Bientôt  10 ans au pouvoir : L’héritage du président Talon

 Bientôt  10 ans au pouvoir : L’héritage du président Talon

À mesure que le départ du président Patrice Talon devient une réalité proche, l’heure est venue d’ouvrir le chapitre du bilan. Après deux décennies de gouvernance, il ne fait plus de doute que l’un de ses plus grands héritages est la restauration de l’autorité de l’État, dans un contexte où celle-ci semblait s’être effondrée sous le poids des compromis, du laxisme et de la peur du conflit. Même des poches de résistance persistent.

Avant l’ère Talon, le Bénin connaissait une fragilisation progressive de l’autorité étatique. Le pays, souvent présenté comme un modèle de démocratie apaisée, vivait en réalité dans une forme de désordre masqué. Les gouvernements successifs, malgré les efforts déployés, pliaient régulièrement sous la pression de l’opposition, des syndicats, de la société civile et de toutes sortes de groupes de pression ou de courtisans. Les mouvements de grève à répétition paralysaient l’administration, et les revendications catégorielles dictaient bien souvent l’agenda gouvernemental. Cette situation compromettait la capacité de l’État à mettre en œuvre ses politiques publiques avec fermeté et cohérence.

Face à cette réalité, l’arrivée de Patrice Talon en 2016 a marqué une rupture. L’homme d’affaires devenu président s’est rapidement illustré par une méthode de gouvernance résolue, parfois perçue comme autoritaire, mais toujours orientée vers un objectif clair : remettre l’État au centre du jeu, au-dessus des intérêts corporatistes ou partisans. Refusant les appels du pied, les chantages syndicaux ou les compromis politiques, Talon a choisi de suivre avec rigueur le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG), sans céder à la tentation de plaire à tous.

Son style direct et parfois controversé a permis de rétablir une forme de respect envers la parole de l’État. Sous ses prédécesseurs, de nombreux cadres de l’administration publique prenaient des libertés avec les décisions hiérarchiques, convaincus de leur impunité. La défiance vis-à-vis de l’autorité suprême s’était généralisée, jusqu’à affaiblir la chaîne de commandement. La gouvernance Talon a mis fin à ces pratiques par une reprise en main stricte de l’appareil d’État. L’impunité, bien qu’encore présente à certains niveaux, n’est plus la norme.

Autre exemple frappant : l’exécution des marchés publics. Dans le passé, il n’était pas rare de voir des infrastructures publiques – écoles, centres de santé, routes présenter de graves malfaçons dès leur réception. Ce laisser-aller trahissait une corruption enracinée et un manque criant de contrôle. Sous Talon, les procédures ont été renforcées, les audits se sont multipliés, et les sanctions sont devenues effectives. L’on assiste aujourd’hui, à quelques exceptions près, à une amélioration notable dans la qualité des ouvrages publics, preuve que l’autorité de l’État peut aussi s’exprimer dans le respect des normes et des délais.

Pour autant, tout n’est pas parfait. Cette dernière décennie a aussi été marquée par des scandales financiers, en dépit de la mise en place de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET). Des agents publics, parfois haut placés, continuent d’être accusés de détournements de fonds, illustrant les limites des réformes engagées. La restauration de l’autorité de l’État, pour être complète, devra aussi passer par une moralisation plus profonde de la gestion des ressources publiques.

Pierre MATCHOUDO

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