Convocation de Yayi, Agbodjo et Lodjou par la police judiciaire : Procédure pénale et absence remarquée
Ce mercredi 22 octobre 2025, les locaux de la Police Judiciaire (PJ) ont été le théâtre d’un rendez-vous manqué aux allures de bras de fer procédural. Convoqués pour une raison inconnue, l’ancien président Boni Yayi, leader du parti Les Démocrates, et le duo candidat de sa formation, Me Renaud Agbodjo et Jude Lodjou, ont brillé par leur absence. Seuls leurs conseils ont répondu présent, plongeant cette convocation dans un épais brouillard juridique.
La veille, mardi 21 octobre, les intéressés avaient reçu une injonction à comparaître pour le lendemain. Un délai court, mais surtout, une missive muette sur le fond de l’affaire. L’objet de la convocation, ce sésame qui permet de préparer sa défense, était soigneusement tus, créant un climat de suspicion.
Face à ce silence, la stratégie de la défense a été de déléguer. Me Alao s’est porté représentant de l’ancien chef de l’État, Boni Yayi, tandis que Me Francis Dako endossait le rôle de conseil pour son confrère, Me Renaud Agbodjo. Une tentative de prise de contact avec l’institution, qui s’est heurtée à un mur procédural.
Dès leur arrivée, les avocats se sont vus opposer le caractère impératif de la présence physique de leurs clients. Les autorités en charge de l’enquête ont clairement signifié que la procédure en cours revêtait un caractère pénal, rendant la comparution personnelle non optionnelle, mais légalement obligatoire. «Ils nous ont simplement rappelé que nous étions en matière pénale et que les intéressés eux-mêmes devaient être présents », a rapporté Me Francis Dako, résumant l’inflexibilité de la position des enquêteurs.
L’argument d’immunité procédurale pour l’avocat
L’échange n’a pas été pour autant dénué de substance juridique. Me Dako a immédiatement soulevé un point de droit fondamental concernant la situation particulière de son client, Me Renaud Agbodjo. Il a invoqué les règles déontologiques et procédurales qui encadrent strictement les poursuites visant un membre du barreau. «J’ai pu faire observer, pour le compte de Me Renaud Agbodjo, qu’il est avocat. Et en tant qu’avocat, il existe des règles procédurales à respecter, conformément aux usages et à la pratique en matière de poursuite des avocats. Ils connaissent parfaitement les prescriptions de nos règles communautaires : il faut passer par le Parquet général et obtenir l’avis du bâtonnier qui se prononce sur la suite à donner à la plainte avant que la Police Judiciaire ne puisse mener ses enquêtes. », a-t-il expliqué. Concrètement, son argumentation reposait sur le principe selon lequel toute action en justice contre un avocat dans l’exercice de ses fonctions doit, en amont, être soumise au Parquet général. Cette instance supérieure est alors tenue de rendre un avis consultatif avant que la Police Judiciaire ne puisse légitimement intervenir. Un garde-fou essentiel pour protéger l’indépendance de la profession.
Sortie sèche et persistance du mystère
Malgré cette défense vigoureuse et la mise en lumière d’une éventuelle irrégularité procédurale, la rencontre s’est conclue sans le moindre éclaircissement. La plainte à l’origine de cette convocation, son auteur, sa nature, tout reste scellé dans le secret de l’enquête. «Non, malheureusement pas, car ils n’ont pas voulu révéler l’objet de la plainte», a déploré Me Dako.
Les conseils légaux se sont donc retirés, contraints de faire un compte-rendu aussi frustrant qu’inquiétant à leurs mandants. Le prochain acte de cette affaire repose désormais sur la décision des autorités judiciaires : réitérer les convocations, lever une partie du voile ou, au contraire, laisser planer le suspense sur les intentions du plaignant. Le dossier, lui, reste plus que jamais dans l’ombre.
Lisez ici l’interview accordée par Me Dako à BIP RADIO

Convocation de Yayi, Agbodjo et Lodjou par la police judiciaire : Les explications de Me Francis Dako
Sorti de son audition à la Police Judiciaire, Me Francis Dako, l’avocat de Me Renaud Agbodjo, a livré à Bip Radio les premiers éléments de cette convocation controversée. Il révèle une procédure pénale toujours secrète, exigeant la comparution personnelle des principaux concernés, et soulève un point de droit crucial : le respect des règles communautaires protégeant les avocats dans l’exercice de leur fonction, qui n’aurait pas été suivi. Le mystère reste entier sur les motifs de la plainte.
Que peut-on retenir de votre audition à la police judiciaire ?
Ils nous ont simplement rappelé que nous étions en matière pénale et que les intéressés eux-mêmes devaient être présents. J’ai pu faire observer, pour le compte de Me Renaud Agbodjo, qu’il est avocat. Et en tant qu’avocat, il existe des règles procédurales à respecter, conformément aux usages et à la pratique en matière de poursuite des avocats. Ils connaissent parfaitement les prescriptions de nos règles communautaires : il faut passer par le Parquet général et obtenir l’avis du bâtonnier qui se prononce sur la suite à donner à la plainte avant que la Police Judiciaire ne puisse mener ses enquêtes. C’est sur ce point que nous en sommes restés.
Savez-vous de quoi il s’agit précisément ?
Non, malheureusement pas, car ils n’ont pas voulu révéler l’objet de la plainte.
Insistent-ils sur la comparution de Me Agbodjo, de Boni Yayi et de Jude Lodjou ?
Tous ceux qui sont convoqués doivent comparaître personnellement devant eux. Ils insistent sur le fait qu’ils doivent venir eux-mêmes et non se faire représenter, puisque nous sommes en matière pénale.
Que comptez-vous faire ? Quelle sera la suite ?
Nous allons rendre compte à nos clients. J’espère que, concernant Me Agbodjo, ils vont se conformer aux règles communautaires. C’est une exigence incontournable.
Damien TOLOMISSI