Fin de mandat: Crise autour de Talon ?
L’édifice que le président Patrice Talon a patiemment bâti autour de sa gouvernance semble aujourd’hui fragilisé. À mesure que l’élection présidentielle de 2026 s’approche, des fissures apparaissent, menaçant de transformer en champ de ruines la coalition censée assurer la continuité de son action après son départ.
Le dernier épisode en date est venu du président de Moele-Bénin, Jacques Ayadji. Lors d’une sortie médiatique le jeudi 14 août dernier, il n’a pas mâché ses mots contre certains de ses alliés de la mouvance. Ayadji a ouvertement accusé des responsables du parti Union Progressiste le Renouveau (UPR) d’orchestrer le débauchage de ses militants. Une charge frontale qui révèle, au grand jour, la guerre larvée que se livrent des acteurs pourtant censés jouer la même partition.
Mais l’affaire Ayadji n’est que le prolongement d’un malaise plus profond. Quelques mois auparavant, au sein du Bloc Républicain, des propos incendiaires avaient secoué le parti. L’ancien ministre de l’eau ministre, Paulin Akpona avait dénoncé avec virulence «des délinquants de la République » qui «ont siphonné des milliards » destinés à l’adduction d’eau à Parakou. Son prédécesseur, également membre du BR, s’était senti directement visé. Des déclarations qui ont coûté le fauteuil à son auteur.
Ces querelles internes ne se limitent pas aux rivalités idéologiques. Elles traduisent surtout des luttes de 2026 se rapproche, chacun tente de marquer son territoire, quitte à fragiliser l’unité du camp présidentiel. Le consensus qui avait permis à la mouvance de dominer sans partage la vie politique semble désormais vaciller sous le poids des ambitions personnelles.
Les tensions se multiplient. Entre accusations de débauchage, règlements de comptes et petites phrases assassines, le climat s’alourdit. Là où l’on attendait un bloc soudé, se dessine peu à peu une mosaïque de chapelles rivales, prêtes à se livrer une bataille sans merci. Et dans ce contexte, la désignation du « dauphin » de Patrice Talon s’annonce comme un exercice périlleux.
Car la discipline de groupe, jusque-là imposée par le président, n’est plus garantie. À la fin de son mandat, Patrice Talon n’a plus toutes les cartes en main pour contraindre ses lieutenants à l’unité. Son autorité, bien qu’encore réelle, s’effrite à mesure que s’approche l’inéluctable échéance de 2026. Or, sans leader fédérateur, la mouvance risque de s’enliser dans des querelles intestines qui profiteraient inévitablement à l’opposition.
Celle-ci, justement, observe la situation avec intérêt. Les frictions internes à la mouvance renforcent l’idée qu’un scénario inattendu n’est pas à exclure : celui d’une entente, même partielle, entre Patrice Talon et son prédécesseur Yayi Boni. Une telle alliance, improbable hier, pourrait permettre la désignation d’une personnalité capable de rassembler à la fois une frange de la mouvance et une partie de l’opposition.
Reste que le temps joue contre la coalition présidentielle. Chaque nouvelle polémique fragilise davantage un édifice déjà lézardé. Et si rien n’est fait pour colmater ces fissures, le risque d’un effondrement complet au moment crucial de 2026 devient de plus en plus réel.
Damien TOLOMISSI