Choix du candidat du parti Les Démocrates : Une figure connue ou le pari de l’inédit
Face à Romuald Wadagni, le candidat du pouvoir en place, le principal parti d’opposition béninois, Les Démocrates, s’apprête à dévoiler son propre candidat pour la présidentielle de 2026. Dirigé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, le parti a suscité un engouement remarquable en recevant pas moins de trente-cinq candidatures pour porter ses couleurs. Ce foisonnement des ambitions contraste avec la ligne claire du camp adverse et place le parti devant un choix stratégique décisif : opter pour une figure connue et rassurante ou tenter le pari de l’inédit.
Le parti Les Démocrates a été submergé par une vague d’ambitions politiques, avec trente-cinq personnalités ayant déposé leur dossier avant la clôture du 4 octobre 2025. Cette effervescence témoigne de la vitalité interne du parti, mais aussi de l’enjeu capital que représente cette élection pour l’opposition. Parmi cette multitude de visages, on trouve des noms familiers de la scène politique nationale, tels que : Daniel Edah, Éric Houndété, Kamel Ouassagari, Nourou Dine Saka Saley … Cette liste, non exhaustive, illustre la diversité des profils en lice. Le parti a mis en place un comité de sélection de 15 membres, installé fin septembre et présent dans les douze départements du pays, chargé d’examiner ces candidatures et de conduire des entretiens individuels avec les postulants. Sa mission est délicate : trouver la perle rare, le duo qui saura incarner une alternative crédible.
Un champ politique polarisé
La manœuvre de « Les Démocrates » s’inscrit dans un paysage politique déjà bien défini, ce qui accentue la pression sur leur choix à venir.
L’adversaire désigné, Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances de 49 ans, a été officiellement investi candidat de la majorité présidentielle le 4 octobre 2025. Présenté comme le dauphin du président Patrice Talon, qui respecte la limite constitutionnelle de deux mandats, il incarne la promesse de continuité et peut s’appuyer sur les réalisations économiques du régime, marquées par une croissance robuste. Il aura pour colistière la vice-présidente sortante, Mariam Chabi Talata.
· Le sage en retrait : Dans ce contexte, l’ancien président Thomas Boni Yayi (2006-2016) se présente désormais comme un ancien au service de la paix et de la stabilité, il a affirmé : « Je ne cherche rien. Je ne suis candidat à rien, mais je suis à votre service, au service de la République ». Son rôle est maintenant de superviser le processus de sélection de son parti pour trouver un candidat capable de « obtenir l’adhésion populaire ».
Le Dilemme : Notoriété ou Renouveau ?
Le choix final des Démocrates est donc un pari sur l’avenir, un équilibre subtil entre plusieurs impératifs. En effet, opter pour une figure déjà établie offrirait une stabilité immédiate et un visage rassurant pour l’électorat et les partenaires internationaux. Un tel candidat posséderait une expérience politique éprouvée et une certaine résilience face à la machine de campagne du pouvoir. Cependant, ce choix risquerait d’être perçu comme un retour au passé, une incapacité du parti à se renouveler véritablement.
Par contre, choisir un profil moins connu, peut-être plus jeune ou issu de la société civile, serait un coup de tonnerre. Cela incarnerait le renouveau et pourrait séduire une partie de l’électorat, particulièrement la jeunesse, en rupture avec les figures traditionnelles. La campagne de Romuald Wadagni, axée sur la jeunesse, montre d’ailleurs que ce thème est central. Mais ce pari est aussi risqué : il expose à des attaques sur le manque d’expérience et demanderait un effort colossal pour imposer le nouveau visage dans un temps électoral très court.
La décision des Démocrates, attendue pour le 11 octobre 2025, est bien plus qu’une simple sélection interne. C’est l’acte de naissance d’une alternative, la définition de ce qui incarnera « l’opposition » face au projet de continuité porté par Romuald Wadagni. Que le choix se porte sur un visage connu ou sur un inconnu, il engagera le destin du parti et, plus largement, la dynamique de la présidentielle béninoise d’avril 2026.
Damien TOLOMISSI