Economie Sociale et Solidaire : Un nouveau modèle de développement
L’hôtel Golden Tulip a vibré lundi 13 octobre 2025, d’une émotion particulière. Dans une salle comble, les plus hautes institutions béninoises et les partenaires internationaux assistaient à un moment historique : la transmission officielle de la note de plaidoyer pour la reconnaissance de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) au Conseil Économique et Social.
Dès l’ouverture, la Cheffe de la Coopération allemande a planté le décor avec une image évocatrice : « Au Bénin, quand on parle d’économie « solidaire », ce n’est pas seulement un concept. C’est aussi ce petit réflexe national de partager le peu qu’on a… même quand on n’a pas encore fini de cuisiner ! ». Cette touche d’humour cache une réalité profonde. La reconnaissance de l’Économie Sociale et Solidaire inspirée des travaux du Prix Nobel de la Paix Mohamed Yunus, propose de repenser le modèle économique en plaçant l’humain au centre. Loin d’être une utopie, elle représente déjà une force vive de l’économie béninoise avec « plus de 9 000 entreprises sociales, plus de 8 000 associations et ONG, et des centaines de coopératives qui génèrent chaque année près de 40 000 emplois et 2,4 % du PIB national », a précisé la diplomate allemande.
Face à cette audience attentive, Conrad Gbaguidi, président du Conseil Économique et Social, a dressé un tableau sans complaisance mais porteur d’espoir : « Le Bénin, comme beaucoup de pays d’Afrique, est confronté à des défis majeurs : chômage des jeunes, précarité rurale, inégalités territoriales, faiblesse des services de base dans les zones isolées. » Puis, avec conviction, il a affirmé : « L’économie sociale et solidaire n’est pas une économie marginale. Elle constitue, au contraire, une réponse concrète aux limites des modèles économiques traditionnels, en plaçant l’humain, la solidarité et l’utilité sociale au cœur des activités productives. »
Son plaidoyer a trouvé écho dans la voix du président de l’Assemblée Nationale, Louis Vlavonou, qui a souligné l’importance de « la promotion et la consolidation du cadre juridique et institutionnel de l’Economie Sociale et Solidaire », promettant que la note de plaidoyer « fera l’objet d’une attention soutenue dans les travaux parlementaires à venir ».
Un engagement international fort
La coopération allemande, à travers la GIZ, a montré son implication concrète dans ce projet. Depuis plusieurs années, le projet ProPME accompagne les efforts du gouvernement béninois. La Cheffe de la Coopération allemande a salué « la CCI Bénin, le Conseil Économique et Social, le Groupe ESS Bénin, ainsi que les collectivités locales réunies dans le Réseau des Maires pour l’ESS », soulignant que « la participation active d’autres Partenaires Techniques et Financiers témoigne de l’intérêt croissant de la communauté internationale pour l’ESS au Bénin ».
Au-delà des discours, des attentes précises se dessinent. La Cheffe de la Coopération allemande a exprimé le vœu « que cette transmission ne reste pas symbolique, mais qu’elle conduise à l’adoption effective d’un cadre légal et institutionnel de reconnaissance de l’ESS au Bénin ». Un cadre qui permettrait « de donner une identité juridique claire aux structures de l’ESS, de faciliter leur accès au financement et à la commande publique ».
Conrad Gbaguidi a, quant à lui, défini une ambition claire : « Notre ambition est claire : faire de l’économie sociale et solidaire un pilier à part entière de la politique économique nationale. Cela suppose : un cadre juridique clair et incitatif, des mécanismes de financement adaptés, une reconnaissance institutionnelle des acteurs du secteur, et un investissement accru dans la formation et la recherche. »

Une feuille de route pour l’avenir
Comme l’a si bien résumé la Cheffe de la Coopération allemande en citant Henri Bergson : « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » Et d’ajouter avec une métaphore locale : « Si le développement était une sauce, chacun devrait y mettre un peu de sel. Aujourd’hui, ce plaidoyer, c’est justement notre manière d’apporter notre grain de sel à la construction d’un Bénin plus inclusif. »
Louis Vlavonou a confirmé cette dynamique en saluant « l’engagement et la perspicacité de la mandature actuelle » du Conseil Économique et Social, soulignant que « le Bénin a déjà trouvé son chemin ». Cette cérémonie aura donc été bien plus qu’un simple exercice protocolaire. Elle marque le début d’une nouvelle ère pour l’économie béninoise, où la solidarité et l’efficacité économique pourront enfin marcher main dans la main vers un développement plus juste et plus durable.
Etienne YEMADJE