Fédération Béninoise de Football : De Chacus clôt le débat sur sa succession

 Fédération Béninoise de Football : De Chacus clôt le débat sur sa succession

L’atmosphère était lourde d’attente mercredi 20 août 2025 à Missérété, où se tenaient les Assemblées générale ordinaire et extraordinaire de la Fédération Béninoise de Football (FBF). Alors que les délégués s’attendaient à des débats techniques et financiers routiniers, c’est une annonce politique majeure qui a électrisé la salle. Le président Mathurin De Chacus, d’une voix calme mais ferme, a surpris l’assistance en mettant un terme définitif aux spéculations sur son avenir et en dessinant les contours de sa succession.

Devant un parterre de dirigeants, d’entraîneurs et de représentants régionaux, le patron du football béninois a levé le voile sur une pression latente. Il a révélé être sollicité par « certains acteurs du milieu » pour engager une modification des textes statutaires de la FBF, actuellement limitatifs en termes de nombre de mandats présidentiels. Une manœuvre courante dans le paysage footballistique africain, souvent source de tensions et de divisions. Mais contre toute attente, le président de l’instance béninoise du sport-roi a catégoriquement écarté cette option.

Les mots qu’il a choisis, simples et sans équivoque, ont résonné comme un coup de tonnerre : « Beaucoup me poussent à modifier les textes afin de continuer, mais je leur réponds que je suis fatigué. » Cette fatigue, bien plus qu’un simple épuisement physique, semble être celle du dirigeant ayant accompli sa mission et conscient que le renouvellement est une nécessité vitale pour toute institution. Par cette déclaration, il a coupé court à des mois de rumeurs et de chuchotements, affirmant une volonté de respecter non seulement la lettre, mais surtout l’esprit des règles qu’il a lui-même contribué à établir.

La promesse de neutralité et le critère de la continuité

Au-delà de l’annonce de son non-candidature, le président sortant a su transformer ce moment en une leçon de gouvernance. Soucieux d’éviter toute crise de succession, il a immédiatement clarifié sa position. Refusant d’endosser le rôle de faiseur de roi, Mathurin De Chacus a assuré n’avoir « aucun candidat désigné » pour lui succéder. Cette neutralité affichée est un gage de transparence et vise à apaiser les esprits, laissant le champ libre à une compétition ouverte et démocratique.

Cependant, le capitaine quitte le navire en posant une balise très claire pour la suite. S’il n’impose pas de nom, il promet de soutenir sans réserve « celui ou celle qui incarnera au mieux les valeurs de continuité et de progrès ». Cette phrase, loin d’être anodine, trace la ligne de conduite qu’il espère voir suivre. « Je serai avec le meilleur, celui qui répondra le mieux aux aspirations du poste et capable de poursuivre ce que nous avons tous construit ensemble », a-t-il insisté.

Ce discours dénote une vision à long terme. Il ne s’agit pas de faire table rase du passé, mais de construire sur les fondations existantes. Le mandat de De Chacus, marqué par la professionnalisation du championnat national, modernisation des infrastructures, des performances des Guépards, la formation des entraîneurs et bien d’autres a incontestablement fait entrer le football béninois dans une nouvelle dimension. Le successeur devra donc être un bâtisseur, et non un déconstructeur.

Un paysage électoral recomposé et un héritage à préserver

Cette prise de position, intervenue à moins d’un an des prochaines élections, a un effet immédiat et concret : elle recompose entièrement le paysage électoral. Les ambitieux et les réformateurs qui hésitaient à se lancer, de peur de devoir affronter un président sortant bénéficiant des avantages du pouvoir, peuvent désormais positionner leur candidature sans complexe. La course à la présidence de la FBF s’annonce donc ouverte, compétitive, et surtout, centrée sur des projets et des idées plutôt que sur une opposition personnelle à l’homme du sport-roi béninois.

En prenant cette décision seul et en l’annonçant de manière si transparente, Mathurin De Chacus marque plus qu’un simple retrait ; il marque la fin d’un cycle. Son héritage ne se résumera pas seulement aux trophées gagnés ou aux stades rénovés, mais aussi à la manière dont il quitte le pouvoir. Dans un environnement sportif où les passations sont souvent conflictuelles, son appel à une transition « dans la sérénité et la responsabilité » est un message fort.

Il lance un défi à la famille du football béninois : celui de privilégier l’intérêt général aux ambitions individuelles, la stabilité de l’institution aux calculs égoïstes. La plus grande victoire de Mathurin De Chacus pourrait bien se jouer après son départ, si les acteurs du football béninois relèvent le défi avec la maturité qu’il appelle de ses vœux. Le temps de la succession commence maintenant, et tout le monde a les yeux désormais rivés sur l’après-De Chacus.

Damien TOLOMISSI

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