Patrice Talon, sans langue de bois : « Je suis allé jusqu’au bout de mes efforts »
À l’occasion des festivités marquant le 65e anniversaire de l’indépendance du Bénin, le président Patrice Talon a surpris par un discours franc, sans les filtres habituels de la diplomatie. Devant la jeunesse béninoise, le chef de l’État a tenu des propos directs à l’adresse de ses pairs africains, dénonçant sans ambages les dérives liées à la confiscation du pouvoir. Et à l’issue du défilé, il en a profité pour s’adresser une fois de plus à la nation avec une sincérité dénuée de calcul.
« Il n’est pas bon de s’éterniser au pouvoir. À un moment donné, il faut savoir partir, car rester trop longtemps devient malsain pour le pays », a-t-il déclaré, suscitant de vives réactions dans la salle. Une phrase qui n’a rien d’anodin dans un contexte où plusieurs chefs d’État de la région s’accrochent au pouvoir à travers des modifications constitutionnelles ou des pratiques antidémocratiques.
Cette sortie peut être perçue comme une pique directe à ses voisins, notamment au président togolais Faure Gnassingbé, en poste depuis 2005 et dont la famille dirige le pays depuis plus de 50 ans. D’autres figures comme Paul Biya, au pouvoir au Cameroun depuis 1982, ou encore Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, qui a modifié la Constitution pour briguer quatrième troisième mandat en 2020, sont également concernées. Dans l’analyse de Patrice Talon, ces stratégies de maintien au pouvoir sont souvent à l’origine de crises politiques et de troubles sociaux en Afrique.
Mais le président béninois ne s’est pas arrêté là. Il a également profité de cette tribune pour adresser un message à peine voilé aux juntes militaires actuellement au pouvoir au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Ces régimes, qui justifient leur prise de pouvoir par la quête de souveraineté, ont coupé les ponts avec les partenaires occidentaux au profit de la Russie, jugée plus « compréhensive ». Talon met en garde contre cette rhétorique d’autant plus qu’elle s’affranchit de tous les codes de courtoisie.
« Est-ce que la souveraineté c’est insulter les autres? » a-t-il demandé en guise de réponse à la question d’un jeune. Explication : « la souveraineté, c’est la conscience qu’on a de soi, c’est la volonté qu’on a de soi à agir avec responsabilité sans se courber devant l’autre ». « On peut être dans un partenariat et être souverain. On peut être dans une coopération et être souverain », poursuit-il. « On n’a pas besoin de rompre tous les liens de coopération, de partenariat, de relations internationales pour proclamer sa souveraineté. Être souverain, c’est être capable de défendre sa position, son intérêt dans un partenariat », a clarifié le président Talon.
Un appel à l’unité nationale
Le 1er août 2025 restera marqué par un moment rare en politique béninoise : un chef d’État, à quelques mois de la fin de son mandat, s’adressant à la nation avec une sincérité dénuée de calcul. Devant les caméras de BENIN TV et au micro de Marcel Ahossi, le président Patrice Talon a livré un discours empreint d’émotion, revenant sur son parcours, ses défis et ses espoirs pour l’avenir du pays. « Je suis allé jusqu’au bout de mes efforts, de mon imagination, de ma réflexion », a déclaré le président Talon, reconnaissant d’emblée les limites de son action. Loin des autosatisfactions habituelles, il a assumé ses erreurs : « J’ai travaillé avec bonne foi, même si j’ai pu me tromper souvent n’étant pas Dieu. Je demande aux Béninois de me pardonner mes insuffisances. » Une telle prise de parole, où un dirigeant admet ses imperfections, est suffisamment rare pour être soulignée. Elle témoigne d’une maturité politique et d’une volonté de transmission à l’approche de la fin de son second mandat constitutionnel.
En effet, conscient des attentes immenses de la population, le président Talon a salué la résilience du peuple béninois face aux réformes parfois difficiles. Mais surtout, il a lancé un appel solennel à la jeunesse : « Chacun peut désormais savoir que son effort peut payer. Notre effort collectif peut impulser. » Un message clair : le développement du Bénin ne repose pas sur un seul homme, mais sur l’engagement de tous. En insistant sur le « destin commun », le président semble vouloir préparer le terrain pour une transition apaisée, alors que le pays s’apprête à entrer dans un nouveau cycle politique.
Malgré les défis économiques et sociaux persistants, le chef de l’État, Patrice Talon a voulu laisser une note d’optimisme : « Désormais, l’espoir est permis. » Une formule qui résume peut-être le mieux son héritage. Après neuf années marquées par des transformations profondes parfois contestées, souvent audacieuses, le Bénin semble avoir consolidé ses bases.
Reste à savoir comment les prochains dirigeants et la société civile s’empareront de ce message. Une chose est sûre : en plaçant l’humilité et la persévérance au cœur de son discours, Patrice Talon a peut-être offert au Bénin bien plus qu’un simple bilan, une leçon de démocratie.
LA REDACTION