Mini bus ou « Tokpa-tokpa » : Une nécessité qui tourne au cauchemar
Ils sont à la fois une bénédiction et une malédiction pour des milliers de Béninois. Les tokpa-tokpa, ces minibus de transport en commun, constituent l’épine dorsale des déplacements urbains pour les habitants de Porto-Novo, Calavi, Ouidah ou Godomey aux moyens limités. Mais cette solution économique se paie au prix fort, celui de l’insécurité et du chaos sur les routes.
Pour beaucoup, emprunter les tokpa-tokpa reste la seule option abordable pour rallier Cotonou et vice-versa. Pourtant, chaque trajet se transforme souvent en parcours du combattant. « Ce que font les tokpa-tokpa est dangereux. Ce matin, l’un d’eux a failli m’écraser. Je suis dans mon couloir de circulation, mais le gars m’a serré, il m’a serré jusqu’à… Heureusement que j’ai freiné instinctivement », raconte un usager encore sous le choc, rencontré sur l’axe Cotonou-Porto-Novo.
Le scénario se répète inlassablement. « Même les zémidjan ne font pas comme eux », constate Jean Gontran, habitué de cette route. « Pas de clignotant avant de s’arrêter. Il suffit qu’ils voient un usager debout au bord de la route, l’apprenti alerte son chauffeur par des cris… arrêt, arrêt, arrêt’ et hop. Le conducteur, sans faire attention aux autres usagers, manœuvre vigoureusement. Le même scénario peut se répéter tout au long de la voie et à longueur de journée. »
Des épaves roulantes
L’état des véhicules ajoute au danger. De loin, le bruit des moteurs trahit leur âge avancé. De près, la réalité est encore plus alarmante. Ces bus, souvent importés d’Europe où ils ont terminé leur vie utile, ne devraient plus rouler. Pourtant, sous les tropiques, ils continuent leur service, défiant toutes les normes de sécurité. A l’intérieur, les sièges d’origine ont cédé la place à du bricolage artisanal. Impossible de trouver la moindre ceinture de sécurité ou extincteur. « Que de la ferraille avec un moteur en déplacement », résume un mécanicien. Ces véhicules, qui devraient être envoyés à la casse, transportent pourtant chaque jour des centaines de passagers.
L’autre versant du problème réside dans le comportement des chauffeurs. « Souvent dans un état secondaire, il suffit de regarder leur visage pour se faire une idée », témoigne un habitant de Godomey. « Ils ont l’air sous amphétamines. » Très énergiques, toujours prêts à en découdre, ils ont l’injure facile et n’hésitent pas à en venir aux mains pour la moindre incartade. La rumeur veut que beaucoup n’aient jamais passé de permis de conduire. Une information difficile à vérifier, mais qui expliquerait certains comportements sur la route.
Face à cette situation, le préfet du Littoral Alain Orounla avait tenté de réagir. Il y a quelques années, il avait pris la décision de limiter les navettes de ces véhicules hors du centre-ville. Une mesure saluée par de nombreux usagers. Mais cet espoir fut de courte durée. Le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale a annulé cette décision. Depuis, le désordre est reparti de plus belle, laissant les usagers dans l’incompréhension et l’impuissance.

Le dilemme des usagers
Les Béninois se trouvent pris au piège d’un terrible dilemme. D’un côté, ces transports représentent souvent la seule option pour se déplacer à moindre coût. De l’autre, chaque trajet met leur vie en danger. « Je n’ai pas le choix », explique une habitante de Ouidah qui se rend quotidiennement à Cotonou pour son commerce. « Le prix des taxis est trop élevé pour moi. Alors je prends le tokpa-tokpa en priant pour arriver saine et sauve. » Cette situation perdure dans l’indifférence générale, transformant les routes béninoises en véritables champs de bataille où la loi du plus fort semble régner en maître. En attendant une solution durable, les usagers continuent de jouer leur vie à chaque voyage, pris en otage entre la nécessité de se déplacer et le droit de circuler en sécurité.
F. AKODODJA