L’élégance républicaine selon Joseph Djogbénou : « Le temps, cette valeur sacrée »
L’enceinte du Palais des Gouverneurs à Porto-Novo abrite depuis quelques semaines une nouvelle philosophie de travail. Le nouveau président de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbénou, a posé d’emblée les jalons de ce qui devra désormais caractériser le fonctionnement de l’institution parlementaire béninoise. Lors d’une prise de contact avec les agents de son cabinet, le successeur de Louis Vlavonou a livré un message fort, empreint de rigueur et d’exigence, qui résonne comme un manifeste pour une gouvernance exemplaire.
« La ponctualité, c’est la règle des aristocrates ». Cette déclaration du professeur Joseph Djogbénou n’est pas une simple formule élégante. Elle traduit une vision profonde de ce que doit être l’attitude de ceux qui servent l’État. En choisissant ce terme d’aristocrate, le président de l’Assemblée nationale ne se réfère pas à une noblesse de sang ou de naissance. Il évoque plutôt une noblesse de comportement, une distinction dans la manière d’être et d’agir au service de la République.
Dans son discours inaugural adressé aux membres de son cabinet, Joseph Djogbénou a été d’une clarté absolue. Il a énoncé ce qu’il considère comme la règle essentielle du travail en commun : le respect scrupuleux du temps. « Je le dis aussi bien à votre égard qu’à l’égard des membres du cabinet. Si une réunion commence, vous êtes en retard, restez à la porte. On saura que vous êtes absent », a-t-il déclaré avec une fermeté qui ne laisse place à aucune ambiguïté.
Cette position radicale peut surprendre dans un contexte où les retards sont souvent banalisés, voire tolérés. Mais pour le chef de l’institution parlementaire, il s’agit d’un principe non négociable. Il a d’ailleurs précisé que sa présence à une réunion rendait la règle encore plus impérative. « Quel que soit le type de réunion, si je la préside c’est encore plus grave. Je n’admettrai aucune entrée quand je suis là », a-t-il ajouté, soulignant ainsi l’exemplarité qui doit caractériser les rapports hiérarchiques au sein de l’institution.
L’ancien garde des sceaux du Bénin, également professeur de droit, sait que l’autorité ne se décrète pas. Elle se gagne par la cohérence entre les paroles et les actes. En exigeant la ponctualité de ses collaborateurs, Joseph Djogbénou s’engage implicitement à montrer l’exemple. Cette exigence mutuelle crée un contrat de confiance entre le président et son équipe, fondé sur le respect réciproque et la considération du travail de chacun.
Au-delà de la simple question horaire, le message de Joseph Djogbénou porte une conception plus large du service public. « Nous sommes dans l’enceinte de l’aristocratie, de l’élégance républicaine : être rigoureux et assidu », a-t-il poursuivi. L’expression « élégance républicaine » mérite ici une attention particulière. Elle associe l’esthétique du comportement à l’éthique du devoir. Être élégant en république, ce n’est pas porter un costume bien taillé ou arborer des signes extérieurs de distinction. C’est faire preuve de rigueur intellectuelle, de constance dans l’effort et d’assiduité dans l’accomplissement des missions confiées.
Cette vision rejoint une certaine idée de la dignité des fonctions publiques. Ceux qui travaillent au cœur de l’institution législative ne sont pas de simples exécutants. Ils sont les garants du bon fonctionnement d’un pilier essentiel de la démocratie béninoise. Leur comportement quotidien, leur discipline et leur professionnalisme reflètent l’image que les citoyens se font de leurs représentants.

Joseph Djogbénou a également pris soin de préciser que ces critères guideraient son action à l’égard des membres du cabinet « s’il plaît à Dieu, pendant les années à venir ». Cette formule, empreinte de sagesse et d’humilité, rappelle que l’action humaine s’inscrit dans une durée incertaine. Mais elle souligne surtout la constance de l’exigence. Il ne s’agit pas d’un effet d’annonce passager ou d’une rigueur de circonstance destinée à marquer les premiers jours. La ponctualité, la rigueur et l’assiduité sont posées comme des principes permanents qui structureront la vie de l’institution tout au long du mandat.
Les réactions à cette prise de position ne se sont pas fait attendre. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, nombreux sont ceux qui saluent cette volonté de remettre l’exigence au cœur du travail parlementaire. Les agents, bien que conscients de la discipline accrue que cela implique, reconnaissent pour la plupart le bien-fondé de cette démarche. Après tout, exiger le meilleur de chacun, n’est-ce pas la meilleure façon d’obtenir le meilleur pour l’institution et, in fine, pour les populations ?
Cette leçon de rigueur venue du sommet de l’État pourrait bien faire école au-delà des murs du Palais des Gouverneurs. Dans un Bénin où la jeunesse aspire à des modèles de réussite fondés sur le mérite et le travail, la parole de Joseph Djogbenou résonne comme un appel à l’excellence. Elle rappelle que la réussite collective passe par l’engagement individuel et que le respect des règles les plus simples est souvent le fondement des plus grandes réalisations.
L’aristocratie dont parle le président de l’Assemblée nationale n’est donc pas celle des privilèges hérités. C’est celle des mérites acquis par la discipline quotidienne. C’est celle des hommes et des femmes qui comprennent que le temps des autres est aussi précieux que le leur. C’est celle des serviteurs de l’État qui mesurent la portée de leur mission et la gravité de leurs responsabilités.
En posant ces principes avec autant de netteté dès son arrivée à la tête de l’institution, Joseph Djogbénou envoie un signal fort à tous les Béninois. Il affirme que l’Assemblée nationale, loin d’être une tour d’ivoire déconnectée des réalités, entend être un modèle de bonne gouvernance et d’efficacité administrative. Il indique que le temps de la complaisance et du laisser-aller n’a plus sa place dans les services de l’État.
Cette philosophie du travail rejoint d’ailleurs les préoccupations des citoyens ordinaires qui, dans leurs activités quotidiennes, savent que le temps perdu ne se rattrape jamais. Le paysan qui se lève tôt pour cultiver son champ, l’artisan qui respecte ses délais de livraison, le commerçant qui ouvre sa boutique à heure fixe : tous ces Béninois anonymes pratiquent au quotidien cette aristocratie du travail bien fait que Joseph Djogbénou appelle de ses vœux.
L’enjeu est donc de taille. Il ne s’agit pas simplement d’éviter quelques minutes de retard à l’ouverture d’une réunion. Il s’agit de construire une culture institutionnelle où l’excellence devient la norme, où la rigueur n’est plus une contrainte mais une fierté, où l’assiduité n’est plus un effort mais une seconde nature.
Les années à venir diront si cette impulsion donnée par le nouveau président de l’Assemblée nationale portera ses fruits. Mais dès à présent, une chose est certaine avec Joseph Djogbénou, l’institution parlementaire béninoise s’est dotée d’un capitaine exigeant, pour qui la forme n’est jamais séparée du fond, et pour qui l’élégance républicaine est bien plus qu’un slogan : une règle de vie au service de la nation.
Pierre MATCHOUDO