Quand les trônes soignent les conflits : Sagesse ancestrale, solutions modernes
Il y a des conflits que l’encre des lois et la froideur des prétoires ne sauraient résoudre. Des blessures sociales, des querelles familiales ou communautaires si anciennes, si profondes, qu’elles semblent couver sous la cendre des générations. Face à ces impasses de la justice moderne, une initiative aussi puissante que symbolique émerge au Bénin, portée par la vision éclairée de Sa Majesté Dada Bokpè Houézrèhouèkè. Sous son impulsion, les rois de la Fondation Dah Bokpè ont donné naissance à un comité traditionnel, une assemblée de sagesse destinée à panser là où la loi moderne trébuche. Bien plus qu’une simple alternative, c’est un retour aux sources salutaire, une renaissance de la parole royale comme force d’apaisement et de cohésion.
Envisagez une instance où chaque parole porte l’héritage des ancêtres, où savoir écouter est une qualité essentielle, et où la quête de l’entente l’emporte sur la désignation d’un seul vainqueur. Telle est la nature profonde de cette assemblée coutumière, un collège de plus d’une vingtaine de membres tous issus de la royauté. Dirigé par l’autorité incontestée de Dah Milonon Glèlè 2, ce rassemblement symbolise la sagesse ancestrale et la légitimité venue du temps long.
Mais une telle entreprise ne saurait fonctionner sans une rigueur organisationnelle de premier ordre. C’est ici qu’intervient le « cerveau administratif » de cette noble initiative, Sa Majesté Bada Aganna Erin VI, Roi d’Abomey Kandofi, grand professeur d’université. Son rôle est crucial : il est le pont entre la tradition immémoriale et les exigences du monde contemporain. Il donne à cette sagesse ancestrale les outils, la structure et la méthodologie nécessaires pour agir avec efficacité et crédibilité. Ce binôme entre la légitimité royale de Dah Milonon Glèlè 2 et l’expertise académique du professeur Bada est la clé de voûte de ce projet ambitieux.
Réconcilier la nation : la mission salvatrice du comité
La vocation de ce comité est claire : résoudre les conflits que la justice étatique, pourtant essentielle, ne parvient pas à apaiser. Quels sont ces contentieux qui trouvent un écho dans le cœur des rois ? Les conflits fonciers ancestraux : Ces litiges sur la terre, souvent hérités de plusieurs générations, où les papiers officiels se heurtent à la mémoire orale et aux droits coutumiers ; Les querelles familiales et successorales. Plus explicite, lorsque les héritages déchirent les familles, créant des rancœurs tenaces que seul un tiers respecté et impartial peut désamorcer ; Les tensions intercommunautaires c’’est-à-dire des rivalités anciennes entre villages ou ethnies qui demandent une médiation d’une autorité incontestée, capable de convoquer l’histoire et la culture commune pour rétablir la paix et d’autres sujets…
La force de ce comité ne réside pas dans son pouvoir de contrainte, mais dans son pouvoir de conviction. Il ne rend pas des jugements, mais facilite des réconciliations. Il n’impose pas une solution, mais guide les parties vers une résolution qu’elles s’approprient, fondée sur le dialogue, l’écoute et la restauration du lien social. C’est une justice qui soigne, plutôt qu’une justice qui sanctionne.

Redorer le blason des royautés
Au-delà de sa mission immédiate de médiation, cette initiative vise à donner une « autre image aux royautés et chefferies au Bénin ». Elle répond à un besoin crucial de redéfinition de leur rôle dans une société en pleine mutation. Il ne s’agit plus seulement d’incarner le passé et de présider aux cérémonies, mais d’être des acteurs de développement social pleinement intégrés.
En se positionnant comme des garants de la paix sociale et des facilitateurs du vivre-ensemble, les rois se réapproprient une fonction profondément moderne et essentielle. Ils démontrent que la tradition, loin d’être un frein, peut être un atout précieux pour résoudre les défis contemporains. Cette démarche participe à une revalorisation de l’institution royale, la présentant non comme une relique du passé, mais comme une force vive, pertinente et indispensable à la nation.

Un modèle pour l’Afrique
L’initiative de la Fondation Dah Bokpè dépasse largement les frontières du Bénin. Elle porte en elle les germes d’un modèle qui pourrait inspirer de nombreux pays africains, tous confrontés à des défis similaires de coexistence entre modernité juridique et traditions vivantes. Cette synthèse harmonieuse entre la sagesse ancestrale des rois et les compétences administratives modernes (incarnée par le professeur Bada) est une piste sérieuse pour enrichir le paysage de la résolution des conflits. Elle prouve que le développement et la paix ne se décrètent pas uniquement dans les capitales, mais se construisent aussi à partir de la richesse culturelle et des structures sociales profondes de chaque peuple.
Sous l’égide de Sa Majesté Dada Bokpè Houézrèhouèkè, portée par la sagesse de Dah Milonon Glèlè 2 et structurée par l’intelligence du professeur Bada, cette assemblée de rois est bien plus qu’un simple comité. Elle est un symbole fort. Le symbole d’une Afrique qui, en marchant résolument vers l’avenir, n’oublie pas de puiser dans son patrimoine humain et spirituel unique les clés de sa propre résilience. Elle incarne l’espoir d’une justice qui ne se contente pas de trancher, mais qui répare, unit et permet aux communautés de se reconstruire, ensemble.
Damien TOLOMISSI