De sauveur à repoussoir : Le destin des présidents béninois

 De sauveur à repoussoir : Le destin des présidents béninois

Au Bénin, Patrice Talon cristallise un paradoxe saisissant : il est encensé à l’étranger comme un modèle de stabilité et de pragmatisme économique. Pourtant, sur le terrain, le désenchantement grandit chez certains Béninois. Inflation, mesures impopulaires et nostalgie du passé alimentent une colère croissante. L’histoire jugera-t-elle ce réformateur sévère aujourd’hui, mais bâtisseur pour demain ? Entre rejet et réhabilitation possible, le destin politique de Talon reste en suspens.

Même en l’absence de sondages scientifiques au Bénin, un constat s’impose : le président Patrice Talon a traversé, il y a quelques mois, une période de forte impopularité chez certains de ses compatriotes. Pourtant, étrangers et observateurs extérieurs notamment ceux venant des États sahéliens le considèrent souvent sous un jour bien plus favorable. Pour eux, confrontés à l’instabilité chronique de leurs propres pays, Talon incarne une stabilité et une vision économique rare en Afrique de l’Ouest. 

Mais au Bénin, le désenchantement est palpable, il y a de cela quelques mois. Élu triomphalement en 2016 avec plus de 64 % des voix, Talon était alors perçu comme le sauveur, l’entrepreneur prospère capable de transformer le pays. Neuf ans plus tard, l’euphorie a laissé place à la grogne. L’inflation, les déguerpissements des vendeurs informels, les restrictions sur les exportations agricoles vers les pays voisins et les licenciements massifs ont nourri un profond ressentiment. 

Le syndrome du « paradis perdu » 

Ironie de l’histoire, le régime de Boni Yayi, pourtant vivement critiqué avant 2016, est désormais nostalgiquement évoqué comme une époque bénie. L’ancien président, honni en son temps, est aujourd’hui porté en triomphe lors de ses apparitions publiques. Ce revirement illustre une constante de la politique béninoise : un chef de l’État en exercice est rarement aimé. 

Mathieu Kérékou, à la fin de la période révolutionnaire, s’agaçait déjà des critiques incessantes, allant jusqu’à ironiser : « Même quand la poignée de leur porte se casse, ils disent : c’est la faute du gouvernement. » Nicéphore Soglo, premier président démocratiquement élu en 1991, en a aussi fait les frais : après avoir lancé la construction des premières grandes infrastructures routières, les Béninois lui ont reproché de privilégier « le pavé » au détriment de « la nourriture ». 

Un héros demain ? 

Pourtant, l’histoire finit souvent par réhabiliter les réformateurs impopulaires. Les grands chantiers de Talon, modernisation du port de Cotonou, routes, digitalisation de l’administration, infrastructures modernes etc… pourraient, avec le recul, être reconnus comme des bases essentielles pour le développement du Bénin. À l’image de Soglo, dont les infrastructures sont aujourd’hui saluées, Talon pourrait bien être jugé différemment par les générations futures. 

Reste une question : les Béninois, dans leur souffrance actuelle, sont-ils prêts à lui accorder ce crédit ? Ou, comme pour ses prédécesseurs, faudra-t-il attendre son départ pour que son bilan soit réévalué ? L’avenir dira si Patrice Talon rejoindra le rang des « héros incompris ».

LA REDACTION

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