Jacques Migan : « Chaque Béninois doit être un acteur de l’intégrité »
Depuis sa création en juin 2024, le Haut-Commissariat pour la Prévention contre la Corruption (HCPC) incarne la nouvelle dynamique de lutte contre la corruption au Bénin. Sous l’impulsion de son dirigeant, Jacques Migan, et grâce à un cadre juridique renforcé, l’institution a mené des actions décisives. Dans cet entretien exclusif accordé au journal Le Patriote, il revient sur l’affaire Akponna, les progrès du Bénin en matière de transparence et les défis restants. Un message fort pour une gouvernance intègre. Lisez plutôt !!!
Le HCPC a décidé de mener des enquêtes sur l’affaire Akponna. Cette affaire va-t-elle aboutir ? Le ministre est de votre ancien parti je le rappelle.
Le Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC) a mis en place une commission de vérification des projets d’investissements en eau et énergie dans la Commune de Parakou suite aux déclarations publiques de Monsieur Paulin Akponna, désormais ex-Ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, évoquant de graves irrégularités portant sur le détournement présumé de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA destinés aux secteurs de l’eau et de l’électricité, sous la gestion antérieure du ministère.
Cette démarche vise à permettre au Haut-Commissariat d’apprécier, avec objectivité, les faits rapportés et, le cas échéant, d’évaluer les dispositifs institutionnels et administratifs de prévention de la corruption en vigueur dans le ministère concerné, en vue de formuler des recommandations pertinentes ou des solutions correctives appropriées.
Au terme de sa mission, cette Commission indépendante, composée de sept (07) experts multidisciplinaires, déposera ses conclusions. Le HCPC agira sur la base du rapport produit par cette Commission. Mon ancienne appartenance au parti dont est issu l’ex-ministre Akponna n’aura aucune influence sur les travaux de la Commission qui est totalement indépendante.
Quelle est la situation réelle du Bénin aujourd’hui en matière de lutte contre la corruption ?
La lutte contre la corruption s’est significativement intensifiée ces dernières années à travers les réformes normatives, institutionnelles et administratives pour prévenir et sanctionner avec rigueur tout acte de corruption et autres infractions connexes. La tolérance zéro vis-à-vis des faits de corruption est devenue la norme systématiquement appliquée, ce qui justifie les bons scores obtenus par le Bénin dans les standards internationaux.
Selon l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2024 de Transparency International, le Bénin est classé 69e sur 180 pays dans le monde. Le pays a gagné une place comparativement à 2023 où il était classé 70e. Le score qualitatif le plus significatif est le gain de deux (02) points au titre du score obtenu. Le Bénin est passé de 43 points/100 à 45 points/100
Dans son Rapport IPC 2024, Transparency International classe le Bénin 1er dans l’espace UEMOA, 7e en Afrique, suivi de la Côte d’Ivoire (8e place), du Sénégal (10e place), du Burkina Faso (12e place), du Niger (23e place), du Togo (27e place), du Mali (35e place). Il s’agit d’une avancée notable pour le Bénin, qui en 2020, totalisait 41 points/100 et occupait la 83e place/180 pays, soit un gain de 14 places en quatre (04) ans ! Cette avancée démontre l’engagement du pays à faire de la lutte contre la corruption, une réalité concrète de tous les instants.
L’amélioration du score du Bénin peut être attribuée à un certain nombre de réformes gouvernementales, telles que la réforme visant à renforcer la prévention de la corruption en République du Bénin.
Par ailleurs, en tant qu’État partie à la Convention des Nations Unies contre la corruption, le Bénin a été examiné, au titre du deuxième cycle, par la Suisse et la Gambie dans le cadre du Mécanisme d’examen de l’application de ladite Convention. Au terme de la visite-pays qui s’est déroulée à Cotonou du 06 au 08 mai 2025, les examinateurs du Bénin ont reconnu l’engagement ferme et résolu des autorités béninoises en faveur de la bonne gouvernance, de la transparence et de la coopération internationale dans la lutte contre la corruption.
Pour renforcer son engagement à une gouvernance plus transparente et plus responsable, le Bénin a adhéré à l’Open Government Partnership (OGP), un Partenariat mondial regroupant 77 pays et plus de 150 collectivités locales, travaillant avec des milliers d’organisations de la société civile pour bâtir des gouvernements plus ouverts, inclusifs et responsables. Le Bénin devient le 17e pays africain à rejoindre le Partenariat, réaffirmant son engagement à rendre le gouvernement plus ouvert et responsable à travers quatre domaines clés : l’accès à l’information, la participation du public, le renforcement des politiques de lutte contre la corruption et l’amélioration de l’accès aux nouvelles technologies pour accroître la transparence.
En matière de transparence budgétaire, le Bénin a réalisé une avancée significative en 2023, se classant premier pays francophone et deuxième en Afrique (juste derrière l’Afrique du Sud) dans l’Enquête sur le Budget Ouvert (EBO). Son score de 79 sur 100 témoigne d’une nette amélioration par rapport aux années précédentes, notamment par rapport à 2017 (39/100). Cette performance souligne les progrès réalisés par le Bénin dans la publication et l’accessibilité des informations budgétaires.
Avez-vous un message de sensibilisation à l’endroit des Béninois ?
Je voudrais inviter chaque citoyen de notre pays à changer de mentalité et de comportement vis à vis de la chose publique, à se préoccuper de l’intérêt général en adoptant des attitudes vertueuses en toutes circonstances. En effet, il est important que chacun d’entre nous soit acteur de la lutte contre la corruption en corrigeant les mauvaises habitudes. Je suis conscient que cela peut paraître difficile mais seuls nos efforts permettront de construire notre Nation
Source : LE PATRIOTE