EDITO : Le Bénin, ce bon élève qui ne se repose pas sur ses lauriers
Ils ont sorti les crayons, les calculettes et les grilles d’évaluation. Mardi 10 février 2026, Transparency International a rendu son verdict. Et le Bénin ? Il est encore assis au premier rang. Pas tout à fait le premier, non. Mais dans la cour des grands de l’Afrique de l’Ouest, on le regarde désormais avec un mélange de respect et de curiosité.
Bénin, 45 points. Le Sénégal, 46. Un petit point, une gorgée d’eau dans la lagune. C’est tout ce qui sépare le Bénin du leadership au sein de l’UEMOA. Sur le podium ouest-africain, le Bénin décroche la médaille de bronze, talonnant le Sénégal et devançant le Cap-Vert d’un souffle. Dans la CEDEAO, il est 3ᵉ. En Afrique, 6ᵉ. Au monde, 70ᵉ sur 180.
Alors, on peut s’applaudir. Pas si vite. 45 sur 100, c’est une belle note de passage, mais ce n’est pas encore la mention « très bien ». Sur l’échelle de Transparency, zéro c’est l’enfer du bakchich généralisé, cent c’est le paradis des anges comptables. Le Bénin, lui, est entrain de faire son petit bonhomme de chemin, l’on sent que les choses bougent, mais où l’on n’a pas encore tout à fait rattrapé les anges.
Le plus surprenant ? Le score est stable. 45 points en 2024, 45 points en 2025. Comme un élève qui, après avoir rattrapé son retard, décide de consolider ses acquis avant de viser plus haut. « La corruption demeure une menace persistante », prévient Maira Martini, la patronne de Transparency. Traduction : même les bons élèves doivent rester vigilants. Surtout quand, ailleurs dans le monde, d’anciennes démocraties irréprochables commencent à glisser. Il y a dix ans, douze pays dépassaient les 80 points. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq. La preuve que rien n’est jamais acquis.
Mais alors, ce 45ᵉ parallèle béninois, signifie quoi ? Cela indique que la Banque mondiale, le Forum économique mondial et treize autres enquêtes sérieuses ont posé leurs valises au Bénin, ont observé, écouté, compté. Et qu’à leur retour, elles ont dit : « Ce pays-là, il essaie. Vraiment. » L’IPC, ce n’est pas l’avis de Transparency. C’est l’addition de toutes les perceptions, de tous les ressentis, de toutes les petites gouttes d’encre versées sur des milliers de questionnaires. C’est le reflet de ce que les citoyens, les entrepreneurs, les experts du monde entier perçoivent du secteur public béninois.
Alors, 45 sur 100 : bon ou pas bon ? Mais une chose est sûre : le Bénin n’a pas reculé. Il n’a pas cédé de terrain. Dans une région où les classements tremblent comme des feuilles de teck, rester stable, c’est déjà avancer. Reste que le petit point qui manque pour rattraper le Sénégal, on l’aura. À force de réformes, de contrôles et du travail. 45 aujourd’hui, 46 demain, 50 après-demain. La route est longue, mais elle est droite. Et pour la première fois depuis longtemps, on sait où elle mène. En attendant, le Bénin est sur le podium. La médaille n’est pas en or, mais elle brille déjà assez pour que la sous-région regarde vers Cotonou et se dise : « Eux, au moins, ils essaient. » Et ça, mes amis, ça n’a pas de prix.
OUOROU-ASSO BABERI