Freud Gnidokponou : Humble étoile
Il y a des joueurs qui courent après la lumière. Freud Gnidokponou, lui, avance à pas sûrs, avec une discrétion qui force le respect. Né en France de parents d’origine béninoise, arrière droit polyvalent passé par le Racing Club de Strasbourg, la première division maltaise et le championnat autrichien, il revient au Bénin comme on revient à une source. De passage au pays, il s’est confié à la presse locale. Un entretien où l’humilité, la foi, le sourire et l’amour du Mono dessinent le portrait d’un footballeur profondément attaché à ses racines.
Sur son parcours, Freud Gnidokponou refuse toute mise en avant. Il parle avec pudeur, presque à voix basse, comme si le travail valait mieux que les discours : « Je suis quelqu’un de très humble. Donc, vous n’allez pas trop entendre parler de moi. Je n’aime pas trop me vanter. Je préfère que les autres eux-mêmes parlent de moi. Sinon moi-même j’ai fait mes classes à Paris tranquillement et je suis parti au Racing Club de Strasbourg. Ils sont en Ligue 1 maintenant. Ce sont mes classes de formation qui sont là-bas. Après j’ai joué en Première Ligue à Malte et puis après en Autriche où j’ai passé deux à trois saisons. On verra où Dieu nous amènera. »
Interrogé sur son poste d’arrière droit, alors que beaucoup le voient briller ailleurs, il répond sans détour. Le ballon, pour lui, n’est pas une affaire d’ego mais de l’intelligence collective : « J’ai beaucoup de postes. C’est vrai que mon défaut, je ne marque pas beaucoup de buts. Après je suis très rapide. Mais je ne marque pas énormément de buts. J’essaie de travailler. Mon vœu c’est de travailler encore et encore chaque jour et marquer des buts. Ma première position, c’est milieu, excentré droit ou gauche. Des fois je joue en pointe. Mais moi je suis quelqu’un qui veut faire des passes pour faire marquer plus que de marquer. Ce n’est pas ça qui paie chaque jour. »
Ses modèles ne sont pas des idoles à imiter aveuglément. Ce sont des repères, des sources d’apprentissage : « J’admire tout le monde. Je regarde tout le monde. C’est vrai que si on doit citer, il y a M’bappé, Neymar et tout. C’est le haut niveau. Après moi je les regarde. Il n’y a pas d’âge pour apprendre. Chaque jour j’apprends. Toutes les vidéos que je regarde, j’espère qu’un jour tout ça va m’aider à progresser et arriver encore plus haut. »
Loin des terrains, le Bénin reste pour lui une fête des sens. Il ne cache pas son plaisir de retrouver les saveurs du pays : « Hum ! Le plat que j’affectionne ! En tout cas quand je viens ici au Bénin, je mange tout. Le kom je mange beaucoup. Ça c’est plat. Quand j’arrive, il faut que je mange beaucoup. Après, il y a beaucoup. Le riz et tout, je mange tout. Il n’y a pas de complexe à manger les plats de chez nous. Tout ce que je veux, je mange avant de rentrer. »
Alors que certains enfants nés en Occident hésitent à revenir à la source, Freud Gnidokponou assume pleinement son héritage. Pour lui, le retour au pays n’est pas un simple voyage. C’est une recharge, une bouffée d’oxygène : « C’est important de revenir ici. J’ai ma source ici. Ma racine, c’est ici. Beaucoup ne le savent pas. Là-bas c’est très compliqué. C’est dur, la vie est dure mais quand vous venez ici, il y a le sourire, il y a la joie avec tout le monde. Il y a de la bonne humeur. Ce que vous nous donnez, vous ne savez pas. Ça nous donne une bouffée d’oxygène. Quand je rentre là-bas, je sais que je rentre avec beaucoup d’énergie, beaucoup de force pour réussir tout ce que je fais. C’est pour ça que quand je viens ici, il y a toujours la joie et j’essaie de donner la joie à tout le monde. Les gens qui sont tristes je ne veux qu’ils soient à côté de moi. Tous ceux que je côtoie et qui viennent vers moi, j’aime toujours voir tout le monde sourire et donner la joie à tout le monde. Si tu souris, moi-même je vais sourire. C’est dur pour tout le monde, mais le sourire c’est une bonne chose, c’est la première chose. »

Sur l’évolution du football béninois, il se montre confiant, presque visionnaire. Il croit au potentiel immense des joueurs locaux et à une présence du Bénin sur la scène mondiale. « Le football béninois a évolué. Franchement je suis content de ce qui se passe. J’espère que la prochaine Coupe du monde on sera présent. On va montrer nos capacités. Depuis que je regarde la Coupe du monde, je vois des équipes qui n’ont rien à envier au Bénin. Avec tous les joueurs dont nous disposons, nous pouvons faire grandes choses. Moi j’ai confiance, j’ai foi. Il faut continuer à travailler. Prochaine Coupe du monde, je pense qu’on serait là. »
Enfin, aux jeunes Béninois qui rêvent de réussir sans renier leurs origines, il adresse un message simple et puissant. « Je leur dirais de croire en eux, de toujours travailler et surtout de ne jamais oublier d’où ils viennent. Les difficultés, il y en aura toujours, mais il faut garder le sourire, rester humble et continuer à avancer. Moi, ma racine, c’est ici. Et je pense que savoir d’où on vient peut nous donner encore plus de force pour aller loin. » Ainsi se dessine Freud Gnidokponou. Un joueur discret, un fils du Mono un homme de foi et de sourire. Sa force ne vient pas seulement de ses jambes. Elle vient de cette terre béninoise qu’il porte dans le cœur.
Damien TOLOMISSI



