Boycott électoral en Afrique : Arme efficace ou piège pour l’opposition ?

 Boycott électoral en Afrique : Arme efficace ou piège pour l’opposition ?

Depuis l’avènement du multipartisme en Afrique francophone, les élections se sont imposées comme un rituel démocratique auquel se plient la plupart des pays. Pourtant, face aux accusations récurrentes de fraudes et de manipulations, de nombreux partis d’opposition choisissent de boycotter les scrutins, espérant ainsi décrédibiliser des processus électoraux qu’ils jugent inéquitables. Mais cette stratégie est-elle réellement efficace ? Pour en débattre, Eric Topona a reçu dans l’émission sous L’Arbre à palabres de la chaîne Deutsche Welle (DW),  Nathaniel Olympio, coordinateur de la coalition Touche pas à ma constitution au Togo, et Yves Stéphane Mbele, politologue. Leurs analyses éclairent les enjeux d’une pratique aux résultats contrastés. 

Les élections en Afrique francophone sont souvent entachées de suspicions. Les partis d’opposition dénoncent des fraudes massives, un fichier électoral opaque, un clientélisme politique et des commissions électorales dont l’indépendance reste discutable. Ces griefs expliquent pourquoi certains mouvements choisissent de se retirer de la course électorale, estimant que leur participation ne ferait que légitimer un scrutin biaisé.  Pour Nathaniel Olympio, dont la coalition s’oppose à la révision constitutionnelle togolaise de mars 2024, le boycott peut être un outil de pression. « Lorsque le pouvoir organise des élections sans garanties d’équité, rester dans le jeu, c’est cautionner une mascarade. Le boycott, en revanche, prive le régime de toute légitimité et attire l’attention de la communauté internationale. » 

Le boycott, une arme à double tranchant 

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. Yves Stéphane Mbele souligne que le boycott peut aussi isoler l’opposition. « Si les élections ont lieu malgré tout, le pouvoir en sort renforcé, car il peut affirmer avoir été plébiscité. Pire, l’opposition, en s’excluant du jeu politique, perd toute capacité d’influence institutionnelle. » 

L’histoire récente montre des résultats mitigés. Au Sénégal, au Bénin ou au Kenya, des mobilisations citoyennes et des pressions diplomatiques ont parfois contraint les régimes à des concessions. Mais dans d’autres cas, comme en RDC ou au Tchad, le boycott n’a pas empêché la tenue d’élections contestées, suivies d’une répression accrue. 

Face à ces incertitudes, les invités suggèrent que le boycott doit s’inscrire dans une stratégie plus large. « Il ne suffit pas de se retirer, il faut organiser une résistance pacifique, mobiliser l’opinion publique et chercher des alliances internationales », explique Nathaniel Olympio.  Yves Stéphane Mbele ajoute que « le dialogue sous médiation extérieure, comme au Sénégal en 2023, peut être une voie pour obtenir des garanties électorales. Mais cela suppose une opposition unie et une mobilisation populaire soutenue. » 

En définitive, le boycott reste un acte politique fort, mais son efficacité dépend du contexte. S’il peut servir à dénoncer des processus antidémocratiques, il ne porte ses fruits que s’il s’accompagne d’une pression interne et externe suffisante. Sans cela, il risque de renforcer l’isolement de l’opposition et la longévité des régimes en place. 

La démocratie en Afrique francophone a encore besoin de réformes structurelles pour que les élections ne soient plus perçues comme des simulacres, mais comme de véritables moments de choix citoyen. En attendant, le débat sur le boycott demeure essentiel pour interroger les limites de la contestation politique.

Ouorou-Asso BABERI

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