Vision  » Bénin 2060  » : Encore vers un mirage ?

 Vision  » Bénin 2060  » : Encore vers un mirage ?

Au Bénin, les programmes de développement ne manquent pas. Depuis plusieurs décennies, le pays a vu défiler des plans stratégiques tous aussi ambitieux les uns que les autres. Après les plans quinquennaux du temps de la Révolution et après  « Bénin Alafia 2025 », voici désormais «Vision  Bénin 2060, un monde de splendeurs », qui entend servir de boussole pour les politiques publiques et les choix de développement à long terme. Ce nouveau cap a été officiellement adopté par l’Assemblée nationale, à l’unanimité, le 4 juillet dernier.

Ce vote marque une étape importante dans la planification du futur du pays. Il s’agit d’une vision à long terme qui se veut inclusive, durable et ambitieuse, promettant un Bénin transformé, prospère et équitable d’ici à 2060. Les mots ne manquent pas pour louer la pertinence de cette vision : transformation structurelle, capital humain, durabilité, gouvernance innovante, etc. Mais dans les faits, la question essentielle reste posée : cette fois-ci, y aura-t-il des résultats concrets ?

Le scepticisme est légitime. En effet, les plans de développement successifs ont souvent peiné à se traduire en améliorations durables dans la vie quotidienne des citoyens. Trop souvent, ces visions stratégiques finissent dans les tiroirs ou deviennent des slogans politiques sans portée réelle. Et pour cause : ces projections n’engagent en réalité que ceux qui les conçoivent. Le changement de régime politique ou de leadership suffit souvent à les reléguer aux oubliettes.

Chaque président élu arrive avec son propre programme, qui se présente presque systématiquement comme une rupture avec ce qui l’a précédé. Ainsi, même les projets les plus pertinents peuvent être abandonnés ou redéfinis au gré des alternances. Le soutien affiché du parlement et de certains membres de la société civile n’est pas nécessairement gage de stabilité ni de continuité. Dans un contexte où nombre de députés et d’acteurs civils cherchent avant tout à se positionner favorablement vis-à-vis du pouvoir en place, leur adhésion ne garantit pas un engagement durable.

Face à ce constat, une solution s’impose : celle d’un véritable consensus national. Il s’agirait d’organiser une sorte de conférence nationale, réunissant les forces politiques, économiques, sociales et culturelles du pays autour d’une vision commune du développement. Ce cadre permettrait de transcender les clivages partisans et de bâtir une feuille de route partagée, qui s’imposerait à tous, indépendamment des alternances politiques.

Un tel consensus aurait le mérite de donner une légitimité populaire et nationale au programme Vision  » Bénin 2060  » après des retouches souhaitées par l’ensemble des acteurs. Il en ferait une référence incontournable pour les gouvernements à venir, un contrat social autour duquel les citoyens pourraient demander des comptes. Car sans adhésion collective réelle, même le plus beau programme restera lettre morte.

Pierre MATCHOUDO

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