Dadah Bokpè Houézrèhouèkè (Suite et fin): « La leçon du feu, le péril nécessaire »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè (Suite et fin): « La leçon du feu, le péril nécessaire »

Dans ce texte empreint de la sagesse des ancêtres, Sa Majesté Dadah Bokpè Houézrèhouèkè invite à repenser notre rapport à la difficulté. À contre-courant d’une époque qui promet le succès sans effort, il rappelle que la véritable grandeur se forge dans l’adversité. Avec des images puisées dans la vie quotidienne et la tradition orale, il nous transmet une leçon universelle : vaincre sans péril n’est pas éviter le combat, mais le mener avec préparation et dignité. Lisez plutôt !!!

Notre monde moderne, avec son confort, cherche trop souvent à nous envelopper dans du coton. Il nous promet des victoires sans douleur, des succès sans efforts. Les écrans nous montrent des vies parfaites, des réussites instantanées, des richesses obtenues sans labeur. Mais ce sont des promesses en l’air, des mirages qui s’évanouissent dès qu’on tend la main. La joie profonde, celle qui emplit le cœur et donne du sens à notre existence, ne naît pas de l’absence de problème, mais de leur résolution. La fierté que l’on ressent après avoir surmonté une épreuve difficile, personne ne peut nous l’offrir. Elle est notre conquête personnelle, notre bien le plus précieux.

Je pense à ces femmes qui, chaque jour, marchent des kilomètres pour aller chercher l’eau. Leur dos se courbe, leurs pieds s’usent, mais elles ne se plaignent pas. Elles savent que sans cette souffrance, il n’y aurait pas d’eau pour la famille. Je pense à ces hommes qui partent en pirogue sur la mer, malgré les vagues et l’incertitude. Ils savent que le poisson ne vient pas s’échouer sur la plage. Il faut aller le chercher, affronter l’océan, risquer parfois sa vie pour nourrir les siens. Ce sont eux, les humbles, qui comprennent le mieux la leçon du péril. Leur victoire quotidienne ne fait pas de bruit, mais elle est plus grande que tous les discours.

Alors, quand vous voyez un obstacle se dresser sur votre route, ne le contournez pas systématiquement en cherchant le chemin le plus facile. Demandez-vous d’abord ce que cet obstacle peut vous apprendre. Quelle force devez-vous développer pour le franchir ? Quelle patience devez-vous cultiver ? La réponse n’est pas toujours dans la lutte frontale, bien sûr. La ruse, la patience, la discussion sont aussi des armes. Le sage ne charge pas tête baissée, il observe, il réfléchit, il choisit le moment et la manière. Mais il ne faut jamais agir par peur. Si vous choisissez la voie longue parce qu’elle est plus sûre, que ce soit par sagesse, et non par lâcheté. La différence est subtile, mais elle est tout.

Le lâche fuit parce qu’il tremble. Le sage prend un autre chemin parce qu’il a mesuré que le combat, aujourd’hui, serait une folie. L’un est dominé par sa peur, l’autre utilise sa raison. L’un recule pour toujours, l’autre se retire pour mieux revenir. C’est toute la différence entre celui qui subit la vie et celui qui la conduit.

Vaincre sans péril, c’est aussi savoir que le combat ne s’arrête jamais vraiment. Une fois une montagne gravie, une autre se profile à l’horizon. La vie est un mouvement perpétuel. Accepter cela, c’est accepter la vie elle-même. C’est renoncer à l’illusion d’un port tranquille où l’on pourrait déposer pour toujours son fardeau. Le repos, on le mérite après l’effort, mais un autre effort nous attend. Et c’est bien ainsi. Car c’est dans ce mouvement, dans cette quête permanente, que nous trouvons notre raison d’être.

Voyez le fleuve. Il ne s’arrête jamais. Il contourne les montagnes, il creuse les vallées, il nourrit les plaines. Parfois il est calme, parfois il est colère. Mais il va toujours vers l’avant, vers la mer où il retrouvera ses frères. S’il s’arrêtait, il deviendrait marécage, eau stagnante, source de maladie. Ainsi de l’homme qui cesse de lutter. Il stagne, il s’affaiblit, il devient amer.

Je vous le dis, la gloire n’est pas un vain mot. Elle est la lumière qui jaillit de l’effort. Elle n’est pas réservée aux héros des livres, elle est à la portée de chacun d’entre nous. La gloire du cultivateur qui voit son champ verdir après une saison de sécheresse, la gloire de la mère qui veille sur son enfant malade et le voit guérir, la gloire de l’artisan qui contemple l’œuvre sortie de ses mains après des heures de labeur. Tous ont connu le péril. Tous ont tremblé. Mais tous ont tenu bon. Leur triomphe n’est pas un hasard, c’est une construction. Il est d’autant plus beau que le chemin fut difficile.

Cette gloire-là, personne ne peut vous la voler. Elle ne dépend pas du regard des autres, elle dépend de votre propre estime. Quand vous savez, au fond de vous, que vous avez donné le meilleur, que vous n’avez pas reculé devant l’épreuve, que vous avez tenu vos promesses, alors vous êtes riche d’une richesse que l’argent ne peut acheter.

Alors, que la peur de l’effort ne vous arrête pas. Que la crainte du danger ne vous fige pas. Armez-vous de courage, de patience et de réflexion. Préparez-vous. Anticipez. Et quand le moment sera venu, marchez droit vers la difficulté, la tête haute et le cœur ferme. Vous ne chercherez pas la mort, vous chercherez la vie. Et c’est en acceptant le péril que vous vaincrez sans périr, et que vous inscrirez votre nom, non pas dans les livres, mais dans la mémoire reconnaissante de ceux qui viendront après vous, et qui verront en vous l’exemple de ce que doit être une vie bien vécue.

Souvenez-vous toujours : la facilité est un voleur. Elle vous dérobe la fierté, la force, la sagesse. La difficulté, elle, est une mère sévère mais juste. Elle vous donne tout, à condition que vous acceptiez de payer le prix. Alors, levez-vous, marchez, luttez. La victoire vous attend, non pas au bout du chemin facile, mais au sommet de la montagne que vous aurez gravie de vos propres forces. Et quand vous y serez, contemplez le chemin parcouru, mesurez le péril surmonté, et dites-vous : j’ai vaincu, et je n’ai pas péri. Ma gloire est en moi, et elle durera autant que mon souvenir.

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE

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