Trois ans après le coup d’Etat : Le Burkina Faso entre paranoïa et terrorisme
Trois ans après le coup d’Etat de septembre 2022, le régime d’Ibrahim Traoré apparaît pour ce qu’il est : un pouvoir autoritaire mais incapable de protéger son territoire. Derrière les discours triomphalistes, le pays est enlisé dans la violence et les populations paient le prix fort de l’obsession sécuritaire et de la dérive autocratique de la junte.
Depuis le coup d’Etat de 2022, les militaires au pouvoir au Burkina Faso promettent la reconquête et la victoire contre le terrorisme. Trois ans plus tard, les faits semblent dessiner une trajectoire inverse : les attaques s’intensifient, les villages tombent et les civils paient un tribut extrêmement lourd. D’après le rapport mondial 2024 de Human Rights Watch (organisation de défense des Droits de l’Homme), plus de 10 000 morts ont été enregistrés en 2023, soit trois fois plus qu’en 2020. Dans le même temps, un tiers (1/3) du territoire reste hors du contrôle de l’Etat.
Malgré un narratif insistant sur une armée « mieux équipée », les massacres se sont succédés. En février 2024, 223 civils ont été exécutés à Nondin et Soro dans des tueries attribuées à des soldats burkinabè par Human Rights Watch. Quelques mois plus tard l’attaque de Barsalogho, l’une des plus meurtrières de l’histoire récente, a coûté la vie à plusieurs centaines de civils réquisitionnés pour creuser des tranchées. La même année, d’autres attaques ont visé des lieux de culte à Essakane et Natiaboani confirmant l’ampleur et la brutalité croissantes des violences.
Les six derniers mois ont marqué une nouvelle escalade. En mai 2025, une série d’offensives coordonnées du JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) a frappé plusieurs régions à la fois. Entre le 12 et le 16 mai, des bases militaires et des localités du centre-nord et de l’est ont été visées, avec des dizaines de soldats tués et le groupe djihadiste a revendiqué jusqu’à 200 morts parmi les forces armées en 48 heures. Le 11 mai 2025, la ville de Djibo dans le nord a été attaquée : au moins une vingtaine de civils ont trouvé la mort.
Début juin, des analystes évoquaient une véritable « offensive régionale », constatant une dizaine d’attaques majeures en moins d’une semaine. Fin juillet, une nouvelle attaque contre une base du Nord a fait une cinquantaine de morts supplémentaires dans les rangs de l’armée burkinabè [Burkina : au moins 50 morts dans une attaque contre une base militaire.
Pourtant, ces graves échecs ne sont pas reconnus par les autorités burkinabè. Au contraire, des reportages parlent d’une amélioration de la sécurité dans certaines zones et saluent les actions de l’armée. Sur le terrain, la menace reste pourtant élevée et semble même s’aggraver. Heureusement, certains récits indépendants apportent un regard critique et permettent de nuancer ce discours officiel, en rétablissant une partie de la réalité vécue par les populations. Un pouvoir qui gouverne par la peur et la suspicion
Depuis son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré a instauré un régime dominé par la peur et la paranoïa. Obsédé par le spectre d’un coup d’Etat, il multiplie les purges au sein de l’armée et annonce régulièrement des complots déjoués, sans jamais fournir de preuves ni respecter de procédure judiciaire transparente.
Correspondant Particulier