Dadjè FC : La gloire et l’improvisation

 Dadjè FC : La gloire et l’improvisation

Dadjè FC a offert au Bénin l’une de ses plus belles fièvres footballistiques. En juin 2025, le club brandissait fièrement son premier titre de champion national, un exploit salué par un geste fort de sa société de gestion : un million de FCFA pour chaque joueur, 200 000 pour chaque employé. Une prime généreuse, perçue comme le signe d’une gestion saine et maîtrisée. Ce geste a conquis les cœurs, mais il a aussi masqué une réalité bien plus sombre. Car derrière les liesses populaires et les distributions d’argent liquide, se cache un schéma récurrent d’impréparation criante  une impréparation qui menace aujourd’hui l’honneur du club sur la scène continentale.

L’histoire se répète, sinistre et prévisible. En juillet 2024, à la veille de son entrée en Coupe de la Confédération, Dadjè FC frôlait déjà la désintégration : entraînements reportés, joueurs encore en vacances, organisation paralysée. Un an plus tard, alors qu’il s’apprête à affronter le redoutable Al Ahly de Tripoli en préliminaires de la Ligue Africaine des Champions, le club retombe dans les mêmes travers : préparation bâclée, absence de stage de mise au point, logistique bancale. Même scénario, seules les compétitions et les adversaires changent.

Une question revient sur toutes les lèvres : comment un club soutenu par une entreprise publique aussi puissante que la SONEB, générant des milliards, peut-il se présenter dans un tel désordre à l’échelle africaine ? La réponse semble tristement évidente : le déblocage des fonds. L’argent, pourtant promis et vital, arrive toujours trop tard  comme une perfusion administrée à un patient déjà en état de choc. Les fonds anticipés, indispensables pour organiser un stage, assurer les transports, l’hébergement, et garantir une concentration optimale, sont souvent bloqués dans les méandres administratifs. Le champion du Bénin est donc condamné à improviser sa grandeur.

Ainsi, la générosité affichée après la victoire ne saurait masquer les carences profondes. Elle n’est que l’autre face d’une médaille éraflée. Elle dissimule un système qui célèbre les résultats a posteriori, mais refuse d’investir dans les conditions de leur avènement. On récompense le fruit, mais on néglige l’arbre. Dadjè FC, devenu symbole de fierté nationale, est livré à lui-même au moment où il a le plus besoin de soutien. Il est contraint de puiser dans ses propres ressources pour combler les absences d’un actionnaire invisible au moment crucial.

À l’heure où ses joueurs s’apprêtent à défendre les couleurs du Bénin face aux géants du continent, leur plus grand adversaire n’est peut-être pas sur le terrain, mais dans les bureaux où l’on tarde encore à signer les chèques. La véritable préparation d’une équipe ne se mesure pas à la prime versée après un trophée, mais à la rigueur, l’anticipation et le sérieux avec lesquels on construit ses ambitions. Et à ce jeu-là, Dadjè FC, malgré son titre, n’est toujours pas prêt.

Damien TOLOMISSI

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