Félix H. Kpakpa alias « CFAO » : Le secret des quatre roues

 Félix H. Kpakpa alias « CFAO » : Le secret des quatre roues

A l’entrée du garage situé à Cotonou plus précisément à Houéyiho 2 non loin du passage supérieur, le parfum entêtant de l’huile chaude se mêle à l’odeur propre de l’acier, où le cliquetis des clés à molette compose une symphonie industrielle. Bienvenue dans le garage de Félix H. Kpakpa alias « CFAO ». Ici, on ne se contente pas de changer des pièces ; on pratique une forme de magie moderne, une alchimie qui transforme l’inquiétude en confiance et le cliquetis suspect en ronronnement parfait.

Une fois dans le garage, le premier contact n’est pas une machine, mais un sourire. Celui de Félix H. Kpakpa, franc et chaleureux, une constante, depuis plus de vingt ans. Diplômé depuis que certains de ses jeunes apprentis sont nés, il incarne une rareté précieuse : l’expertise chevillée au corps et la bienveillance ancrée dans le caractère. Son secret ? Il ne le considère d’ailleurs pas comme tel. « Le secret, c’est qu’il n’y a pas de secret», aime-t-il à répéter. « Il y a de l’écoute, de la logique et du respect. Pour la voiture, et pour la personne qui est au volant.» L’observer ausculter un véhicule est un spectacle. Ce n’est pas une course effrénée vers l’ordinateur de bord. C’est une danse lente et méthodique. Il pose la main sur le capote encore tiède, tend l’oreille vers un bruit que lui seul sait décrypter. Il dialogue avec le propriétaire, non pas pour valider une théorie préconçue, mais pour recueillir des indices. « Les voitures parlent » confie-t-il en ajustant ses lunettes.« Elles ont un langage fait de vibrations, de sons, d’odeurs. L’électronique moderne est une aide précieuse, mais elle ne doit pas remplacer les sens du mécanicien. C’est la différence entre lire un compte-rendu médical et examiner un patient. »

Cette approche, à la fois intuitive et rigoureuse, est sa marque de fabrique. Qu’il s’agisse d’un vieux diesel rustique dont il connaît chaque écrou ou d’une essence moderne truffée d’électronique, la méthode est la même : une investigation patiente. Il trouve la solution parce qu’il cherche la cause, et non pas simplement à masquer l’effet. C’est cette quête de la racine du problème qui a forgé sa réputation. On vient le voir de loin, avec des « cas désespérés », des bruits fantômes qui ont résisté à plusieurs autres garages. Et, presque invariablement, il trouve.

Le garage, une école de la vie

L’atelier de CFAO est bien plus qu’un lieu de travail ; c’est une ruche où le savoir circule et se transmet. Félix H. Kpakpa, n’est pas un patron solitaire régnant sur son empire mécanique. Il est un mentor, un passeur. Autour de lui, trois ou quatre apprentis, des visages jeunes et concentrés, s’affairent sous son œil avisé. La transmission est au cœur de sa philosophie. Il ne dicte pas des gestes, il les explique. Il prend le temps de montrer, de faire refaire, de corriger avec une patience d’ange. « Ce métier est un patrimoine, insiste-t-il». « Si on ne le transmet pas, il se perd. Les mains et l’intelligence de ces jeunes sont l’avenir de notre savoir-faire. » Il leur apprend non seulement à démonter un moteur, mais aussi à accueillir un client, à reformuler une inquiétude, à estimer un délai avec honnêteté. Il forme des mécaniciens, certes, mais surtout des professionnels complets. Cette atmosphère collaborative est palpable. Les rires fusent entre deux serrements de boulons, les questions sont encouragées, les erreurs inévitables sont considérées comme des tremplins vers la maîtrise. « Un jour, un de mes apprentis a serré un filtre à huile à la main, sans la clé. Il avait peur de l’abîmer. C’était touchant. On a rigolé, et je lui ai montré la bonne pression, celle qui assure l’étanchéité sans défoncer le joint. C’est comme ça qu’on apprend. La peur de mal faire, c’est le pire ennemi de l’apprentissage. »

Le sourire, une pièce détachée essentielle

Dans un univers souvent perçu comme froid, technique et parfois anxiogène, l’arme secrète de Félix H Kpakpa est son humanité. Il comprend que pour beaucoup de gens, la panne automobile est synonyme de stress : un budget imprévu, une mobilité compromise, l’inconnu technique. Son sourire, constant et authentique, est le premier baume. C’est un signal de reconnaissance, une manière de dire : « Je vous vois, je vous comprends, et nous allons régler ça ensemble. » Il parle clair, évite le jargon inutile, utilise des métaphores pour rendre compréhensibles les problèmes les plus complexes. « Une bougie de préchauffage fatiguée, c’est comme un athlète qui s’élance sans échauffement. Forcément, ça toussote au démarrage ! » Les clients, eux, ne s’y trompent pas. Ils reviennent, année après année, voiture après voiture. Ils deviennent des habitués, presque des amis. On échange des nouvelles de la famille en même temps que l’on programme la révision. Le garage de Félix H Kpakpa est un lieu de confiance, une enclave de savoir-faire et de courtoisie dans un monde qui va souvent trop vite.

Bien plus qu’un simple garage

Alors que le soleil décline et que les dernières lumières de la lampe à souper s’éteignent, Félix H Kpakpa range ses clés avec une minutie d’horloger. Son bureau est couvert de factures et de schémas, mais son esprit est serein. Une autre journée à redonner vie, à transmettre, à rassurer. Chez CFAO, on ne répare pas que des voitures. On répare aussi un peu la relation souvent fracturée entre l’homme et la machine. Félix H. Kpakpa avec ses vingt ans d’expérience et son sourire indélébile, est bien plus qu’un mécanicien. C’est un artisan, un enseignant et, pour beaucoup, un confident précieux. Le véritable secret, finalement, n’est pas dans sa boîte à outils, mais dans son humanité. Et ça, c’est une pièce qui ne se change pas.

Damien TOLOMISSI

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