Bénin : Du « roi du coton » à futur géant du textile ?
Le Bénin, longtemps reconnu comme premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest, franchit progressivement une nouvelle étape : celle de la transformation locale. Avec l’usine textile de Glo-Djibé, implantée dans la zone industrielle de la GDIZ, le pays entre de plain-pied dans le cercle restreint des nations capables non seulement de cultiver, mais aussi de valoriser leur coton sur les marchés internationaux. Cette unité, devenue un centre majeur de confection de vêtements destinés à l’exportation, symbolise le virage industriel engagé par Cotonou.
L’histoire de la transformation du coton au Bénin n’est pourtant pas récente. Dès les années 1970, l’État avait lancé l’Industrie béninoise de textiles (IBETEX) à Parakou, suivie d’autres initiatives à Lokossa. Mais ces expériences ont vite montré leurs limites : équipements vieillissants, gestion déficiente, manque de compétitivité. Faute d’un modèle économique durable, les usines ont fermé les unes après les autres, réduisant le pays à son rôle de fournisseur de fibre brute.
Aujourd’hui, le contexte a changé. L’usine de Glo-Djibé fonctionne avec des technologies modernes, des capitaux privés et une logique d’exportation qui répond à la demande mondiale. Ce modèle semble mieux armé pour éviter les écueils du passé. Toutefois, un constat persiste : la majorité de la production nationale de coton continue d’être exportée sans transformation locale, privant le pays d’importantes recettes en devises et d’emplois industriels.
L’enjeu économique est donc double. D’un côté, accroître le nombre d’unités de transformation afin de capter une plus grande partie de la valeur ajoutée. De l’autre, répartir ces unités sur le territoire, notamment dans les zones de forte production. La réhabilitation de l’ex-COTEB apparaît ainsi comme une opportunité stratégique. Modernisée, cette usine pourrait accueillir des activités d’égrenage, de filature, de tissage et de confection, réduisant la dépendance à l’exportation de coton brut.

Les perspectives sont considérables. Selon les experts, chaque étape supplémentaire dans la chaîne de transformation du coton graine au vêtement fini multiplie les retombées économiques : emplois directs et indirects, recettes fiscales, revenus pour les producteurs et dynamisation du marché local. Pour un pays où l’agriculture reste la première source de revenus, développer un véritable cluster textile représenterait une nouvelle voie de croissance inclusive.
Reste à relever plusieurs défis. Améliorer le coût énergétique, le financement industriel reste difficile à mobiliser, et la formation d’une main-d’œuvre qualifiée doit être renforcée. De plus, la concurrence asiatique, notamment du Bangladesh et du Vietnam, impose de miser sur la qualité, la rapidité de livraison et l’intégration régionale pour s’imposer.
Si le Bénin réussit à transformer localement une grande part significative de son coton, il pourrait passer du statut de « champion du coton » à celui de puissance textile régionale. Le chemin est encore long, mais les premiers jalons posés à Glo-Djibé redonnent espoir à une ambition industrielle plusieurs fois avortée dans le passé.
Damien TOLOMISSI