Le Bénin et le Sénégal : Deux lueurs d’espoir en Afrique francophone

 Le Bénin et le Sénégal : Deux lueurs d’espoir en Afrique francophone

Dans une Afrique francophone de plus en plus secouée par des coups d’État militaires, des transitions indéfinies, la montée en puissance du terrorisme et des tentatives de mandats inconstitutionnels, deux pays se distinguent par leur relative stabilité politique et leur attachement à l’ordre constitutionnel : le Bénin et le Sénégal. Malgré des imperfections notables, ces deux États continuent de représenter des bastions d’espoir pour une gouvernance démocratique dans une région en crise.

Le contexte régional est alarmant. Le Sahel et ses environs sont en proie à des menaces sécuritaires aiguës, avec des groupes terroristes qui contrôlent certaines portions de territoires nationaux, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois pays ont vu leur ordre constitutionnel rompu, remplacé par des régimes militaires souvent justifiés par l’échec des politiques sécuritaires précédentes. La démocratie, quand elle n’est pas ouvertement rejetée, est renvoyée à plus tard. Pendant ce temps, d’autres pays comme le Togo et la Côte d’Ivoire ont vu leurs constitutions retouchées avec pour résultat la perpétuation des régimes en place.

Dans ce paysage troublé, le Bénin et le Sénégal apparaissent comme des exceptions. Ils résistent à la tentation totalitaire, maintiennent une vie politique pluraliste, et surtout, respectent une règle fondamentale de toute démocratie : la limitation des mandats présidentiels.

Le Bénin et le Sénégal ont chacun une trajectoire propre. Le Sénégal, considéré depuis longtemps comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, a vécu plusieurs alternances pacifiques. Le président Abdoulaye Wade, malgré une tentative controversée de troisième mandat en 2012, a quitté le pouvoir après sa défaite électorale. Macky Sall, son successeur, a lui aussi suscité l’inquiétude en laissant planer le doute sur sa volonté de se représenter en 2024. Finalement, il a respecté la constitution et renoncé à un troisième mandat, apaisant les tensions.

Le Bénin, de son côté, a longtemps été salué pour sa transition démocratique après la Conférence nationale de 1990. Mais ces dernières années, des critiques ont émergé, notamment sur la réduction de l’espace politique, les obstacles à la candidature de certaines figures de l’opposition, et des élections peu inclusives. Toutefois, le président Patrice Talon a, dès le début, annoncé qu’il ne briguerait que deux mandats. À l’approche de la fin de son second mandat en 2026, aucun signal ne laisse présager un changement de cap.

Aucun des deux pays n’est exempt de reproches. Des manifestations réprimées, des arrestations jugées arbitraires, une liberté de la presse parfois menacée : autant d’éléments qui entachent leur bilan démocratique. Néanmoins, une constante demeure : aucun des deux présidents en exercice n’a tenté, jusqu’à présent, de modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir.

Ce respect du principe de l’alternance est précieux dans un environnement où d’autres dirigeants n’hésitent pas à manipuler les lois fondamentales pour se maintenir au sommet de l’État, parfois à vie. En cela, le Bénin et le Sénégal continuent d’envoyer un signal à leurs concitoyens et à l’ensemble du continent : il est possible de diriger sans s’accrocher indéfiniment au pouvoir.

Les défis restent immenses. Lutte contre le terrorisme, développement économique, justice sociale, renforcement de la transparence… Mais le socle institutionnel, s’il est préservé, peut permettre d’y faire face avec sérénité. La démocratie ne garantit pas tout, mais elle offre un cadre de débat, de renouvellement des idées et de légitimité populaire.

Pierre MATCHOUDO

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