Rencontre Yayi Boni- Patrice Talon : Les confidences de l’ancien locataire de la Marina
Ça s’est passé derrière les portes closes du pouvoir. Et le verdict de l’ancien chef de l’État, Boni Yayi, est tombé comme un couperet : dangereux. La rencontre tant attendue entre le président actuel, Patrice Talon, et son prédécesseur a viré au signal d’alarme pour la démocratie béninoise.
Ce mercredi, l’ancien président, aujourd’hui pilier de l’opposition avec son parti Les Démocrates, a breaké le silence. Objectif officiel de sa rencontre avec Talon le 24 octobre ? Une simple demande : que son parti puisse concourir sereinement aux élections de 2026. Une requête qui semble, sur le papier, toute simple pour une démocratie.
Mais sur le ring du pouvoir, les coups portés sont bien plus lourds. Boni Yayi ne livre pas un simple compte-rendu, mais un véritable réquisitoire. Selon lui, Patrice Talon « renonce progressivement à faire du Bénin un État de droit et de démocratie ». La charge est sévère, précise, et pointe du doigt le « non-respect des droits fondamentaux » et « l’absence de garanties pour la dignité humaine ».
Le cœur du problème ? La vision même du pouvoir. Boni Yayi la résume par une phrase qui sonne comme une fin de partie pour le pluralisme : « De l’échange que j’ai eu avec le Président Talon, je retiens que, selon lui, tout le monde doit être à l’allégeance autour de lui. Selon lui, plus de démocratie, plus d’opposition au Bénin. »
Allégeance. Le mot est lâché. Il fait froid dans le dos. Il dessine les contours d’un Bénin où la loyauté personnelle primerait sur le débat d’idées, où la soumission remplacerait la contradiction. Un virage à 180° par rapport aux fondamentaux de la nation.
Et la Constitution dans tout ça ?
L’ancien président ne crie pas seulement au loup. Il brandit la loi fondamentale. Ce virage unilatéral, assure-t-il, piétine allègrement la Constitution de 1990, le pacte fondateur de la démocratie béninoise. Et il rappelle la règle du jeu : si changement il doit y avoir, il ne peut venir que du peuple. Par un large dialogue, une conférence nationale souveraine, ou un référendum. Pas par un simple décret implicite de l’Élysée béninoise.
Alors, simple coup de com’ ou cri du cœur ? La déclaration de Boni Yayi est un pavé dans la mare politique. Le suspens est désormais insoutenable. La balle est dans le camp du pouvoir. Répondra-t-il ? Les partis de la mouvance présidentielle réagiront-t-elle ?
Damien TOLOMISSI