Démocrates vs CENA devant la Cour Constitutionnelle : Le mur de l’impossible ?
Et de deux ! Le feuilleton politico-judiciaire autour de la présidentielle de 2026 au Bénin vient de connaître un nouveau rebondissement, aussi prévisible que crucial. Alors que beaucoup pensaient le sort scellé, le parti Les Démocrates, principal pilier de l’opposition, refuse de baisser les bras. Après un premier revers devant la Cour constitutionnelle, le voilà qui engage une nouvelle manche, plus périlleuse que jamais.
Le suspense est total, la tension est palpable. La question fuse dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux : Les Démocrates ont-ils encore une chance réelle de se mêler à la danse présidentielle de 2026 ? Retour en arrière. L’affaire de parrainage du député Michel Sodjinou avait fait l’effet d’un coup de tonnerre. Pour Les Démocrates, il s’agissait d’une manœuvre essentielle, un sésame vers la légitimité électorale. La Cour constitutionnelle en a décidé autrement, rendant une décision d’incompétence qui a sonné comme un glas. Un revers cinglant, un uppercut qui a ébranlé les certitudes de ses militants. Mais en politique, tomber n’est pas grave. L’important est de se relever. Et Les Démocrates, visiblement, ont la nuque raide. Ce premier échec, loin de les anéantir, semble avoir aiguisé leur combativité. La leçon a été rude, mais elle a le mérite d’être claire. Le chemin vers 2026 est plus que jamais semé d’embûches. Ignorer cet avertissement aurait été une faute stratégique impardonnable.
Contester la liste… pour entrer dans la course
Alors, face à ce premier mur, Les Démocrates n’ont pas paniqué. Ils ont innové. Leur nouvelle arme, un recours contre la publication de la liste provisoire des candidats par la CENA. Une action en justice qui sent le coup de poker, la tentative du tout pour le tout. En effet, le jeudi 23 octobre 2025, la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), suivant son chronogramme avec une ponctualité déconcertante, a dévoilé son casting provisoire pour le grand spectacle d’avril 2026. Le verdict est sans appel. Sur les cinq duos qui ont déposé leur candidature, seuls deux survivent à l’examen minutieux de la commission. D’un côté, le duo Romuald Wadagni – Mariam Chabi Talata Zimé, porté par les quatre piliers de la mouvance présidentielle. Un binôme attendu, presque officiel, qui incarne la continuité du pouvoir en place. De l’autre, l’opposition, mais une seule frange, le duo Paul Hounkpè – Rock Hounwanou, candidat du parti Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE). On note la grande absence du duo des Démocrates. C’est précisément cette absence que le parti veut attaquer. En contestant la légalité même de cette liste, le parti de Yayi Boni espère forcer la porte close de l’élection. A la lecture, c’est astucieux, risqué, mais diablement intelligent. Plutôt que de mendier une place, ils remettent en cause la configuration de la table. Par ailleurs, une rencontre importante a eu lieu le vendredi 24 octobre dernier. Le président de la République, Patrice Talon, a reçu son prédécesseur, le président Boni Yayi, pour un entretien. Aucune déclaration n’a été faite à l’issue de ces échanges. Aucun des deux hommes n’a souhaité s’exprimer devant la presse pour commenter le contenu de leur discussion. Cette discrétion est notable. Elle contraste avec la visibilité habituelle de la vie politique. L’absence de communication officielle laisse planer le mystère sur les sujets abordés et les conclusions de cette discussion.
Recours contre la CENA devant la Cour Constitutionnelle
Pour comprendre cette démarche, il faut regarder du côté de la CENA. Cette institution est, en théorie, le garant de la transparence du processus. Son nom l’indique : Autonome. Mais dans la pratique, son indépendance est souvent mise en doute par l’opposition, qui y voit un instrument au service du pouvoir exécutif. Le recours des Démocrates ne vise pas seulement à rétablir leurs droits ; il cherche à mettre la CENA face à ses responsabilités, voire à ses contradictions. En pointant du doigt les éventuels vices de forme, les critères opaques de validation ou les interprétations discutables de la loi électorale, le parti espère créer une brèche. Une brèche par laquelle leur candidature, aujourd’hui écartée, pourrait s’engouffrer. C’est un coup de pression magistrale. Dans ce cas, tout revient à la Cour constitutionnelle qui saisit à nouveau jugera si la requête des Démocrates est fondée ou non.
Et si la vraie bataille était ailleurs ?
Au-delà des manœuvres judiciaires et des débats houleux, une autre question se pose, cette course contre la montre judiciaire ne cache-t-elle pas une réalité plus profonde ? La bataille pour 2026 ne se joue peut-être pas seulement dans les prétoires, mais aussi, et surtout, dans la rue et dans les cœurs. Le défi pour la direction du parti est double. Il faut gagner sur le front juridique tout en maintenant la flamme de ses militants. Un équilibre délicat. La stratégie du recours est aussi une façon de dire à leurs supporters : « Regardez, nous nous battons jusqu’au bout. Nous n’abandonnons pas. » C’est un message de résistance destiné à éviter la démobilisation. Car même si la bataille juridique était perdue, la guerre politique, elle, continuera. L’enjeu est de rester un acteur incontournable du débat public, avec ou sans candidat.
L’heure de vérité approche
Alors, Les Démocrates ont-ils une chance ? La réponse est nuancée, à l’image de la situation. Si elle existe véritablement une, il est d’une évidence claire qu’elle est donc mince, ténue, suspendue à l’arbitrage des sept sages de la Cour constitutionnelle. Elle repose sur la capacité des avocats du parti à démontrer une irrégularité majeure dans le processus de la CENA. C’est une porte entrouverte, le dernier espoir qui justifie amplement la lutte. Mais le temps est leur pire ennemi. Chaque jour qui passe rapproche l’échéance finale. Les retards s’accumulent, le chronogramme de la CENA avance, implacable. Même en cas de victoire juridique, le parti devra ensuite courir pour rattraper le temps perdu, construire une campagne digne de ce nom et convaincre un électorat peut-être lassé par ces péripéties.
Toutefois, en déposant ce nouveau recours, Les Démocrates ont évité le pire. L’effondrement silencieux. Ils ont choisi le chemin juridique. Que la Cour leur donne raison ou tort, ils auront, au moins, écrit une nouvelle page de leur histoire, celle où ils ont refusé de capituler sans se battre.
Damien TOLOMISSI