26 août 2025 : Dernière chance pour un procès historique ?

 26 août 2025 : Dernière chance pour un procès historique ?

Le 26 août 2025. Cette date s’annonce comme un nouveau chapitre, peut-être décisif, dans l’une des affaires judiciaires les plus complexes et longues de l’histoire judiciaire récente du Bénin. Après une suspension de quatre mois décrétée en avril dernier, le procès de Codjo Cossi Alofa et Donatien Amoussou, accusés du meurtre présumé de Pierre Urbain Dangnivo, va enfin reprendre devant le tribunal de Cotonou. Pour les familles, les accusés et l’opinion publique, épuisés par quinze années de rebondissements invraisemblables, d’atermoiements et de vices de procédure, une question obsédante se pose : est-ce enfin le bout du tunnel ou simplement une nouvelle étape dans un labyrinthe judiciaire sans fin ?

Pour comprendre l’épaisseur du dossier, il faut remonter au mois d’août 2010. Dans la nuit du 17 août, vers 21 heures, Pierre Urbain Dangnivo, cadre de la Fédération des syndicats des travailleurs des Finances, disparaît sans laisser de trace alors qu’il rentrait de service au volant de son Audi 80. Le signalement de sa disparition marque le début d’une enquête policière qui conduit rapidement à l’interpellation de deux hommes : Codjo Cossi Alofa et Donatien Amoussou. Inculpés, ils sont placés sous mandat de dépôt. L’enquête connaît un rebondissement macabre le 27 septembre 2010 lorsqu’un corps est exhumé dans la cour de la maison qu’occupait Alofa à Womey Sodo. Les autorités évoquent une « excellente piste », mais la famille Dangnivo, dans un déchirant déni, refuse de reconnaître la dépouille comme étant celle de son fils. Le doute s’installe, alimentant des contestations virulentes, des grèves et un vif émoi social.

Le serpent de mer judiciaire : entre suspensions et révélations fracassantes

S’ensuit alors un marathon judiciaire chaotique. Pour trancher la question de l’identité du corps, des tests ADN sont ordonnés, faisant même appel à des experts internationaux. Sans succès. La controverse est trop forte. Le dossier est enrôlé en Cour d’assises, ouvrant la voie à une série d’audiences aussi interminables que mouvementées. Le procès est ponctué de révélations « à couper le souffle », selon les observateurs. Des témoignages si sensibles que l’intervention des forces de l’ordre est nécessaire à la Cour d’Appel de Cotonou pour protéger certains témoins. Le dossier avance, cahin-caha, jusqu’à être suspendu une première fois sur une question préjudicielle. Puis, l’affaire prend un tour quasi romanesque avec ce qui est présenté comme une tentative d’évasion de l’un des accusés. Codjo Cossi Alofa est transféré après avoir été repris, mais il conteste farouchement cette version des faits. À la barre, il affirme ne s’être « jamais évadé » de la prison d’Akpro-Missérété. Il déclare s’être rendu de lui-même à la police togolaise après avoir appris par les médias qu’il était recherché. Le procès reprend, une nouvelle fois, pour connaître le même scénario : un arrêt brutal. Alors que la Présidente de la cour s’apprêtait à rendre le verdict, elle ne peut que constater l’évidence : les vices de procédure sont trop nombreux et trop graves. La suspension est inévitable. Les accusés retournent en maison d’arrêt, et le dossier retourne en hibernation. L’opinion publique, elle, se souvient aussi de la douleur obstinée de la famille Dangnivo. Le père de la victime disparue, reçu en audience par l’ancien chef de l’État Boni Yayi, n’a jamais accepté de faire le deuil de son fils. Il est lui-même décédé sans avoir obtenu de réponse, emportant son chagrin et son insatiable quête de vérité.

26 août 2025 : vers une résolution ou une nouvelle impasse ?

Alors que le procès s’apprête à reprendre le 26 août prochain, l’atmosphère est lourde d’incertitude. Les « sources bien informées » qui annoncent cette reprise apportent une lueur d’espoir, mais la prudence reste de mise. Le tribunal devra naviguer entre l’impératif de rendre une justice apaisée après tant d’années, le respect strict des procédures pour éviter un nouvel échec, et la pression d’une opinion publique qui suit l’affaire avec une attention particulière. Les confrontations et les compléments d’enquête ordonnés en avril dernier permettront-ils d’établir une vérité incontestable ? Le 26 août, ce n’est pas seulement la reprise d’un procès qui est attendue, c’est un signal fort sur la capacité de la justice béninoise à clore, enfin, ses dossiers les plus épineux.

Patrice ADJAHO

Articles similaires