Peau claire, Santé sombre : L’héritage empoisonné
La dépigmentation volontaire, pratique consistant à éclaircir artificiellement la peau, touche des millions de personnes à travers le monde, principalement en Afrique, en Asie et dans les diasporas. Mais un phénomène inquiétant émerge : des enfants, parfois très jeunes, sont exposés à ces produits, soit par l’usage direct, soit par transmission via leur mère pendant la grossesse ou l’allaitement. Quels sont les risques réels pour leur santé ? Comment cette pratique affecte-t-elle leur développement ? Enquête sur un sujet encore trop peu documenté.
Utilisée depuis des décennies, la dépigmentation artificielle répond à des critères esthétiques influencés par des normes sociales et des stéréotypes raciaux. Les crèmes, savons et injections à base d’hydroquinone, de corticoïdes ou de mercure promettent une peau plus claire, symbène de réussite ou de beauté dans certaines cultures. Cependant, si les dangers pour les adultes sont partiellement connus (cancers, dermatoses, diabète, etc.), ceux encourus par les enfants le sont beaucoup moins. Pourtant, les médecins alertent : leur peau, plus fine et plus sensible, absorbe davantage les substances toxiques, avec des conséquences parfois irréversibles.
Transmission in utero et via l’allaitement : des bébés déjà exposés
Plusieurs études ont montré que les composants des crèmes éclaircissantes (notamment le mercure et les corticoïdes) peuvent passer dans le sang de la mère et atteindre le fœtus. Résultat : des nouveau-nés présentant des problèmes cutanés, un faible poids, voire des malformations. Une mère utilisant des produits dépigmentant transmet des substances chimiques à son enfant via le lait maternel. Des cas d’intoxication au mercure ont été rapportés chez des nourrissons, entraînant des troubles neurologiques et rénaux.
Enfants dépigmentés : quels risques pour leur santé ?
Les dermatologues soulignent que la peau des enfants est plus fine et plus sensible que celle des adultes, la rendant particulièrement vulnérable aux composés chimiques agressifs présents dans les crèmes éclaircissantes (hydroquinone, corticoïdes, mercure, etc.). En effet, la dépigmentation altère la barrière cutanée, rendant les enfants plus vulnérables aux infections, mycoses et brûlures solaires. Certains développent une dermatite atopique sévère ou des hyperpigmentations irrégulières.
Les corticoïdes utilisés dans les crèmes peuvent perturber le système endocrinien, causant un retard de croissance, une puberté précoce ou, à l’inverse, un développement anormal des organes reproducteurs. Le mercure, encore présent dans certains produits illégaux, est un neurotoxique puissant. Chez l’enfant, il peut provoquer des troubles cognitifs, des retards mentaux ou des lésions rénales.
La dépigmentation bien qu’elle ait des conséquences sur la peau de ces derniers est loin d’être banni de leurs pratiques esthétiques. Selon le professeur Dieng Mame Thierno « A côté des complications esthétiques, il existe des complications vitales, au premier rang desquelles des infections qui tuent rapidement par chocs septiques », fait-il savoir en ajoutant que « les infections les plus fréquentes et les plus graves sont les dermo-hypodermites bactériennes ». Outre ces conséquences, il faut dire que la dépigmentation entraine chez certaines personnes un vieillissement prématuré de la peau, cela est beaucoup remarquable à cause des rides et des plis sur leur corps.

Pressions sociales et responsabilités familiales
Pourquoi des parents exposent-ils leurs enfants à ces dangers ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. En effet, dans certains milieux, une peau claire est associée à un meilleur statut social. Ce qui amène beaucoup à minimiser les effets secondaires, croyant à l’innocuité des produits. Faute de régulation, des crèmes toxiques circulent librement. Pourtant, des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Kenya ont interdit certains produits.
Dans son intervention en avril 2023, Nicolas Sodabi a fait savoir que la vente et la distribution des produits cosmétiques au Bénin sont désormais faites suivant le respect d’une procédure préalable en la matière. Il s’agit en fait d’une autorisation de commercialisation délivrée par l’Agence Béninoise de Régulation Pharmaceutique (ABRP). L’autre possibilité qui s’offre à la personne habilitée à distribuer ou à vendre ces produits est qu’elle doit avoir une dérogation accordée par la structure suivant une procédure d’autorisation spéciale d’importation conformément à l’arrêté ministériel en date du 18 janvier 2022. À cet effet, les produits servant à la dépigmentation ne seront pas quant à eux autorisés selon les explications du chef cellule juridique et du contentieux de l’ABRP. « Les produits dépigmentants ne seront pas autorisés parce que c’est un problème de santé publique. L’arrêté du ministre de la santé en date du 18 janvier 2022 ne vise pas exclusivement la dépigmentation. Mais la dépigmentation fait partie des produits cosmétiques… », clarifie-t-il avant d’ajouter que « Lors de la délivrance de l’autorisation de mise sur le marché, qu’on va voir qu’il y a une substance dedans qui va permettre la dépigmentation et interdit l’autorisation ». C’est dire donc que les accros des produits éclaircissant la peau n’en auront plus la possibilité au regard de cette mesure des autorités. Et cela y va dans leur intérêt sur le plan sanitaire.
Par conséquent, la dépigmentation chez l’enfant n’est pas un simple choix esthétique, mais une menace grave pour sa santé. Combattre ce phénomène nécessite une mobilisation collective : familles, médecins, gouvernements et industries cosmétiques doivent agir avant que des générations entières ne subissent les conséquences d’une beauté toxique.
LA REDACTION