Choix du candidat LD à l’élection présidentielle : Une démarche risquée
Le parti Les Démocrates a enclenché la machine. Dimanche 28 septembre, par communiqué officiel, son bureau exécutif a annoncé l’ouverture du processus de désignation de son candidat à l’élection présidentielle de 2026. Fidèle à son nom, la formation a choisi la voie de la transparence et de la consultation.
Tous les membres à jour de leurs cotisations sont invités à présenter leur candidature à la candidature. Une démarche qui tranche avec celle de la mouvance présidentielle, où le chef de l’État sortant a désigné son successeur sans la moindre consultation interne. Sur le papier, la méthode des Démocrates séduit : pluralisme, compétition interne, mise en avant des idées. Mais derrière ce vernis démocratique se cachent de sérieux risques.
Les conditions d’éligibilité, d’abord, sont loin d’être symboliques. Chaque postulant doit déposer une caution de 25 millions de francs CFA, dont 20 seront restitués aux non retenus. Plus encore, il faut démontrer une capacité à mobiliser d’importantes ressources financières pour soutenir les campagnes communales, municipales et législatives. Bref, la démocratie a un coût, et il est élevé. Pour équilibrer la balance, les candidats doivent également soumettre une fiche signalétique décrivant leur vision de la gouvernance, en lien avec les idéaux du parti.
Le contraste avec la méthode du président Patrice Talon est frappant. Cette démarche des Démocrates, aussi vertueuse soit-elle, porte en elle aussi le germe de la division. Car plus il y aura de candidats en lice, plus la probabilité est grande que certains sortent frustrés, déçus, voire amers du processus. Les Démocrates n’ont pas l’habitude des primaires massives et transparentes. L’expérience, inédite dans le paysage politique béninois, pourrait réveiller des rivalités de clans, fragiliser l’unité du parti et ouvrir la voie aux manœuvres de débauchage par la mouvance présidentielle.
L’ironie est que le parti, en cherchant à se protéger des accusations d’opacité, s’expose au risque de voir sa base éclatée entre plusieurs sensibilités. Un candidat choisi « démocratiquement » ne sera pas nécessairement un candidat consensuel. Certains leaders locaux, dont les ambitions n’auraient pas été retenues, pourraient se détourner, voire s’aligner discrètement derrière d’autres horizons politiques.
Pour Les Démocrates, l’enjeu n’est donc pas seulement de choisir un candidat, mais de préserver l’unité après le choix. La véritable épreuve commencera au lendemain de la désignation. Le parti sera-t-il capable de rassembler ses troupes autour du vainqueur ? Ou laissera-t-il s’installer la rancune et les calculs individuels ? La réponse à ces questions conditionnera non seulement les chances du candidat retenu en 2026, mais aussi l’avenir du parti dans un paysage politique où chaque division se paie cash.
Arnaud ACAKPO (Coll)