Carême et Ramadan au Bénin : Quand musulmans et chrétiens jeûnent main dans la main
Mercredi 18 février 2026 restera gravé dans la mémoire spirituelle des Béninois comme une date historique. Ce jour-là, dans une parfaite symbiose que seule la Providence pouvait offrir, les fidèles musulmans et chrétiens catholiques du Bénin entament ensemble une période de jeûne et de recueillement. D’un côté, les musulmans observent le premier jour du Ramadan, ce mois sacré qui constitue le quatrième pilier de l’islam. De l’autre côté, les chrétiens catholiques célèbrent le mercredi des Cendres, marquant ainsi l’entrée dans le Carême, ces quarante jours de privation et de prière qui préparent à la fête de Pâques.
Cette convergence des calendriers religieux, loin d’être une simple coïncidence, révèle une réalité profonde et unique : au Bénin, l’unité entre les religions n’est pas un vain mot, mais une expérience vécue quotidiennement par des millions de citoyens. En effet, le Bénin, ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, est souvent cité en exemple pour sa capacité à maintenir une coexistence pacifique entre les différentes confessions religieuses. Selon les estimations démographiques les plus récentes, la population béninoise est composée d’environ 52% de chrétiens, 27% de musulmans et près de 18% d’adeptes des religions traditionnelles, principalement le Vodun. Ces chiffres, qui pourraient ailleurs être sources de tensions et de rivalités, constituent au contraire la trame d’un tissu social harmonieux où chaque communauté trouve sa place et exprime sa foi en toute liberté.
Ce mercredi 18 février 2026, dans les familles béninoises, la diversité religieuse se vit dans la simplicité et le respect. Il n’est pas rare qu’au sein d’un même foyer, le mari soit musulman, l’épouse chrétienne, et les grands-parents restés fidèles au Vodun. Dans ces foyers, la solidarité l’emporte sur les différences. Pendant que les uns se lèvent très tôt pour partager le repas précédant le jeûne du Ramadan, les autres préparent leurs cendres et leurs intentions de prière pour quarante jours de carême. Les repas sont adaptés, les horaires respectés, et la foi de chacun est accueillie comme une richesse plutôt que comme un obstacle. Cette réalité quotidienne, vécue par des milliers de familles de Cotonou à Parakou, de Ouidah à Natitingou, illustre avec force ce que signifie vraiment le vivre-ensemble.
Des observateurs étrangers, venus spécialement pour étudier ce modèle béninois de tolérance religieuse, ont été frappés par cette réalité. Une délégation d’experts de la Conférence des évêques suisses a récemment séjourné au Bénin pour comprendre les ressorts de cette harmonie. Leur constat est sans appel : le Bénin est un véritable laboratoire du dialogue interreligieux en Afrique. Lors d’un symposium sur le vivre-ensemble, ils ont pu échanger avec des représentants de toutes les communautés religieuses, des universitaires, des autorités civiles et des chefs traditionnels. Tous témoignaient de cette même réalité : la cohabitation pacifique entre chrétiens, musulmans et adeptes des religions autochtones est une réalité bien ancrée dans le pays.
Cette harmonie ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’une histoire marquée par le respect mutuel et d’une volonté politique constante de préserver ce bien précieux. En 1990, après la fin du régime marxiste, les religions ont joué un rôle déterminant dans la transition pacifique du pays. Depuis cette époque, le Bénin cultive une stabilité sociale remarquable, même lorsque les pays voisins comme le Nigeria, le Niger ou le Burkina Faso connaissent des troubles liés aux extrémismes religieux. Cette stabilité n’est pas un acquis définitif, mais une construction permanente à laquelle chaque citoyen participe à son niveau.

Les autorités religieuses elles-mêmes œuvrent sans relâche pour entretenir cet esprit de tolérance. Le deuxième vice imam de la mosquée centrale de Cadjèhoun à Cotonou, El hadj Youssouf Ligaly, insiste régulièrement sur la nécessité d’accepter l’autre dans sa différence. Lors des prêches, il exhorte les fidèles à la tolérance et au respect mutuel, rappelant que tous les Béninois sont les mêmes enfants d’une même nation. De son côté, l’abbé Victor Gninou, prêtre catholique, voit dans cette convergence du Ramadan et du Carême un signe fort de la Providence. Selon lui, cette coïncidence rappelle que malgré les différences religieuses, tous les croyants sont unis par des valeurs communes : la foi en Dieu, l’amour du prochain et la quête de spiritualité. Il appelle les fidèles à s’unir davantage à travers le dialogue interreligieux et à œuvrer ensemble pour la paix dans le monde.
Le gouvernement béninois, sous l’impulsion du président Patrice Talon, ne ménage pas ses efforts pour soutenir ce dialogue entre les confessions. En avril 2025, le chef de l’État a reçu au Palais de la Marina une délégation du Cadre de Concertation des Confessions Religieuses. Cette rencontre a permis d’aborder des sujets essentiels comme la laïcité, la cohésion sociale et la préparation des élections générales de 2026. Le président Talon a souligné à cette occasion le rôle central des leaders religieux dans la préservation de l’harmonie sociale et le renforcement de la tolérance entre les communautés. Il s’est engagé à continuer de collaborer étroitement avec eux pour favoriser un environnement propice à la coexistence pacifique. Les responsables religieux ont d’ailleurs salué les efforts de médiation du président dans certains conflits interconfessionnels, preuve que le dialogue institutionnel fonctionne et porte ses fruits.
La convergence du 18 février 2026 prend ainsi une dimension symbolique forte. Elle intervient dans un contexte où le Bénin s’apprête à organiser l’élection présidentielle. L’implication des confessions religieuses dans la vie démocratique du pays montre à quel point leur rôle dépasse le simple cadre spirituel pour embrasser une mission plus large de pacification sociale.
En ce mercredi 18 février 2026, lorsque la lune annoncera le début du Ramadan et que les cendres marqueront le front des catholiques, le Bénin offrira au monde une belle leçon de fraternité. Dans un monde où les différences religieuses deviennent trop souvent des motifs de division et de violence, ce petit pays d’Afrique montre qu’une autre voie est possible. Celle du respect, de la tolérance et de l’harmonie. Celle où l’on peut jeûner ensemble sans renoncer à sa foi. Celle où l’on peut prier côte à côte sans craindre l’autre. Cette réalité béninoise, unique en son genre, mérite d’être connue, célébrée et, surtout, préservée. Car elle est sans doute le plus précieux des trésors que ce pays puisse offrir à ses enfants et au monde entier.
Damien TOLOMISSI