîne vertueuse dont chaque maillon est essentiel : l’unité, la confiance, l’amour, le dialogue, la réconciliation, la reconstruction et la continuité.

L’unité est le premier pas. Comment bâtir quoi que ce soit lorsque les cœurs sont divisés ? Le tribunal traditionnel ne cherche pas à opposer des parties mais à rassembler des frères et sœurs égarés. Il rappelle que le lien qui unit les membres d’une même communauté est plus fort que les querelles qui les traversent. Cette quête d’unité n’est pas un vain mot, elle est le fondement sur lequel tout le reste pourra s’élever.

Vient ensuite la confiance, ce bien si précieux et si fragile. Dans les sociétés modernes, la confiance dans les institutions s’effrite. Les justiciables se sentent souvent perdus dans un système qu’ils ne comprennent pas. Le tribunal traditionnel, lui, repose sur une confiance renouvelée entre les personnes. On ne vient pas y chercher la victoire sur l’autre mais la vérité avec l’autre. Les sages qui y siègent ne sont pas des juges inaccessibles, ce sont des pères, des guides dont l’autorité morale est reconnue de tous. Leur présence seule invite à la confiance.

L’amour peut sembler un mot bien fort, bien éloigné des préoccupations judiciaires habituelles. Pourtant, la fondation Dah Bokpè ose le placer au cœur de sa mission. Non pas un amour sentimental ou naïf, mais cet amour exigeant qui consiste à vouloir le bien de l’autre, à reconnaître en lui son prochain, à accepter de faire un pas vers lui malgré la douleur. Dans le cadre traditionnel, on sait que la haine est un poison qui détruit celui qui la porte autant que celui qui la subit. Le tribunal traditionnel offre donc un espace où cet amour, cette bienveillance fondamentale, peut renaître.

Le dialogue est l’outil principal de cette transformation. Là où les tribunaux classiques imposent une parole d’autorité, le tribunal traditionnel favorise une autorité de la parole. Chacun peut s’exprimer, non pour accuser mais pour expliquer. Les non-dits, les malentendus, les blessures enfouies remontent à la surface, non pour raviver la douleur mais pour la dissiper. La parole libère, elle purifie, elle permet de comprendre le point de vue de l’autre.

Comprendre, c’est déjà entamer le chemin de la réconciliation. La réconciliation est peut-être l’objectif le plus ambitieux du tribunal. Il ne s’agit pas simplement de faire cesser un conflit ou de signer un armistice de façade. Il s’agit de recoudre ce qui a été déchiré, de renouer ce qui a été brisé. C’est un travail long, douloureux parfois mais combien salvateur. La réconciliation véritable permet aux individus et aux communautés de tourner la page sans oublier, de se souvenir sans se haïr.

Cette réconciliation rend possible la reconstruction. Car après la tempête, il faut rebâtir. Reconstruire les relations humaines, reconstruire les liens sociaux, reconstruire la confiance en l’avenir. Le tribunal traditionnel n’ignore pas les aspects matériels des conflits mais il sait que la reconstruction la plus importante est celle des cœurs et des esprits. Un village où les gens se parlent à nouveau, une famille qui peut partager un repas ensemble, une communauté qui célèbre à nouveau ses fêtes, voilà les signes tangibles d’une reconstruction réussie.

Enfin, ces efforts doivent s’inscrire dans la durée. C’est le sens de la continuité. Le tribunal traditionnel ne propose pas des solutions temporaires, des pansements sur une jambe de bois. Il renoue avec une manière d’être, avec une tradition vivante qui se transmet de génération en génération. Les décisions prises, les réconciliations accomplies s’inscrivent dans cette longue chaîne du temps. Elles honorent les ancêtres et préparent un héritage de paix pour les enfants.

Les sages des Royaumes Unis du Bénin, à travers ce tribunal, ne proposent pas un rejet de la modernité ni un retour nostalgique à un passé idéalisé. Ils proposent une synthèse précieuse entre la tradition et le présent. Ils rappellent que le Bénin, comme tant d’autres pays, possède en son sein des ressources immenses pour guérir ses propres maux. Ils invitent à puiser dans ce trésor de sagesse pour construire une société plus juste, plus humaine et plus apaisée. En ces temps, la mission de ce tribunal résonne comme un appel. Un appel à croire que la paix est possible, que la dignité peut être restaurée et que l’honneur, cet honneur tant bafoué dans les conflits, peut retrouver sa place au cœur des relations humaines. Le tribunal traditionnel du Bénin est bien plus qu’une institution, il est un symbole d’espérance pour tout un continent et au-delà. Il rappelle cette vérité simple mais trop souvent oubliée : la véritable justice n’est pas celle qui punit, mais celle qui unit.

Damien TOLOMISSI

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